Contre-Regards

par Michel SANTO

Les voix de l’Europe.




Pascal Lamy, le patron de
l’O.M.C , en spécialiste des négociations internationales et de l’Europe ( il fut le directeur de cabinet de Jacques Delors quand ce dernier présidait la Commission Européenne ), le dit : « Si un Européen prend la parole sur une sujet, puis un autre sur le même sujet, personne n’écoute. Personne n’écoute parce que, soit c’est la même chose et cela devient ennuyeux, soit c’est différent et, en fin de compte, cela n’influencera pas le résultat. Donc, la bonne solution, si je peux me permettre, c’est au moins de s’assurer qu’ils s’expriment au travers d’une seule bouche. Pas d’une seule voix, une seule bouche, sur chacun des sujets à l’ordre du jour. Ce serait un grand progrès ».

Et pourtant, en juin, pas moins de sept Européens participeront au sommet du G20 : Herman Van Rompuy, le tout nouveau président permanent du Conseil européen, dont le poste a été créé en décembre dernier, lors de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, José Luis Rodriguez Zapatero, le Premier ministre espagnol qui exerce ce semestre la présidence tournante de l’Union européenne et les dirigeants des quatre plus grandes économies européennes: Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie.
Comment, dans ces conditions, parler d’une seule voix à travers la même bouche ? Et peut-on sérieusement envisager que ce groupe des  » sept  » aux voix discordantes soit entendu, compris et respecté. En Europe d’abord. Pour l’être ensuite dans le monde…
C’est à ce genre de détail, si je puis dire, que l’on mesure le chemin qui reste à parcourir à notre vieux continent pour se hisser à la hauteur des enjeux économiques et politiques du monde contemporain.
Un monde où les raisons de croire en un avenir meilleur s’affirment désormais sur les rives du pacifique et celles d’en envisager la fin dans les esprits de nos pays européens.

Des pays fatigués et vieillis dont l’arrogance diplomatique ne masque plus le  » désarmement moral  » de leurs peuples. A l’exemple du nôtre, qui n’a de cesse de jouer  » sa révolution  » et qui croit , se faisant, être dans le sens de l’histoire . Et qui l’est, sans doute aucun. Mais orienté vers le passé…

Le plus dur est devant nous.

Avant de tenir chronique dans la Croix, Alain Vernholes le faisait dans le Monde. L’économie est son sujet. Ou plutôt les politiques publiques économiques. Sa dernière, datée du 8 février 2010, est titrée «Le plus difficile est pour demain». Sa conclusion est qu’il faudra 10 à 12 ans d’équilibre budgétaire pour retrouver le niveau d’endettement qui était le nôtre en 1997 (60% du PIB ) et, en conséquence aussi serrer les budgets de l’Etat, des collectivités locales et de la sécurité sociale. Donc réformer sans désordre, agir sans autoritarisme et assainir les comptes publics en évitant le risque de la stagnation économique. Trois « grands écarts » qu’une droite fatiguée pourrait refiler à une gauche pas très motivée afin de gérer la crise sociale que ne manquera pas de produire ces ajustements budgétaires au combien nécessaires!Mais qui en contrepartie de ce transfert démocratique de la gestion du pays à la gauche lui permettrait, à l’occasion d’élections intermédiaires, de reprendre, mairies, départements et régions… En attendant, observons à la manœuvre les gouvernements espagnols, grecs et portugais, socialistes et sous pression des marchés financiers. Un avant goût de ce qui pourrait, peut -être, nous échoir un jour…

Le Triangle d’Oc désormais légitimé.

Nous ne ferons pas de commentaires particuliers sur l’attribution par l’Europe d’une subvention de 5 millions d’euros aux deux agglomérations de Narbonne et de Béziers à la condition de mettre en œuvre un projet urbain intégré, d’élaborer une stratégie commune et de construire un dispositif de gouvernance et de pilotage à l’échelle du territoire concerné. Rappelons seulement que ce territoire, cette stratégie et ce dispositif de gouvernance expérimental et modeste existaient depuis 1999. Que, pendant la campagne des régionales qui a précédé l’accession de Georges Frêche au pouvoir, son futur vice président, Eric Andrieu, déclarait que ce territoire (le Triangle d’Oc) n’était pas «  pertinent ». Qu’en cours de mandat, il le redevenait sur le fondement d’analyses et de textes que j’avais en son temps produits, pour gagner un angle et devenir un « carré régional stratégique » ! Que cela prouve, encore une fois, qu’il y a des réalités que le « politique » ne peut ignorer au prétexte qu’elles auraient été diagnostiqué et prises en compte par le « parti d’en face », et qu’il n’y a rien d’offensant pour l’intelligence à l’admettre. Que les présidents de Région et de Communautés d’agglomérations passent au gré des alternances, mais que le fond des stratégies et des programmes établis avec leurs équipes techniques restent. Et que, de cet « écart » entre le « dit » et le « fait », résulte une opinion « citoyenne » qui ne fait plus confiance (près de 65% selon les derniers sondages) à la gauche comme à la droite pour résoudre les problèmes auxquels se trouve confronté notre pays. Cela dit, revenons à nos affaires régionales et réjouissons nous de cette reconnaissance tardive (et désormais bien établie dans les cerveaux politiques rouges et bleus) de ce Triangle d’Oc pour lequel j’ai, un temps, pas mal œuvré…

On crétinise bien les esprits!

La communication institutionnelle et politique (souvent la même) envahit nos écrans, pollue nos radios, engorge nos boîtes à lettres et s’insinue, sournoisement ou ostensiblement, sous la plume de journalistes de plus en plus pressés ou incompétents. Des journalistes qui, plutôt que de faire un vrai travail d’information se contentent de reprendre des dossiers de presse généreusement distribués par des « services com » tout entiers mobilisés sur l’image de leurs « patrons ». Il faut habiter en province, et en Languedoc-Roussillon en particulier, pour mesurer à quel point  cette crétinisation des esprits, est devenue un phénomène de masse, notamment avec la décentralisation. Un exemple parmi cent : le bilan touristique estival de cette année. Eh bien, le Comité Régional du Tourisme, annexe de la Région et piloté par un fidèle de George Frêche, nous « informe » qu’après : «  l’embellie constatée au mois d’août, le mois de septembre suit la même tendance avec de très bons résultats enregistrés pour le tourisme régional » Avec de plus : «  Une fin de saison estivale exceptionnelle marquée par le retour des clientèles étrangères en Languedoc-Roussillon … Les professionnels du secteur hébergements (41%) constatent une progression de leur activité…les hôtels (40%) observent des résultats nettement en hausse. » Et l’ensemble (!!!) de nos quotidiens régionaux (deux seulement, avec des rédactions de même tonneau) de reprendre en chœur l’idée générale de ce communiqué : l’exceptionnalité du tourisme en Languedoc Roussillon, pour y associer, ce faisant, dans le reste du «  cerveau disponible du lecteur », celle de George Frêche. Objectif atteint ! Alors qu’il suffisait pourtant de contrer ce genre d’instrumentalisation en allant voir un peu plus près sur le site de l’INSEE  qui, lui, titre  «  Une activité hôtelière déprimée », pour préciser ensuite : « En août 2009 par rapport à août 2008, en Languedoc-Roussillon, la tendance à la baisse de l’activité hôtelière se poursuit avec un recul des nuitées de -2,1 %, proche de la moyenne nationale (-2,5 %). Sur l’ensemble du territoire métropolitain, la fréquentation est en baisse dans 2 régions sur 3. » A la condition de le vouloir, évidemment ! Au risque de se transformer en filiales d’agences ou de services de communications missionnés pour la seule gloire d’élus plus soucieux de leur égo que de la « vérité » de leurs infos…

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