Contre-Regards

par Michel SANTO

Annie Saumont. Koman sa sécri émé ?

   

Photo : Le Monde.

 

Devant ma tasse de café (bien chaud), comme ce matin (très tôt), lecture de quatre ou cinq nouvelles d’Annie Saumont. Trois, quatre pages chacune seulement, mais d’une grande densité. Pour les amateurs de ce genre littéraire, son style, son imaginaire et ses thèmes la rapprochent de Raymond Carver : le maître américain ! Rapide, incisive, rien ne lui échappe des peurs, des troubles et des angoisses de personnages aux identités floues, déboussolés, paumés, mal dans leur peau voire carrément tordus. Pas de mièvres bluettes romantiques : des histoires de vie dans lesquelles on parle aussi d’amour, de tendresse. Certaines de ses âmes grises, longtemps, occupent l’esprit ; qu’il m’arrive de croiser au fond d’un bistrot, un soir de « fête » ou tout simplement au coin d’une rue. Quand ce n’est pas devant mon miroir… Le titre de ce recueil *, posé sur ma table, est tiré d’une des dix huit brèves histoires, le composant : « koman sa sécri émé ? ». Très courte : deux pages. Son titre ? SMS ! Un petit bijou : drôle et cruel…

   

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  * Koman sa sécri émé ? Annie Saumont. Julliard 2005 (163 pages).

Un roman noir de G.J.Arnaud en « Narbonnaise » : « Les jeudis de Julie » !

Sans titre

Sigean est une commune à une vingtaine de kilomètres au sud de Narbonne. Vers 1970, employée dans l’immobilier, Marie Lacaze habite une maison au bord de l’étang  à l’écart du centre de Sigean, avec sa fille Julie. Noël, l’époux de Marie, est décédé cinq ans plus tôt ; leur aîné Simon est mort à l’âge de douze ans. Marie reste en contact avec Germaine Marty, la sœur de son mari, qui élève seule sa fille Gilberte, étudiante dans le social. Elle laisse une grande liberté à Julie, âgée de dix ans, qui aime flâner aux abords de l’étang. Le jeudi est encore le jour de repos des écoliers.

Philippe Jaenada présentait son roman « La Serpe » à Port-Leucate, cet été. Je l’ai lu…

Cette année, Michel Py m’a gentiment adressé (comme il le fait régulièrement à chaque rentrée littéraire) le dernier roman de Philippe Jaenada, « La Serpe »  (éditions Julliard), présenté en avant-première à Port Leucate le 20 août dernier, dans le cadre de la manifestation « Auteurs à la Plage » (1). Un choix judicieux : l’auteur figure en effet dans la sélection du prix Renaudot 2017, après l’avoir été dans celle du Goncourt. Un roman-enquête qui, d’emblée, à la vue de son épaisse taille (600 pages), m’a paru difficile d’accès ; jusqu’à ce que le « ton » de ses premières phrases finisse par me faire oublier très vite cette première (et fort paresseuse) impression.

Jean Cau, croqueur de Mitterrand (entre autres) et analyste de la Présidence de la République…

 

croquis-de-memoire

   

J’ai, sur ma table de chevet, les « Croquis de mémoire » de Jean Cau (trouvé chez un bouquiniste, récemment : 1€ !) Une leçon de style que je prends le matin, au lever ( Non ! soyons précis : assis, bien calé sur mon oreiller, une tasse de café bien chaud à portée de main.) Trois, quatre – pas dix –  pages et les fantômes de Mitterand, Pompidou, Genet, Lacan, Ava Garner, Dominguin, et bien d’autres ( Sartre, Mauriac…) surgissent en quelques brillantes notations sous sa plume. Un style ramassé, sec, brillant et une lucidité, une sincérité de ton qui font de Jean Cau un maître dans ce genre. Je ne me lasse pas, notamment, de revenir aux premiers lignes de cet ouvrage où il est question du jeune François Mitterrand, alors Garde des Sceaux, pour rebondir ensuite sur Dominguin ou Joë Bousquet :

Bien belle soirée, hier soir à « La Grande Librairie » avec Asli Erdogan et Dephine Minoui.

 

Asli Erdogan et Dephine Minoui.

   

Bien belle soirée, hier soir à « La Grande Librairie ».

Busnel y recevait, entre autres, Asli Erdogan (1), icône de la résistance au régime Turc de son homonyme. Cette femme extraordinaire est restée 4 mois incarcérée pour délit d’opinion et repasse en jugement le 31 octobre en Turquie. Malgré les menaces qui pèsent sur sa liberté et même sur sa vie, elle veut revenir dans son pays pour affronter ses juges afin de pouvoir continuer, nous dit elle, à écrire dans sa langue et sur sa terre tant les deux lui paraissent indissociables…Loin de ses racines elle perd ses mots et ne peux concevoir sa création littéraire que dans son pays….Cela passe avant toute autre considération, fusse au risque de sa vie.

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