Contre-Regards

par Michel SANTO

Souvenir.

Tous les matins du monde, les premiers janvier, se ressemblent. Tristes. Pas un chat dans les rues. Repus, ils dorment. Devant les halles de Narbonne, une petite troupe de clochards. Ils se souhaitent une «  bonne année » en riant du peu de leurs dents. Chaque jour qui passe, j?aperçois une tête nouvelle. Le plus souvent, jeune. Sans être apprêtés ( !) ils sont correctement vêtus. Mais d’où viennent-ils ? Leurs yeux et leurs teints sont ceux de pays froids. L’emplacement que ces errants occupent rassemblait autrefois les espagnols de la ville, qui se préfèrent à présent dans le coeur des halles en la compagnie de marocains ou d’algériens, peut-être. J’ y retrouvais alors mon grand père Antonio, dit « el portillo », pour nous en aller ensuite, main dans la main , chez « Michèle ». Une fille de « Cox », elle aussi. Là il m’achetait un gros beignet safran à l’arôme de fleur d’oranger. Son grand sourire donnait chaud. Le bonheur ! J’ai su plus tard, bien plus tard, ce qu’il cachait de misères?

 

 

 

A vau-voeux.

Est-il donc établi que la conscience soit à gauche et le cynisme à droite ? Qu’au spectacle du monde un soupir attristé suffise à divertir nos âmes ? Qu’aux malheurs des autres un regard désolé nous libère du courage ? Que de grands discours nous dispensent de franches vérités ? Qu’une victoire dans les urnes soit plus belle que des cœurs en détresse? Que le Père Noël soit rouge et le petit Jésus blanc ? Que le béton soit à droite et la pierre à gauche ? Que les blacks soient « trops »… et les harkis « riens » ? Que les mots soient pour Sarko et le sens pour  Ségo ? Que la langue de bois soit goûteuse et la sauce piquante ? Que 2007 ne soit pas 2006 ? Que la vie va trop vite et  le temps pas assez ? Que ma plume s’affole et les signes m’enivrent ? Qu’il suffise d’un espoir pour que se forment des vœux ?

   

Le jour et l’heure.

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En souvenir de Gil Jouanard et de nos conversations littéraires :
Dans quelques heures, nous allons ouvrir la 2007ième page du grand livre du temps. Une page déjà écrite et jamais finie. Ni noire ni blanche. Grise, comme un ciel après la pluie, comme ces traces sur nos visages. Tout change et rien ne change. Le temps passe trop vite, on en manque. Il peut peser aussi et on en souffre. On court toujours après et on le fuit tout autant. On a bien du mal à le suivre. Le temps passe et nous restons. Confiants et sans voix. Joyeux et désarmés. La chose étant assurée, le plus juste est de s’en moquer.

L’esprit des lieux.

Un ami a eu la gentillesse de m’adresser, samedi dernier, la copie d’un article de l’Indépendant de juillet 1994 rappelant la création, en 1932 , à Narbonne du « centro espagnol ». L’article est illustré par une  photo des membres fondateurs posant devant le chantier de cette « maison ».

Mon grand père n’y est pas! Et plus personne autour de moi pour me parler de ce moment de la vie de ce que l’on appelerait aujourd’hui " la communauté espagnole " ! Peut-être ce Belmonte ? J’ai en effet connu, enfant, une Danièle Belmonte dont la maman était originaire de Cox. Un village entre Alicante et Murcia d’où mon grand père est parti dans les années 20 .Je crois! Et , coïncidence extraordinaire, je venais de lire ,dans le Midi Libre du vendredi, un article relatant l’occupation de ce qui fut un cinéma, le Vox, par des S.D.F et des dealers. Cinéma qui prit (quand ?) la suite de ce même « centro espagnol ».

Comment interpréter,  à 74 ans de distance, ce télescopage des images produit par l’imprévisible succession d’un courrier amical de Robert et d’un  malheureux «  fait divers » rapporté par le Midi Libre ? D’un côté, des déracinés, certes, mais au port altier, fiers et en costumes cravates. De l’autre, des paumés venus de je ne sais où, aux corps et à  l’esprit ravagés par l’alcool et la drogue.

Ce site serait-il habité par des fantômes ? Désormais, je ne regarderai plus de la même manière ce qui reste de ce cinéma promit à la démolition.Une résidence de standing va bientôt  le remplacer. En gardera-t-elle ses spectres?

Vert désir.

l’Eccla (l’association Ecologie des Corbières, du Carcassonnais et du Littoral Audois )  fait pâle figure. Ses lumières ne sont pas parvenues jusqu’à l’hôtel du département, à Carcassonne, et le projet de plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilés soumis à enquête publique depuis le 18décembre lui semble donc manquer de pimpant (voir l’Indépendant de ce jour.)

Maryse Arditti, son ancienne cheftaine, a pourtant ses entrées dans la capitale Cathare. Il est vrai qu’en ce moment les relations entre les Verts de la Région, au groupe desquels elle appartient, et ses alliés socialistes et communistes présentent les couleurs les plus vives de l’arc en ciel. Elles passent du rouge sang au vert de rage. Et réciproquement. C’est bien simple, leur président, G. Frèche, ne peut plus les voir en peinture après que Maryse ait eu le toupet d’exiger sa démission. Il trouvait, notre George régional, qu’il y avait un trop grand nombre de noirs chez les bleus.

Mais je m’égare! Revenons plutôt à nos ordures ménagères et retenons la lumineuse idée d’ECCLA qui, en application du vertueux, et révolutionnaire, principe, probablement établi par Monsieur de la Palisse, selon lequel "le déchet le moins cher et le plus facile à traiter est celui que l’on ne produit pas", propose d’établir une redevance "ordures ménagères" proportionnée à la quantité produite.

Une inspiration quasi divine. Et de surcroît créatrice d’emplois puisqu’il y faudra bien quelques milliers de personnes pour surveiller et peser chacune des poubelles sorties chaque soir par nos insatiables pourvoyeurs de décharges publiques. Sauf à régler une bonne fois pour toutes le problème en demandant à nos ouailles audoises de ne plus rien « bouffer ».

A bien y réfléchir, rôde dans l’inconscient de nos Verts un vrai désir d’éradication de cette malfaisante espèce, ce prédateur qu’est l’homo-consommaticus.Un gibier abondant en ces périodes de fêtes…