Contre-Regards

par Michel SANTO

Un ciel sombre et bas.

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Comme chez l’homme, le macaque aurait 20 000 gènes répartis sur 42 chromosomes.
Comme chez le macaque, l’homme voit le monde à travers les grilles de son désespoir.
Mais, enfin, les hirondelles sont de retour.
Pour la première fois, ce matin, elles virevoltent au dessus des toits de Narbonne.
Nombreuses.
Dans un ciel sombre, et bas…
Une raison d’espérer.

Aux actes citoyens!

 

Jean-Marie Pelt était, hier, à Narbonne, à l’invitation de Michel Moynier, dans un théâtre plein à craquer. On ne présente plus ce scientifique de haut vol, professeur émérite de biologie végétale, président de l’Institut européen d’écologie et vulgarisateur de grand talent (la loi de la jungle, les langages secrets de la nature…)

Séduit et « estomaqué », selon ses propres termes, par la volonté, l’énergie et les réalisations de la Ville de Narbonne dans la conduite de son développement, voulu «  durable », il est venu témoigner de son expérience et de ses connaissances pour soutenir le projet d’un nouveau quartier « zéro émission de CO2 ».

Sa conférence, brillante, a surtout mis en évidence le rôle des hommes en général et celui des décideurs en particulier dans la résolution des grands problèmes qui affectent nos écosystèmes. A cet égard, il a pointé du doigt les nombreux responsables des collectivités locales qui, comme avec la culture ou l’histoire, font du développement durable une « arme de communicants ».

Il est vrai que, dans ce domaine, Michel Moynier fait preuve de volonté et d’esprit de décision. N’hésitant pas à bousculer les habitudes, y compris celles de ses propres amis, il n’a pas tremblé pour mettre en place un nouveau plan de circulation, à quelques mois d’élections importantes, plus conforme aux exigences d’une cité « propre ».  Et, paradoxalement, son opposition, y compris «  verte », s’est retrouvée sur une ligne de défense « poujadiste » de défense du petit commerce du centre ville !

Une bien curieuse conception des valeurs de « progrès », en écologie, et de courage, en politique. Mais, rien n’étant jamais acquis à l’homme, surtout ses faiblesses, espérons…

Aux actes et aux « arbres », citoyens !

 

Retour de Cox.

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Je rentre de Cox, un village de la province d’Alicante d’environ 5000 habitants. Qui est aussi le village natal de mon grand père Antonio.

Comme beaucoup de ses amis, parents et voisins chassés par la misère, il en est parti dans les années 20 pour s’installer à Narbonne. La France avait alors  besoin de jeunes hommes, la première guerre mondiale ayant envoyé les siens remplir les cimetières.

Tous les Rives, Fulleda, Cuenca,Santacruz,Gambin,Pamies,Jimenez,… de Narbonne viennent de ce petit coin d’Espagne. Et tous ou presque vivaient dans le quartier de bourg. Si Narbonne est un peu ce qu’elle est aujourd’hui, elle le doit en partie à tous « ces gens de peu » qui lui ont donné toute la force et l’énergie dont ils étaient capables.

Encore aujourd’hui, il n’est pas une famille de Cox qui ne connaisse Narbonne. J’ai pu le vérifier par l’accueil chaleureux qui m’a été fait dans les rues du village, le lendemain d’un rapide passage sur la télé locale. Je ne pouvais faire un pas sans être accosté par une personne prête à me raconter ses vendanges ou ses années de travail et de vie dans notre ville… Que d’émotions!

Je pense notamment à Carmen, qui vécut 53 ans en France après avoir épousé un français de Narbonne, et dont le père venait de Cox, lui aussi. Ou à Sonia, la fleuriste, qui vient régulièrement retrouver sa famille restée ici , et prendre un verre, sur les Barques, à la terrasse de  » Chez Michele  » , tenue par des  » enfants  » de Cox !…

Ce retour aux sources de cette immigration espagnole, Michel Moynier, le maire de Narbonne,mon ami d’enfance, le souhaitait. C’est donc avec un  » mandat  » d’ambassadeur que je m’y suis rendu, accompagné de M.L. Etero, la responsable du tourisme à la mairie de Narbonne et de J.P Chaluleau, journaliste à l’Indépendant.

De nos rencontres et de nos discussions, des projets de « coopération » ont été évoquées avec le maire de Cox et ses collaborateurs, qui, très prochainement, verront le jour. Mais il est trop tôt pour en parler ici…

Ainsi,loin de toute nostalgie ou de repentance, un hommage particulier sera rendu à ce moment de notre histoire, ainsi qu’à toutes ces familles, comme la mienne, venues de si loin et qui, pour beaucoup,sont restées…

 

Un chien qui miaule.

 

Dans le journal « Le Monde », d’aujourd’hui : Julien Dray, a demandé « que toute la lumière soit faite sur ces incidents ». Il a estimé que ces affrontements « illustrent le climat de tension, le fossé et la violence désormais installés entre la police et la population »

Ah ! les mots en disent souvent plus sur ceux qui les prononcent que sur les réalités qu’ils sont censés représenter.

Ainsi, pour Julien Dray qui, depuis quelques temps, se taille une figure de Ministre de l’Intérieur d’un gouvernement présidé par Ségolène Royal, les scènes d’émeutes d’hier à la gare du Nord seraient des incidents (?) et illustreraient la violence installée entre la population (bis ?) et la police.

La population ? Mais laquelle sacrebleu ? La laborieuse, l’agricole, l’ouvrière, la scolaire, l’active. Celle du globe, la française. Celle des banlieues, peut-être. Ou bien alors celle de cités. Ou bien encore celle de certaines cités. Ou bien…ou bien…

De bons maîtres m’ont enseigné que la compréhension d’un problème, d’une question…d’une réalité quelconque supposait une correcte dénomination. Là, pour le coup, la confusion est à son comble. Et on voit bien ce qu’elle masque : la peur de dire l’ignorance, la brutalité et la bêtise de groupes d’individus pour qui l’autorité de la loi et les valeurs de la république n’ont aucun sens. Une infime minorité que Monsieur Dray enveloppe d’une bienveillante et innocente population.

Il existe une formule pour désigner ce genre de confusion sémantique : « Un chien qui miaule ». Pendant ce temps, Le Pen, lui, rigole…

Dits de Jacques Imbert.


 

Rangement de ma bibliothèque. Une façon de parler. Dérangement serait plus approprié. Un rituel pour replonger au hasard dans des textes qui ne me quitteront plus. Ainsi cet étrange ouvrage : journal, poésie, prose…de Jacques Imbert « Les jours et les autres », édité par Jacques Brémond.

Le 13 octobre 1988, il écrit ceci : « Première amabilité entendue, d’élu à élu, sur le sol languedocien : Je te couperais en tranches comme un kiwi ! ».

Six ans plus tard, le 14 octobre 1994 : «  Il nous félicite pour notre enthousiasme et je ressens aussitôt, sous l’apparence du compliment, un insondable mépris. »

Et le 25 novembre 1989 : « Ne pas oublier ce que Pierre Emmanuel appelle la préméditation de l’inconnu et à laquelle rien ne résiste, pas même les systèmes les mieux organisés. »

J’ai oublié de préciser que Jacques Imbert était aussi Directeur Régional des Affaires Culturelles. Je l’ai rencontré à quelques reprises, à Montpellier, lorsqu’il exerçait dans notre région. A une époque où la communication s’est saisie de la culture…