Contre-Regards

par Michel SANTO

Merdive veut changer de prénom! Nierait-elle ainsi son identité?!

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Merdive, Poupoune et Aiden pourront enfin changer de prénom. Plus vite, et « pour moins cher »! Des «petits noms» ridicules de ce genre, ou fabriqués – deux syllabes maximum: nous sommes dans un monde numérique binaire – le site Internet de la Ligue des officiers en recense tous les jours de nouveaux. Aussi Loo-Anh, Petite-Neige et God’s pourront se rebaptiser, républicainement. Finies les moqueries et les brimades dans les cours d’école, notamment. Désormais, chacun pourra changer de prénom beaucoup plus facilement, comme il l’entend.

Le projet de loi «Justice du XXIe siècle», présenté par le Ministre de la Justice, si cette mesure était maintenue dans sa version définitive votée par les deux Assemblées, devrait permettre, en effet, de rendre le changement de prénom plus rapide et gratuit. Elvin et Elwine, comme les quelques 2700 personnes qui en font la demande, chaque année, n’auront donc plus besoin de se rendre au tribunal. Il suffira de présenter une demande à leur maire, ou l’un de ses adjoints. Une procédure moins longue et moins coûteuse.

Cela dit, certains avocats – pas contents ! because moins de clients – estiment que l’idée est moins bonne qu’il n’y paraît et jurent que la facilitation va déplacer le problème du tribunal vers l’état civil en le grossissant. D’autres, comme Maxime Tandonnet , beaucoup plus radicaux, placent cette réforme dans la même «filiation» idéologique et politique que «la théorie du genre», le libre choix de son identité sexuelle, la disparition de l’enseignement de l’histoire chronologique, la suppression du latin et du grec au collège, le saccage de l’orthographe et de la langue… Et ce, au motif que le prénom serait «l’identité d’un homme ou d’une femme, ce qui le distingue de son entourage». Tous les « Merdive » et « Poupoune » français devraient donc, si l’on devait suivre Maxime Tandonnet, accepter cette assignation identitaire définitive voulue par des parents irresponsables au point de ne n’avoir jamais pris en compte une seule seconde «l’intérêt» de leurs propres enfants (1). Évidemment, non!

J’observe, d’ailleurs, que changer de prénom est déjà permis depuis fort longtemps -1955 ! – et qu’en modifier la procédure n’en change pas sa substance philosophique et politique – de la procédure – au point d’en faire l’équivalent de la réforme de l’orthographe ou du « mariage pour tous »…  Rien donc de bien nouveau sous le soleil juridique.

Par contre, ce qu’il convient de remarquer est que cette liberté de choisir les prénoms de ses enfants, voulue et décidée en 1993, permet à ceux qui le souhaitent par volonté, par inconscience ou insouciance, de rompre avec la chaîne symbolique de la filiation parentale. Rares aujourd’hui, en effet, par exemple, sont les doubles prénoms dont le second – ou parfois les deux – est celui d’un grand-père ou d’une grand-mère. En cela, il est vrai, cette réforme de 1993, et non celle projetée aujourd’hui, est significative d’un « état des moeurs », d’une époque où est promue un individu sans «racine», sans passé, sans filiation. Mais croire qu’il suffirait de rétablir des normes juridiques antérieures à la loi de 1993 pour réactiver ce rapport au passé, à l’histoire et à la culture, comme aux rituels sociaux qui l’ordonnait, est totalement illusoire. Pour s’opposer à cet air du temps, à cet état du monde,  ne restent, pour ce qui concerne l’attribution ou le changement de prénom, comme dans d’autres pratiques sociales contemporaines, qu’à réhabiliter le savoir, nourrir l’esprit critique et le goût de la réflexion qui permet à chacun de se situer dans le temps et l’espace.


(1) C’est par la loi Vauzelle du 8 janvier 1993 qu’a été donné le libre arbitre aux parents dans le choix du prénom de leur enfant. Un choix qui fut très encadré. La loi du 11 germinal an XI a d’abord restreint, en effet, le choix des prénoms des enfants à ceux du calendrier ou de l’histoire antique. Et c’est le 12 avril 1966 qu’est élargi le  choix du répertoire avec la possibilité de prénoms tirés de la mythologie. Avec une réserve importante émise par l’alinéa 2 de l’article 57 du code civil. Celle de l’intérêt de l’enfant, qui permet au juge, s’il n’a pas été reconnu ou s’il méconnaît le droit des tiers, d’en ordonner la suppression sur les registres d’état civil. Cet article 57 du code civil est maintenu dans la nouvelle procédure prévue par le projet de loi «Justice du XXIe siècle».

   

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Commentaires (1)

  • Elle

    |

    Changer de prénom est permis depuis 1955 mais c’est un parcours du combattant pour obtenir ce droit. J’ai passé 2 ans à le tenter, étant prénommée usuellement C. par mes parents qui m’ont prénommée D. à l’état civil. Je n’ai jamais pu obtenir ce changement malgré les témoignages prouvant l’usage du prénom C. J’ai donc abandonné la lutte et Je navigue donc entre 1 prénom dans lequel je ne me reconnais pas, , entre univers professionnel et amical. Je vais donc retenter ma chance dès que ce projet sera entériné. (et tenter d’obtenir une réparation pour risque de schizophrénie!!!) C’est une bonne nouvelle, au delà des considérations sociologiques que vous évoquez plus haut car quand même, le prénom signe une identité. J’ai de la chance, je ne m’appelle pas Damon, ou Poupoune ! Salutations. Elle, pseudo !

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