Contre-Regards

par Michel SANTO

Narbonne ! Salle multimodale : réunion publique et questions restées sans réponses…

   

Hier soir (enfin !), réunion publique, au Palais du Travail, à l’occasion de laquelle  Didier Mouly nous (nous car j’y étais) a présenté son projet de salle multimodale. La salle était pleine et chaque camp spatialement bien réparti. À droite de la scène occupée par le maire (en regardant la salle) ses adjoints et les représentants de l’entreprise Fayat (gagnante du marché), les opposants à ce projet de l’association «Touche pas à mon parc des sports de Narbonne », notamment ; à gauche, les favorables (une forte délégation de militants de Nouveau Narbonne), et au centre un « marais » » avec toutefois un bon rang (ou deux : je n’ai pas compté) d’élus socialistes au conseil municipal (1) (eux aussi dans l’opposition). J’ai grossi un peu le trait, pour faire image évidemment. Car nous en avons eu de belles (images), réalisées pour la circonstance par le groupement d’entreprises Fayat (des « cartes postales » – de celles qui font rêver !). Je dois dire, incidemment, que le coup de crayon de l’architecte est plutôt réussi : le bâtiment projeté, à l’opposé de son voisin (le Murena) tout en droite et en angles, présente en effet de belles formes arrondies… Mais passons, là n’est pas mon propos. Ce que je retiens surtout de cette présentation (je ne vais pas reprendre ici ce que j’ai déjà exposé dans mes billets précédents sur ce sujet) c’est qu’aucune évaluation du montant des coûts de  fonctionnement de cette salle, de l’aveu même de Didier Mouly, n’a été faite. La raison : « il fallait d’abord avoir une idée du bâtiment et de ses fonctionnalités ». (Un peu comme si un chef d’entreprise décidait d’investir dans un parc machine de 20 millions d’euros pour ensuite vérifier si ses produits n’étaient pas déjà fabriqués par des concurrents à des coûts de production inférieurs aux siens). Un argument des plus légers, d’autant que des salles de ce type existent déjà (réalisées et financées par des intercommunalités, non par des communes) ; que leur « courbe d’expérience » est bien connue et leurs résultats d’exploitation aussi (négatifs et pris en charge par la collectivité propriétaire, directement ou indirectement). Mais il n’empêche, Didier Mouly nous l’assure, à l’instinct et parce qu’il a la « foi », je le cite : « ce n’est la Ville qui va financer le fonctionnement de la structure », mais une « entreprise » qui en aura la gestion sous la forme d’une délégation de service public. Bien ! Autrement dit, cette société s’autofinancera intégralement et versera une redevance à la Ville dans laquelle sera, bien entendu, intégré le montant annuel de l’amortissement de l’emprunt (intérêts compris) réalisé pour la construction de la salle en question. Et pour être encore plus précis, la Ville ne garantira pas non plus, comme ailleurs cela se fait, une partie de son déficit d’exploitation. Il va de soi aussi, n’est-ce pas ? que ces présidents de clubs qu’on a vu défiler hier soir pour s’entendre dire qu’ils ont besoin de cette salle (d’une salle sans doute, mais pas nécessairement multimodale !) ; qu’ils la rempliront (leurs performances sportives sont en effet des garanties !), payeront à la société exploitante un montant de loyer et de services correspondant au minimum à son prix de revient (il faudra qu’ils m’expliquent comment, alors que leur équilibre d’exploitation est assuré par des subventions publiques !) ; qu’ils pourront y accueillir de grands évènements nationaux et internationaux (il est vrai que leur notoriété, nos infrastructures aéroportuaires, ferroviaires et hôtelières sont un avantage concurrentiel évident par rapport aux sites métropolitains de Montpellier et Toulouse !) ; que nul ne saurait contester  (j’ironise) que les salles VIP prévues pour assurer une vie en continu sur l’année dans ce bâtiment feront le plein concurremment avec celles (en cours de réalisation) du « Parc des Expositions » voisin, géré par l’Agglo ; et qu’enfin (sans conclure cependant) les programmations d’évènements sportifs (RCNM, athlétisme, etc.), culturels (Théâtre et Murena) et économiques (Parc des Expos), nécessairement indépendants les uns des autres, ne rendront pas difficiles la gestion de leurs parcs de stationnement communs… Si je termine – pour ne pas faire trop long – par ces remarques, ce n’est pas par hasard, mais bien dans l’intention précise de revenir sur un aspect plus général concernant cette « affaire ». Mon point de vue est que nous sommes, hélas ! confrontés à un très sérieux « dysfonctionnement », depuis les dernières élections municipales et communautaires, dans  la gestion publique  d’un même territoire, entre  la commune centre et l’agglomération. Je l’ai déjà écrit ailleurs, ce genre d’équipement (ne discutons pas de sa forme actuelle, pour bien me faire comprendre), par sa taille, sa zone de chalandise, son coût, son « marché », relève d’une compétence qui dépasse largement celle de la seule Ville de Narbonne. L’agglomération (déjà gestionnaire du Théâtre et du Parc des Expos, notamment) est en effet le bon niveau de programmation pour de telles réalisations.De sorte que le souci de l’intérêt général aurait dû amener Didier Mouly et Jacques Bascou autour d’une table pour qu’ils y « croisent »  leurs analyses sur les besoins en équipements du territoire, afin d’en définir, avec les principaux intéressés, le nombre, la qualité, les « formes » et les modes de gestion pour chacune des deux collectivités. Bref ! de s’assurer de la possibilité de faire mieux et moins cher pour le plus grand bénéfice de tous – et des contribuables en particulier. Je sais, pour avoir posé la question dans ces mêmes termes, à des vice-présidents du Grand Narbonne et des adjoints de Didier Mouly, que cette méthode avait leur préférence. Mais rien n’y a fait ! Chacune des deux collectivités est restée sur sa position, projet contre projet… Une posture, sur un enjeu urbain et économique de cette importance, incompréhensible, pour ne pas dire irresponsable. Une impasse dont nous devont tirer les leçons pour les prochaines élections municipales et communautaires.

(1) Des élus muets durant toute la réunion (?!)

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Commentaires (13)

  • JM

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    Bonjour Michel es-tu sûr de ta conclusion: « L’agglomération (déjà gestionnaire du Théâtre et du Parc des Expos, notamment) est en effet le bon niveau de programmation pour de telles réalisations » quand on voit le large déficit de ces deux structures gérées par l’agglomération qui vient de mettre les salariés du Théâtre au chômage technique?

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Cela est une autre question… Je n’ai pas voulu faire un article complet. Il eut été trop, beaucoup trop long. Ces deux structures comme partout ailleurs en France sont structurellement déficitaires ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas faire des efforts de « productivité ». Bien au contraire. Et dans mon billet, je précise que l’intercom, pour des équipements lourds, est le bien le bon niveau de programmation…

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  • Yves Couriaut

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    Bonjour,
    En tant qu’usager régulier du parc des sports pour des joggings, j’ai assiste à cette réunion publique.
    Je fais les remarques suivantes:
    – monsieur le Maire a passé plus de temps à parler des parkings, que de la sécurité
    des piétons qui devront traverser le boulevard pour se rendre à la salle.
    – rien sur le parcours piéton intérieur de ce même parc, « prolongé de 100 m », alors qu’il n’offre aucune commodité aujourd’hui.
    – rien non plus sur le financement des 23 M€!
    – rien sur la DSP, en cas de déficit d’exploitation, que vous évoquez dans votre billet

    Enfin, je rejoins votre conclusion, sur la navrante et stérile opposition entes les gestionnaires de la ville et ceux de la Communauté de Communes.

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  • camus thierry

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    Votre analyse Monsieur Santo est fort pertinente et j’y adhère entièrement . En effet le problème ne se situe pas dans le projet lui même mais dans sa viabilité économique . De plus quand on connait les rapports, si je puis dire, entre le Grand Narbonne et la municipalité , je doute fort qu’ils puisent s’atteler pour le bien commun . Comme beaucoup de Narbonnais , je suis accablé par cette bataille d’ego . Sous l’ère Moynier , porteur des projets PNRN et mediatheque , ce maire qui n’était pas si mauvais que cela s’est vu confronté à une virulente opposition du PS local . Désolant une fois de plus .

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  • Alphonse MARTINEZ

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    Cher Michel votre analyse sur ce nouvel « investissement »est comme toujours intéressante et peut ouvrir un débat , et pourquoi pas des propositions de la part de ceux qui sont opposés à ce projet. Contrairement à vous je ne souhaite pas que le Grand Narbonne intervienne dans ce projet. Leur héritage est lamentable; entre 2007 et 2014 :

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Alphonse ! La question n’est pas celles de personnes ou d’élus. Je raisonne en termes institutionnels et économiques…

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  • Alphonse MARTINEZ

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    Cher Michel votre analyse sur ce nouvel « investissement »est comme toujours intéressante et peut ouvrir un débat , et pourquoi pas des propositions de la part de ceux qui sont opposés à ce projet. Contrairement à vous je ne souhaite pas que le Grand Narbonne intervienne dans ce projet. Leur héritage est lamentable; entre 2007 et 2014 : – endettement + 25% ( 12 millions d’euros)
    – les charges de fonctionnement de Narbonne ont progressé de + 40% – le chômage a progressé de + 34% – Gaspillage que je dénonçais déjà dans « Tribune Libre de NN, 5 millions d’euros (Aspirateur)
    – charge par habitant + 30% – cerise sur le gâteau Narbonne est coiffée du bonnet d’âne des villes de +de 50000 h. Ce qui est occulté de tous est l’une des destinations de cette salle « MULTIMODALE » ,si j’ai bien compris polyvalente. L’urgence ,ici à Narbonne c’est l’emploi, pour 16% des Narbonnais ce n’est pas la citée de la joie ,ils veulent du boulot , même si le sport ou les concerts ,sont inscrit dans notre vie ,il reste l’essentiel. J’espère que cette magnifique réalisation va être un caillou dans les souliers de nos élus chargés de l’économie ( je pense évidemment au GN)et qu’ils vont trouver des solutions et se bouger pour pour amortir cette charge . En principe on devrait y organiser des congrès et des séminaires ce qui devrait faire découvrir notre ville à de grosses entreprises de Toulouse ou Marseille qui souhaiteraient prendre une position stratégique en Languedoc Roussillon. Narbonne est bien placée pour devenir le centre d’une zone d’attractivité commerciale ou technique . Ces entreprises Michel il faut aller les chercher ,non pas en organisant des concours bidon ou faire la une dans la promotion des commerces d’escavennes . Il faut changer le niveau , virer les incompétents ,se remuer un peu et croyez moi cette salle (j’aime pas trop son nom) pourrait devenir un bel outil .

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    • Alphonse MARTINEZ

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      Fausse manipulation ,je n’avais pas fini ,comme vous constatez ,mon commentaire. Sur le fond nous sommes ,me semble-t-il d’accords. Si vous chiffrez le gaspillage de la précédente Muticipalité, et que nous avions économisé les sommes dépensées , aujourd’hui nous pourrions payer cette salle comptant sans nous soucier de son amortissement. J’ai oublié dans mon chiffrage les 7,5 millions dépensés pour ces conteneurs enterrés ,la pire des solutions,qui ne peuvent être utilisés que par 15% des citoyens mais financés par tous. Bonne soirée.

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  • Boujard

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    Un peu de mal à comprendre votre souhait de voir la Mairie de Narbonne et l’Agglo du Grand Narbonne se mettre d’accord sur ce projet de salle multimodale… Vous oubliez que c’est une promesse de campagne de Didier Mouly, en 2014, face à Jacques Bascou n’a jamais partagé l’intérêt de son adversaire pour cet équipement. Vous attendez donc que Jacques Bascou réalise les engagements électoraux de Didier Mouly ? ? ? Si c’est le cas, j’ai probablement raté un épisode de votre saga narbonnaise…

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Je n’ai pas écrit cela ! Je vous invite donc à me relire … « De sorte que le souci de l’intérêt général aurait dû amener Didier Mouly et Jacques Bascou autour d’une table pour qu’ils y « croisent » leurs analyses sur les besoins en équipements du territoire, afin d’en définir, avec les principaux intéressés, le nombre, la qualité, les « formes » et les modes de gestion pour chacune des deux collectivités. Bref ! de s’assurer de la possibilité de faire mieux et moins cher pour le plus grand bénéfice de tous – et des contribuables en particulier. »

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  • Quatrelivre Denis

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    Bonjour,
    J’y étais aussi à cette grande messe et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on ne m’a pas convaincu. Y compris le lendemain, car j’ai été convié aux services techniques de la mairie pour que l’on m’explique mieux de quoi il retourne (sans doutes suite à mon intervention sur le podium mercredi dernier).
    Du coup j’ai écris une lettre ouverte au maire, que je vais déposer aussi aux services techniques dans le cahier de doléances…. qui pour l’heure est vide. Alors allez-y donc de vos commentaires.

    Personnellement je me suis abstenu de tout commentaire d’ordre économique, sachant que d’autres l’ont fait, et vous remercie Mr Santo de celle-ci. J’y souscrit entièrement.

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