Mes lectures:

 

Celle de Gil Jouanard, un ami cher… 

 

 

Le nouveau livre de Gil Jouanard

 

 

« Le malentendu sémantique à l’origine de la façon péjorative dont on use du terme « élitisme » ou de celui d’« élitiste » tient au fait que l’on a détourné le mot « élite » de son sens premier qui désigne la catégorie, littéralement asociale, des meilleurs pour l’appliquer à ceux qui, socialement parlant, sont les plus riches et les plus favorisés !

Or, l’élite des peintres, des poètes, des danseurs, des musiciens, des architectes, des philosophes, des sportifs, des menuisiers, des boulangers, des bergers, ce ne sont bien évidemment pas les plus favorisés par la naissance ou les mieux fournis en ressources financières : ce sont ceux qui, dans leur art, leur métier ou leur pratique, sont parvenus au plus haut degré d’excellence.

Le principe de l’élitisme est donc celui qui permet de discerner ces « meilleurs » dans chaque discipline ou catégorie et de les désigner comme exemples qualitatifs à imiter, comme idéal à atteindre. Faire partie de l’élite, c’est accéder au plus haut degré de maîtrise dans sa matière ou sa « partie » de prédilection ou dans l’exercice de son activité professionnelle (qu’elle soit ou non lucrative).

Ainsi, le sommet de l’élite est-il atteint, en poésie, par Baudelaire, qui ne roula jamais sur l’or ni n’exerça jamais le moindre pouvoir ; Van Gogh fut un peintre d’élite dont la pauvreté voisina l’état de miséreux. Comble de détachement matériel, adepte maniaque du dénuement total, Diogène se situe en haut de l’élite des philosophes.

Tout démocrate ne peut que mobiliser son énergie en vue de l’accession du plus grand nombre possible, et idéalement de tous, au rang de l’élite. L’école de la République aurait dû avoir cet objectif généreux et digne en point de mire permanent, et ne jamais céder à la tentation démagogique de la facilité qui incite à laisser chacun mariner dans son bain originel et à s’y développer à la seule mesure de ses médiocres ambitions. Qui connaît la mesure de ses ambitions personnelles, quand il ne sait que peu de choses sur ce qu’il est, sur ce qu’est l’homme en général, sur ce que comporte d’aptitudes la condition humaine, sur ce que permet la libre disposition de nos facultés et de nos aspirations, celle de nos désirs avoués ou secrets ?

L’idée même qu’il pourrait y avoir une « culture de masse » ou une « culture populaire », pour public de catégorie sociale inférieure, et une « culture élitiste » pour nantis est une aberration pernicieuse, un signe de mépris adressé aux défavorisés ; pis encore : un crime contre l’humanité…

Agadir, ce 16 novembre 2005. »