Contre-Regards

par Michel SANTO

Coup de coeur! Marie-Hélène Lafon et son « Joseph »…

w640Joseph est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon, après L’Annonce (2009) et Les Pays (2012). Joseph est l’histoire d’un ouvrier agricole, dans une ferme du Cantal. L’histoire aussi d’un monde qui se meurt. Le monde de la « petite » paysannerie de montagne, de ses travaux, de son isolement , de ses silences. Un monde dur à la peine, que quittent les enfants aussitôt nés à l’âge adulte pour s’en aller, gagner leur vie à la ville et fonder maison et famille. Comme Michel, le frère jumeau de Joseph. Joseph qui ne quittera jamais les frontières de son canton que pour y mourir avec pour seul avoir une valise et son nécessaire pour ses obsèques. Depuis toujours, Joseph loge chez ses patrons. C’est un doux Joseph! Il aime les bêtes et l’odeur des étables; il se tient à sa place.

C’est un taiseux, et par ses yeux, la ferme, sa patronne et les autres prennent corps. Il sait que quand leur fils reprendra l’affaire, son travail disparaîtra. Trop cher Joseph, il faut bien vivre avec son temps, s’adapter…  Une vie à l’abri de son corps qui se dévoile au fil des pages. L’enfance, un père alcoolique, les moqueries sur son nom, l’amour qui fait mal et fait chuter, les cures … Mais Joseph n’est pas triste. Joseph est un doux. Il reste au bord. Tranquille, il pense et voit son monde disparaître. Inexorablement ! Pas la moindre trace de folklore ou de pittoresque dans ce portrait  d’un homme et d’un mode de vie que nous offre Marie Hélène Lafon dans ce magnifique texte tout en pudeur, respect et justesse. La dernière page lue, on retient longtemps ce Joseph en soi. Et on se prend à l’aimer, et on pense au récit par Flaubert de la vie de Félicité. Le coeur pincé, au bord des larmes…

Extraits

« les gens et les bêtes mouraient mais pas les prés, pas les terres, pas la rivière, tout se conservait et il avait beaucoup à penser. La Santoire, par exemple, il était né au bord, il avait vécu là, pas loin, dans sa vallée ou autour, il l’avait entendue souvent la nuit et connaissait toutes ses saisons, un peu comme si elle avait coulé à l’intérieur de lui. »

« Il n’avait pas toujours eu le choix, il avait dû, certaines fois travailler dans des conditions qui lui tordaient le ventre mais il n’était jamais rester longtemps dans ces fermes. Il avait appris à se méfier des gens que les bêtes craignaient, les brutaux et les sournois, surtout les sournois qui cognent sur les animaux par-derrière et leur font des grimaces devant les patrons. »

Biographie et informations

Nationalité : France Né(e) à : Aurillac , 1962

Biographie :

Professeur agrégée de Lettres Classiques, Marie-Hélène Lafon choisit d’enseigner dans un collège situé en Zone d’Éducation Prioritaire.

Elle commence à écrire en 1996. Son premier roman, Le Soir du chien, a reçu le prix Renaudot des lycéens. Elle préside le prix littéraire des lycéens de Compiègne en 2003-2004.

Dernières parutions : Sur la photo, Buchet Chastel, 2003 Mo, Buchet Chastel, 2005 Organes, Buchet Chastel, 2006 Les derniers Indiens, Buchet Chastel, 2008, l’Annonce, Buchet Chastel, 2009.

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Commentaires (3)

  • Catherine BORGNET

    |

    Tu m’as donné envie de lire ce roman . Je vais certainement le commander à la médiathèque.

    Je te souhaite une Bonne Année Michel. Déjà 10 minutes de moins sur l’année 2015 .

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    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Eh bien si je t’ai donné envie de lire ce roman Cathy, j’en suis heureux. Bonne année à toi. Je t’embrasse, Simone aussi…

      Reply

  • Raynal

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    Marie hélène Lafon, écrivain du déracinement….Je n’ai pas encore lu  » Joseph  », (c’est prévu ) mais j’ai lu avec ravissement  »l’annonce  » et  »les pays  », ses livres précédents…J’y ai trouvé cette beauté dans cette forme de simplicité qui est la marque des grands écrivains (c’est si difficile de faire beau en faisant simple….), une justesse et une authenticité issue sans doute du terroir cantalou de ses ancêtres, sans afféterie ou effets de style, mais au plus près de la sensation et de la vibration intime….Un peu comme ces vins de pays, un peu rugueux, un peu râpeux , mais qui ne vous racontent pas d’histoires et touchent au plus vrai de leur terre…Le déracinement ou le dé-paysement…Difficulté de réapprendre sans renier ce qui nous a construit, s’enrichir de neuf et de nouveau en s’appuyant sur ce qui demeure en nous de cette longue histoire dont nous ne sommes qu’un maillon fugace…Acquérir cette nouvelle langue, ces nouveaux codes tout en conservant en nous ces passerelles intimes qui nous ramènent a nos origines, aux sources profondes de notre existence…Cela fut le lot de beaucoup, dans notre génération… »Montés  », ainsi que l’on disait à l’époque a Paris ou bien quelque part dans les brumes, loin, si loin de leurs vignes et de leurs montagnes….  »Ils quittent un a un le pays pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre ou ils sont nés  » comme le chantait si joliment Ferrat….Et pourtant  »que la montagne est belle » comme est beau le pays qui nous a vu naitre et dont nous gardons au cœur l’indicible nostalgie…C’est tout cela que nous dit MH Lafon, dans ses livres….Cette amertume douce amère d’un monde qui disparait mais qui demeure en nous, au plus profond, comme la trace, lointaine déjà, d’une vie qui fut la notre….Plus dure, plus ingrate, plus opaque, mais nous le sentons bien….Tellement plus authentique…A lire, d’urgence, pour bien commencer l’année….

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