Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique de Narbonne: un dimanche matin d’été aux Halles…

 

Halles

Les Halles sont à Narbonne ce que l’andouille est à Vire et la bêtise à Cambrai: sa carte d’identité hexagonale. L’été, on y voit plus de touristes le nez dans leur « Routard » que d’autochtones la main au panier. Surtout le dimanche! A l’heure où sonnent les cloches, ils déboulent comme bigotes à Lourdes. Droit sur l’étal des olives! Celui des poissons aussi. On leur a tellement dit que « c’étaient çà le Midi » !

Quelques uns tâtent du melon et de la fraise, d’autres sifflent un pastis ou un canon de rosé: des images de cartes postales qu’on racontera au bureau autour du distributeur de café, près de la photocopieuse. On ne voyage plus, on regarde des images pour en mettre plein la vue, à ceux qui ne partent pas ou ne partent plus. Merveilleux, extraordinaire, magnifique, exceptionnel… On se rassure comme on peut en parlant comme un agent de voyage. Le choc, ce jour où me trouvant devant l’Acropole, sous un soleil de plomb. Des pierres qui n’avaient rien à me dire que je n’avais déjà lu. Et l’indignation de mes amis à le leur avouer.

Pour en revenir à mes Halles, j’insiste sur le possessif, elles ont toujours pour moi l’accent de mon grand père: un mélange de valencian, de patois et de français plus qu’approximatif. Le dimanche, il occupait avec ses amis espagnols, tous de son village ou presque, son centre et son temps à refaire le monde dans sa langue natale. J’avais alors le sentiment d’un ailleurs à la fois lointain et familier. Comme devant ma première paella familiale… Si on peut voyager autour de sa chambre, on peut le faire aussi autour d’une table de cuisine , de son souvenir, fut elle en formica.

Ce marché couvert est aujourd’hui à la mode! On y croise clochards et notaires, rmistes et gros bonnets. Et j’y trouve toujours Maruenda, qui toujours monte et descend l’allée centrale. Hier, il me donnait des nouvelles de la famille: le cousin Manuel et la cousine Amparin, la buraliste de Cox. Une belle femme, qu’on vit jadis aux bras de Picasso dans les rues de Narbonne… Dans une vieille boîte de chaussures, chez ma tante, une photo de ce temps en témoigne.

Je ne sais si ces Halles sont le coeur de Narbonne, comme l’affirment  les guides touristiques, mais elles font battre le mien. Quand j’en parcours les allées, il bat toujours au rythme de ma mémoire et de mes souvenirs…

On voyage toujours avec son histoire personnelle et familiale en bagage. C’est elle qui fait la beauté d’un lieu. Ou nous laisse indifférent…

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Commentaires (2)

  • Pilot

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    C’est vrai que j’ai longtemps voyagé pour me faire des souvenirs, mais que de plus en plus je fait appel aux miens pour retrouver odeurs, sensations, émerveillements… La vieillerie sans doute !

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  • Didier

    |

    J’aimerais bien,comme toi, flâner dans Les Halles couvertes du marché de mon enfance………..à Alger (#128549#)

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