Contre-Regards

par Michel SANTO

L’espérance mène plus loin que la crainte .

 

La-Chronique-de-Brice-CouturierExcellente chronique de Brice Couturier, ce matin , sur France Culture. Que je reproduis in-extenso.

« Les promoteurs de l’heuristique de la peur n’aiment pas qu’on leur rappelle qu’ils sont réactionnaires », écrivez-vous, Gérald Bronner. Faut-il que notre société soit vieille pour que le progrès en tant que tel soit devenu, pour nos contemporains, un épouvantail !

Sans doute, nos positivistes du XIX° siècle avaient-ils poussé un cran trop loin l’optimisme, en promettant un monde débarrassé du besoin et de la peur, une nature entièrement comprise, mise en lois et régulée pour le plus grand bonheur de l’humanité. Mais leur naïveté avait au moins pour mérite de pousser nos savants et nos inventeurs à l’audace. On ne demandait pas aux découvreurs de la vaccination ou de l’aéronautique de mettre en œuvre le principe de précaution. Sinon, nous ne vivrions pas trois fois plus longtemps qu’eux et nous ne voyagerions pas en avion…

Or, la voie dans laquelle nous sommes engagés depuis une quarantaine d’années vous paraît caractérisée par une méfiance exagérée envers l’activité humaine. Dans un ouvrage précédent, vous nous avez dit tout le mal que vous pensiez du « principe de précaution », dévoyé en « précautionnisme ». En surévaluant constamment les risques, au nom d’un « principe de responsabilité », il a pour conséquence de nous paralyser.

Si nous n’osons plus rien, dites-vous, c’est parce que nous nous haïssons nous-mêmes. Une sorte de « masochisme moralisateur » s’est répandu – pour emprunter cette expression à Octavio Paz. L’homme occidental met son orgueil à battre sa coulpe. Nous avons la contrition orgueilleuse. En tant qu’hommes, nous nous déclarons coupables par essence. Coupables d’avoir dérangé le cours naturel des choses, d’avoir compromis le fragile équilibre de la nature. Cette « anthropophobie » – selon votre expression – incline l’idéologie contemporaine à nier toute supériorité à l’homme en tant qu’espèce animale, voire à le tenir pour une espèce perverse et néfaste. Elle est donc anti-humaniste. Elle imprègne la culture de masse, obsédée de nous prédire l’apocalypse pour prix de nos péchés contre la nature.

Mais elle incline aussi, dites-vous à sacrifier la démocratie elle-même à son culte mortifère : de même que la conscience des prolétaires, selon Lénine, inclinait spontanément à la social-démocratie et au réformisme et devait donc être réformée par les révolutionnaires professionnels, de même les masses, qui n’ont pas un intérêt clair de l’intérêt des générations futures, devraient être guidées par les militants environnementalistes

Luc Ferry publie ces jours-ci un essai intitulé L’innovation destructrice, qui s’attaque aux mêmes adversaires que vous : les partisans de la décroissance, les ennemis de l’innovation et du progrès. Mais il y a un philosophe qui vous avait précédés l’un et l’autre ; c’est Dominique Lecourt. Il y a dix ans déjà, il dénonçait déjà « le journalisme d’épouvante » qui cherche à terroriser le lecteur en lui racontant la fin du monde. Il dénonçait ce « fatalisme du pire », qui a remplacé l’esprit, raisonnablement optimiste, des Lumières. Il en voyait l’origine dans « une idéologie antirationaliste rampante ». Et il écrivait « le pouvoir de connaître, réputé, depuis Epicure, nous délivrer de toutes les peurs, se retourne contre lui-même et, ennemi intime, suscite l’épouvante ». (L’Âge de la peur, p. 65) Et, avant lui, Ernst Jünger écrivait : « l’espérance mène plus loin que la crainte. »

Pourtant l’expérience du passé récent, celle du XX° siècle, en particulier, ne devrait-elle pas nous inciter davantage à la prudence qu’à l’audace, comme Jünger devait le comprendre dans la 2° partie de sa vie ?

Mots-clefs : , , , , , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Articles récents

La société du vide parée de lin blanc fonctionne au carburant de la haine et du ressentiment. Elle fait peur !

La société du vide parée de lin blanc fonctionne au carburant de la haine et du ressentiment. Elle f

                  Un insoumis traqueur de "fascistes planqués", filme un individu casqué tabassant un manifestant place de la Cont[Lire la suite]
Le Cabinet d'Art Particulier et "Les Grands Buffets Mécénat" exposent Patrick Chappert-Gaujal…

Le Cabinet d'Art Particulier et "Les Grands Buffets Mécénat" exposent Patrick Chappert-Gaujal…

        Louis Privat, le patron des « Grands Buffets » n’est jamais à court d’idées – il ne fait jamais rien comme personne ! Surtout quand il s’agit de promouvoir l’[Lire la suite]
Une intense lumière suffit à graver la vérité.

Une intense lumière suffit à graver la vérité.

              Dans le carnet de Marc Pautrel, chaque jour, trois phrases - parfois notes de travail, parfois journal intime -. (lien direct en[Lire la suite]
Narbonne, ville (d'art) et d'histoire !

Narbonne, ville (d'art) et d'histoire !

Le croquis de la semaine de Denis Carrière :  "Narbonne, ville (d'art) et d'histoire !"       Lire aussi : l'étrange destin de l'Aspirateur en cliquant sur (ici) [Lire la suite]
Claude Lanzmann et Jean Cau, une amitié inaltérée…

Claude Lanzmann et Jean Cau, une amitié inaltérée…

        J’écoute le troisième entretien accordé par Claude Lanzmann à Laure Adler (À voix nues), diffusé sur France le 28/12/2005. Tout à la fin il évoque sa découver[Lire la suite]
RCNM ! Mais que cherche donc l’ex-président de la SASP du Rcnm, Bernard Archilla ?

RCNM ! Mais que cherche donc l’ex-président de la SASP du Rcnm, Bernard Archilla ?

      Que cherche donc l’ex-président de la SASP du Rcnm, Bernard Archilla, dont la démission a été  acceptée et confirmée, par son Conseil d’Administration, le 24 avril . Ma[Lire la suite]
%d blogueurs aiment cette page :