Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique Narbo-Martienne. Arts : Narbonne se maintient dans le Top 14

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La menace d’une relégation du RCNM en F1 est un évènement cruel, où le déclin finit d’être latent pour entrer dans l’ordre du possible. Dans ces conditions, l’exposition Génération Spanghero, organisée dans le cadre de Sportfolio (et voulue sans doute pour réhabiliter un nom écorné il y a peu), sonne étrangement. Elle rend ce passé glorieux encore plus lointain et révolu, mais le rend encore plus présent, par comparaison dépitée.

Côté arts et culture, Narbonne compte des acteurs souvent remarquables, et a suffisamment d’arguments pour ne pas craindre la relégation la saison prochaine.

Mais si Sportfolio consacrait une expo à la dream team des artistes Narbonnais du passé, il y aurait du beau monde là aussi.

L’artiste dont le nom est le plus facilement associé à Narbonne, c’est Charles Trénet. Sa maison natale a le label Maison des Illustres, remplie d’objets, de souvenirs qui évoquent son enfance ainsi que sa carrière de star du Music-Hall. C’est une archive de charme de la vie de Trénet, mais c’est un évènement vivant qui rendrait le plus justice à cet incroyable poète-show man. Car avec Georges Brassens le Sétois, Boby Lapointe le Piscénois, notre petit coin de midi a engendré un beau trio d’iconoclastes qui a brillé sur quarante ans de chanson française.

Le fou chantant est cela-dit loin d’être le seul artiste que la ville a vu naître ou grandir. Un dictionnaire des illustres narbonnais serait fascinant tant il embrasserait large : d’Isaac l’aveugle, un des fondateurs de la Kabbale au 12e s, en passant par Joseph Cabirol, l’inventeur du scaphandre, le sublime Mondonville, auteur d’un opéra occitan, puis des artistes aussi mystérieux que Nicolas Tournier ou les frères Rodières, imprévisibles, que Jacques Gamelin, sans oublier la loufoque fratrie des Cros ou le rugueux Iché, La ville peut s’enorgueillir d’avoir joué un rôle dans le monde des idées.

Dans la géographie des illustres, la place des Quatre Fontaines a été comme un épicentre qui a vu rien moins que Benjamin Crémieux, Pierre Reverdy, Jean Eustache en culottes courtes.

Benjamin Crémieux est né en 1888 Pont des Marchands, d’un père « pauvre » et « d’une mère qui n’était pas belle ». Le premier de la classe (1921), retrace sans fard l’enfance Narbonnaise de celui qui allait devenir romancier, essayiste (Inquiétude et reconstruction), critique littéraire (Du côté de chez Proust), chroniqueur –en particulier à la Nouvelle revue Française. Il fut le « passeur » d’écrivains comme Pirandello, Moravia, Malaparte ou René Crevel. Esprit percutant, éclairé, cosmopolite, il cristallise contre lui la haine antisémite de son temps. Il entre dans la résistance dans le mouvement Combat. Arrêté, il meurt au camp de Buchenwald en 1944. Si le terme d’artiste engagé a pu être galvaudé, voilà bien un homme qui a amplement mérité cet épithète –dont il se serait sans doute bien moqué. A la fois intellectuel, artiste, résistant, il présente de nombreux points communs avec le biterrois Jean Moulin, dont on oublie souvent à quel point il fut un passionné d’art moderne, ainsi qu’un superbe caricaturiste. Et si ces deux noms se retrouvaient associés pour un hommage conjoint ?

Pierre Reverdy nait en 1889 rue… Benjamin Crémieux (qui ne s’appelait pas alors ainsi), de père et mère inconnus. Mais Narbonne est bien trop petit pour celui qui monte à Paris dès 1910, pour y rencontrer Picasso, Max Jacob, Modigliani, Apollinaire…, et devenir le poète inclassable et respecté de tous. Ses livres sont illustrés par Picasso, Juan Gris ou Matisse. A l’âge de 37 ans, l’amoureux des femmes et de la vie choisit « librement Dieu » et se retire près de l’Abbaye Bénédictine de Solesmes où il continuera à écrire jusqu’à sa mort. L’homme est sans aucun doute complexe, mais son écriture limpide et animée est une des plus pures expressions de la poésie française du 20e s, qui aura une immense influence sur les poètes de sa génération et ceux qui suivront. Une petite plaque signale sa modeste maison natale, adossée aux vestiges de l’ancienne Maison Consulaire.

Né à Pessac en 1938, Jean Eustache vient passer des années cruciales –et difficiles à Narbonne auprès de sa mère, à partir de 1951. Comme Crémieux ou Reverdy, rien ne prédisposait ce fils maçon à devenir un cinéaste hors norme, l’auteur de La Maman et la Putain (1973), un des films majeurs (et inoubliable) de la Nouvelle Vague et du cinéma Français, avec Jean-Pierre Léaud et Bernadette Laffont. Il tourne Le Père Noël a les yeux bleus (1966) à Narbonne (c’est le début de la grande période des Spanghero). Mais c’est dans Mes petites amoureuses (1974), film sur la fin de l’enfance, qu’il capte au mieux les climats et les vibrations sensibles de la ville. Son œuvre n’est pas pléthorique mais ne se découvre pas en une seule fois ; elle est de celles qui vous hantent longtemps.

Quelques lieux que Jean Eustache a filmés :

https://www.youtube.com/watch?v=amjQuiIJRt4

Et pour l’empreinte de Jean Eustache à Narbonne, Le Renouveau du cinéma Narbonnais, documentaire de Stéphane Kowalczyk, présenté par Michel Sidobre

https://www.youtube.com/watch?v=RDeiKKt6lVQ

La prochaine fois, promis, on parlera du présent ou du futur.


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On trouvera d’autre textes sur Eustache, Crémieux, Mondonville, notamment, dans ce blog, en utilisant la fonction « recherche »

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Commentaires (1)

  • VIALLE

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    Merci pour ces rappels ou découvertes. Bonne journée

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