Contre-Regards

par Michel SANTO

Areva Narbonne : dépollution du site ! Le contexte, les oppositions, le calendrier…


Il y a 58 ans, naissait l’usine de Malvési: un maillon essentiel de la filière nucléaire française. 25% de l’uranium mondial passe en effet par Narbonne pour y être enrichi et vendu aux grands producteurs d’électricité. Seules quatre usines dans le monde, dont celle de Malvési, font ce « métier ». C’est dire l’importance stratégique de cette unité de production, qui emploie 340 personnes (220 Areva et 120 sous traitants). Inutile de préciser qu’elle est aussi, évidemment, la seule entreprise industrielle, de cette taille, et de cette importance, dans le Narbonnais.

Et pourtant ! tout se passe, dans l’esprit des décideurs locaux et de la population, comme si elle n’existait pas. Comme si les élus, à l’image de leurs électeurs, refusaient de s’approprier cet outil de production. La crainte sans doute qu’il pollue la « carte postale » : soleil, mer, environnement, vins… qu’ils s’adressent à eux-mêmes et à leurs résidents permanents ou saisonniers. Accessoirement, quand même, je note qu’Areva verse annuellement 720k€ à la Ville, 660k€ à la communauté d’agglomération du Grand Narbonne et 820k€ au Département… Ces petites précisions, il m’a semblé utile de les apporter dans un moment où, encore une fois, ce site n’apparaît dans le débat public qu’à l’occasion d’une campagne lancée par des associations écologistes sur le thème : « les populations sont en danger ». La cause, la menace ? la construction d’une « usine » de traitement des rejets de nitrates, selon le procédé dit THOR (il représente un investissement de 80 millions d’euros ). Loin de moi, ici, l’idée de contester ce genre de mouvements. Qu’on m’épargne ce procès d’intention, mais je suis bien obligé de constater, malheureusement, l’impossibilité dans laquelle se trouvent les parties en présence de discuter de ce projet de la manière la plus rationnelle possible. Si l’association Rubresus, la plus active, rejette catégoriquement ce procédé , madame Arditti, d’Eccla, elle, semble plus modérée dans sa critique, même si elle demande « une tierce expertise indépendante » avant son lancement –  je ne vois pas, toutefois, par qui elle pourrait être faite ! Bref ! un débat qui se tend d’autant plus que nous sommes dans la dernière étape administrative avant autorisation ; étape qui devrait se clore, normalement, le 31 de ce mois de mars, par la réunion – et son avis : consultatif – du CODERST¹ (Commission Départementale des Risques Sanitaires et Technologiques). Au point où nous en sommes, la situation peut donc se résumer de la manière suivante. Si, par hypothèse, le procédé THOR d’Areva était bloqué, la société n’aurait plus d’autres solutions que de demander la construction de nouveaux bassins d’évaporation (et conséquemment d’augmenter le passif de son stocks d’effluents nitratés…) jusqu’à l’hypothétique découverte d’une autre technologie satisfaisant aux normes fixées par l’établissement public en charge de la gestion des déchets dans ses centres de stockage. En attendant, le risque de débordements dans la Robine et les étangs des bassins d’évaporation, à la limite de la saturation, lui, en cas d’épisode cévenol très important, ne peut être écarté, loin de là ! On peut aussi imaginer – j’ironise ! – une solution beaucoup plus radicale, et définitive, afin d’éliminer tous les problèmes environnementaux posés par cette usine de Malvési : sa fermeture ! Inenvisageable, évidemment. Enfin, pour compliquer encore plus les choses, comme si elles ne l’étaient pas suffisamment, la et les politiques s’en mêlent. C’est la saison ! Nul n’est censé ignorer  en effet que nous sommes en pleine séquence électorale : présidentielles et législatives dans la foulée. Le milieu est donc en agitation. Didier Mouly, lui aussi, qui, après avoir donné un avis favorable à ce projet THOR, a convoqué une « séance extra-ordinaire et publique » de son Conseil Municipal, le 6 avril, afin de réexaminer sa position. Un contexte, comme on le voit, guère propice à une « délibération collective » apaisée et raisonnée. Il ne me surprendrait donc pas que le nouveau préfet de l’Aude, qui vient de poser ses valises dans notre département, sous pression politique et associative, décide de taper en touche, en commençant par annuler la réunion du CODERST du 31 mars. Pour la reporter… en juin, une fois la présidentielle et les législatives passées… La sagesse, qui ne manquerait pas d’être invoquée, en ce cas, ne devrait impressionner personne. La philosophie antique n’est pas le mode de pensée d’un préfet, et des élus, dans ce genre de circonstance.

¹La Direction Régionale de l’Équipement de l’Aménagement et du Logement de la Région Occitanie, comme l’Agence Régionale de la Santé semblent favorables à la réalisation de cette unité de dépollution.

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Commentaires (3)

  • Alphonse MARTINEZ

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    Bonsoir Michel Nous sommes à Narbonne ici ,c’est à dire au Moyen Age . Nos élus n’ont que faire de tout ce qui touche à l’industrie ,parlez-leur de rugby, de salle Mutimodale, politique , voilà des sujets intéressants .L’emploi productif ils s’en foutent royalement. Un projet industriel susceptible de créer plusieurs centaines d’emplois, un concept qui protège l’environnement , qui permet de réaliser de substantielles économies , quand vous leur expliquez il vous regardent comme si vous veniez d’une autre planète. ILS NE COMPRENNENT PAS , même quand on présente des éléments de calcul simple et d’une logique implacable. Vous le savez mon entre prise est le lauréat légitime du concours de l’innovation « innovéum » 2015 ,ça ne compte pas ,on ne cherche même pas à comprendre ;à quelques exceptions près l’encéphalogramme est plat . Au Pays Basque on appelle ce genre d’individu « des leugnes ». Allez sur mon site et soyez sympa essayez d’expliquer ce qui ne va pas dans ce que j’ai entrepris et qui va être accessible au public. https://rocabri.com

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  • Conte Thierry

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    Bonjour Monsieur Santo,
    Je viens de lire avec intérêt votre article concernant le problème du traitement des nitrates à Malvési.
    Je trouve que vous traitez ce sujet avec légèreté en ramenant les points essentiels vers les subventions qu’AREVA verse aux collectivités et la « saison » politique de ce moment.
    Vous laissez entendre qu’il n’y aurait pas d’autres solutions que d’étendre les bassins d’évaporation.
    A mon avis vous n’avez pas assez étudié le dossier et vous pouvez consulter cet article très fouillé :
    https://blogs.mediapart.fr/felip-cazal/blog/020117/areva-narbonne-depollution-des-effluents-du-traitement-de-luranium-quel-risque
    Ou bien consulter le site de Rubrésus : http://www.rubresus.org
    C’est dommage que l’on ne puisse pas mettre des pièces jointes, l’étude des voies alternatives qu’a étudié Rubrésus n’est pas encore en ligne.
    Bien Cordialement.
    Thierry Conte.

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  • Alphonse MARTINEZ

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    Merci Mr CONTE , votre commentaire est très instructif .

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