Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du Comté de Narbonne.

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Vendredi 5 mars, de l’an 2012.

Je m’étais promis, mon oncle, de ne point perturber ton jeûne intellectuel et spirituel de Pâques, mais une pleine page accordée par Dédé de Navarre, le rédacteur en chef du «  Dépendant » local, à celui qui ne cesse de cultiver un ressentiment de mauvais aloi et une hargne de tous les instants envers l’à-présent candidat officieux-déclaré à la succession du Comte de Labatout,le sieur Lemaillet, m’oblige à t’adresser ce long post-scriptum à ma toute dernière et récente lettre. J’espère cependant que tu ne m’en tiendras point rigueur !

Alain de Pareo, donc, puisqu’il s’agit de lui, je te l’ai déjà dit dans mes derniers courriers, est de ces esprits qui aiment mélanger les genres et les ordres sans qu’ils en aient, en toute innocence, pour les moins philosophes d’entre eux, une conscience aussi claire qu’une épisodique fréquentation de Pascal le leur permettrait. Si la force, ici-bas, l’emporte toujours, en effet, elle n’est ni un argument pour la raison ni une valeur pour le cœur. De ce manque de discernement, de lucidité et d’exigence, il vient d’en faire une nouvelle démonstration avec une atavique délicatesse de taureau en perdition qui dépasse l’entendement  moyen d’un spectateur blasé, comme je le suis, fréquentant depuis de longues années les arènes du pouvoir et ses combats de plein air ; comme ceux de coulisses, d’ailleurs, faut-il te le préciser ! Tu n’en croiras pas tes yeux à la lecture de cet exemplaire du «  Dépendant », que je t’adresse avec la présente, mais voilà que ce Monsieur, tout à la fois petit marquis du Grand Comté, en charge d’âmes du minuscule fief de Villegeigne, et intendant général adjoint du même Grand Comté, après avoir été remercié par son seigneur le comte de Labatout de l’intendance en chef de Narbonne, dépassant toute mesure, s’en prend avec une violence inouï d’animal blessé à son prédécesseur le sieur Lemaillet du parti « oxygéné ». Récemment, je t’informais que ce dernier ambitionnait de conquérir le fauteuil du Comte de Labatout et qu’il avait, lors d’une première apparition, présenté une situation climatique du paysage politique comtal passablement pollué par une gestion qualifiée par lui de légère et incompétente. J’attendais donc logiquement la réaction du Comte… et c’est son ancien intendant qui est sorti du toril tel un « Miura » de mauvaise caste donnant des coups de cornes dans tous les sens. Te souviens-tu, mon oncle, de ce que te disait un de ces matadors jadis rencontré dans cette belle cité de Séville ; et qui vaut aussi dans beaucoup d’autres domaines de notre trop brève existence : quand la noblesse et la bravoure font défaut chez l’adversaire, il faut refuser d’engager le combat ; car on y perd son âme et sa réputation. Il est vrai que nos amis espagnols ont le sens du tragique et de la beauté ; il suffit d’assister à une messe dans la cathédrale de Jerez de la Frontera ou à une prestation de José Tomas dans les arènes de Barcelone pour en prendre l’exacte et profonde mesure. Que de leçons apprises en ces occasions, mon oncle ! Il ne suffit pas, en effet, de porter des habits de lumière ou se de vêtir « d’un humanisme qui place l’homme au centre de ses préoccupations », comme l’affirme notre homme, pour recevoir l’onction du public éclairé de ces sortes de combats. Seuls comptent en effet le choix des moyens, la sincérité des actions engagées, la noblesse des sentiments et le respect de l’adversaire. A cette aune seule sont jugés, du moins chez ceux qui accordent quelques vertus à ces valeurs, les faits, mots et gestes de quiconque prétend incarner les principes d’un art : en tauromachie comme en politique ; comme en d’autres pratiques aussi, beaucoup plus modestes, certes, mais toutes aussi essentielles dans nos vies : je pense, notamment à celles de table que nous  goûtons quelquefois de concert.

Le plus comique, dans cette affaire, si on peut parler ainsi, c’est que notre Alain de Pareo fait passer paradoxalement son seigneur et maître pour son vassal ; lui déniant en quelque sorte, à son seul profit, la responsabilité des politiques engagées depuis son accession au pouvoir du petit et du grand Comté. De sorte que j’en viens à me demander, s’il n’y aurait pas, en réalité, caché sous tant d’outrances et de publicité, à le rendre à ce point si visible, le désir de nuire à l’image et à la réputation déjà , comment dire ? si controversée, du Comte de Labatout. Le notoire engagement du petit marquis de Villegeigne et intendant adjoint du Grand Comté auprès du Prince de Gruissan et son contentieux personnel avec le Comte, donnent, après tout, quelque poids à cette, peut être, fantaisiste, hypothèse. Qu’en penses-tu, mon oncle, toi qui me disais qu’il faisait plein jour à minuit en certaine saison…à Saint-Pétersbourg ? L’illusion règne en ce monde ; comme un vulgaire chiffon rouge conduit la course d’un taureau…

Je te souhaite un bon dimanche pascal, mon oncle ! Adieu !

 

 

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Commentaires (1)

  • raynal

    raynal

    |

    Oui, mon neveu, il fait jour sur la Baltique, en juin, a la saint Jean D’été…Instants magiques ou l’on peut enfin croire a une lumière qui dure…

    Il est ainsi, parait il, des régions ou  »tout n’est que beauté, luxe, calme et volupté ».

    Cela nous entraine evidemment fort loin du marigot ou tu nous entraines au fil de tes chroniques.

    Je retiens de la lecture de la pleine page de ce quotidien(que je n’achète que l’hiver, quelquefois, lorsque je manque de papier pour allumer mon feu ) le passage ou ce monsieur dont il
    parait difficile de penser qu’il cultive une modestie salvatrice et un recul salutaire devant les vanités du monde se declare visionnaire accompagnant dans leur marche triomphale vers
    l’immortalité d’autres élus eux meme visionnaires…

    Voilà qui devrait te rassurer, mon neveu,sur le devenir de notre belle contrée…Un voyant nous est né, un voleur de feu, Prométhée des Corbières…Le génial Arthur enfin réeincarné sous les
    platanes de Villedaigne…Et dont la référence a Iznogoud montre assez l’ampleur de la culture littéraire !

    Ah, mon neveu, si le ridicule tuait, nous manquerions cruellement de postulants a nos joutes électorales…

    Hein, qu’en penses tu  ?

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