Contre-Regards

par Michel SANTO

Région LRMP: Régionales2015. Frêchisme! À la recherche d’un temps à jamais perdu…

petit_dictionnaire_du_frechisme_facebook

Pour commémorer le cinquième anniversaire de la mort de George Frêche, le Midi Libre n’y est pas allé, si je puis dire, de main-morte. Entretien de Claude Cougnenc, son fidèle collaborateur, président de « George Frêche l’Association », avec Manuel Cudel, reportages, diaporama, témoignages, un « Macarel! » de Philippe Palat… Une panthéonisation journalistique en pleine campagne des régionales qui ne manque pas de sens politique. Le premier étant de révéler, en contrepoint, la faible stature politique des prétendants à la présidence de la future grande région. Et ce quoique l’on pense de la personnalité de l’ancien maire de Montpellier et président de la Région Languedoc-Roussillon, de son bilan et de ses options idéologiques. Le dire ainsi n’est pas faire injure à ses successeurs comme à leurs concurrents, ni exprimer un point de vue partisan. C’est un fait! Pour l’avoir un peu côtoyé, force est de reconnaître qu’il possédait une réelle et vaste culture philosophique et politique. Les grands classiques de la stratégie, notamment, ne lui étaient pas inconnus, ce dont ne peuvent se prévaloir nombre de ceux qui le servirent ou qui se réclament de son action et de son histoire. Il avait aussi compris que dans une région pauvre comme la nôtre, dépendante d’importants transferts financiers de l’État, ses habitants avaient besoin  d’une « personnalité » qui leur fassent oublier, pour le sublimer, le sentiment d’humiliation, plus ou moins refoulé, qui les caractérise. Ce qui sans doute explique cette sorte de « culte de la personnalité » anachronique voulu et organisé par des gardiens du temple nostalgiques d’un temps à jamais perdu. Ses campagnes de communication, comme « Montpellier la surdouée », et ses grands « coups de gueule » envers tous les exécutifs nationaux, de gauche ou de droite – et les dirigeants de son propre parti, elles aussi, s’il le fallait, en témoignent. Comme en témoignent aussi les soutiens « admiratifs » de larges pans de l’électorat de droite, et d’ailleurs…

 
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(© Damien Daurès/Médiaterranée)

C’est dans ce contexte commémoratif que Florent Perez (1), l’actuel collaborateur de François Commeinhes, sénateur de l’Hérault et maire de Sète, après un passage comme journaliste au sein du groupe Midi Libre, vient de publier, sur sa page Facebook,  un  « Petit Dictionnaire du Frêchisme »  aussi incisif qu’instructif.  Un abécédaire qui, à sa manière, iconoclaste, rend compte de la complexité  et des contradictions de son personnage, de la fascination qu’il exerçait sur ceux, de tous bords, qui l’approchaient. L’auteur n’y échappe évidemment pas, comme d’autres avant lui. Quant aux raisons qui l’ont guidé dans cette entreprise, sa forme et sa genèse, Florent Pérez s’en explique franchement dans un court texte introductif :

En dialecte romagnol, « Amarcord » signifie à peu près « je me souviens »…C’est le titre d’un des plus introspectifs films de Federico Fellini… Je me souviens en effet, c’était il y a cinq ans, presque jour pour jour, un des plus fellinnien personnage du monde politique quittait définitivement la scène, c’était Georges Frêche. Fin de séquence pour cette pythie baroque et exubérante et fin d’une histoire pour ma part, celle qui motiva mon entrée en politique. Ces courts textes, imparfaits et presque à l’état brut auraient dû prendre une toute autre forme. Un dictionnaire amoureux, « anamoureux plutôt », devait prendre forme, sur papier, écrit à quatre mains. Les jeux de l’humour et du hasard ont fait que cette initiative restera lettre morte. Pour autant, il m’a semblé intéressant de fêter comme il se doit, ce premier quinquennat post Frêche en Septimanie, en partageant avec vous ces modestes écrits…

Cela dit, qui éclaire la tonalité, le sens et la portée personnelle et surtout politique de ces textes, l’ensemble, brut de décoffrage, tonique et informé, donne à voir des « vérités » tues, ou méconnues, sur un homme qui, sans cesse, sur la scène politique, brouillait les pistes. De ce point de vue, ce « Petit Dictionnaire du Frêchisme » aide à comprendre celui qui n’hésita pas à donner le nom de « François Mitterand » à un simple local technique situé au sous-sol de l’hôtel de Région. Ouvrons-le à la page consacrée à la lettre G: « G comme Guerrier ».

« La politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique sanglante. » Mao Tsé-Toung

On le sait, mis à part la pensée des grecs anciens, la culture asiatique est le marqueur culturel et philosophique du Frêchisme, d’une estrade universitaire à un tribune politique, l’homme reste le même, adepte de la stratégie, du rapport de force et de l’état de guerre permanent. Le professeur Frêche en faisait son livre de chevet, le Janus politique en récita les préceptes, il n’est pas de sémiologie du Frêchisme sans « L’art de la guerre » selon le Traité de Sun Zi. (Sun Tse, entre le Ve et le IVe siècle avant notre ère, en Chine). Si l’adepte des philosophies orientales ne manqua jamais d’appliquer l’article 1er sur « les fondements de l’art militaire », ou Sun Zi rappelle l’impératif d’anticiper et d’évaluer les forces de l’adversaire quitte a reculer le combat ( voir R comme Reculades ), le Frêchisme se voulait et restera un art de la guerre, parsemé de batailles homériques, de victoires fondatrices et de défaites cinglantes… Le traité concerne précisément l’intelligence des rapports de forces et l’utilisation la plus rationnelle, voire la plus économe, des troupes. On ne peut s’empêcher ici de penser à l’art consommé qu’eut Frêche de se déployer progressivement, d’abord à Montpellier ( par le biais de la prise de contrôle des sections socialistes, la mise en place du réseau de Maison pour Tous à travers la Ville, la « Frêchisation » croissante au fil des ans des associations, de la vie économique…) pour ensuite mener le combat au niveau départemental (le départ de Gérard Saumade et la mise en place de son premier adjoint à la tête du département, le porte flingue en chef, Robert Navarro à la tête du PS) et régional (des fidèles sont placés à la tête des conseils généraux, les sections PS départementales sont satellisées, les candidatures monopolisées)… Il ne s’agit pas seulement de clientélisme ou de prise de contrôle systémique, mais bien de l’art de mener les troupes, les constituer et entretenir cet état de guerre permanent tel que Sun Zi le préconise dans ses treize chapitres qui englobent et synthétisent les principes généraux devant guider la conduite d’un conflit. Ainsi, nous nous attacherons surtout a comparer ici les grands principes, contenus dans l’article II « des commencements de campagne », et l’article III : « Ce qu’il faut avoir prévu avant le combat ». Pourquoi ? parce que le Frêchisme est avant tout une science électorale et non une vision au long terme. En bon élève de Mao, Frêche ne s’engage que sur une perspective, électorale en l’occurence, le temps est structuré sur le mandat et uniquement sur ce délai, la tactique engagée durant une campagne fixe la marche à suivre pour le mandat suivant. En somme, la préparation du combat détermine et donne du sens à l’après…

Une dernière remarque! Un homme politique est toujours l’acteur de son propre personnage. Jamais, dans ce qui peut-être écrit à son sujet sur la qualité de son « jeu », ne peut-être approché ce qui le définit vraiment dans son être sensible et proprement humain.  Cette part cachée, seuls  ceux et celles qui vécurent, ou le fréquentèrent, dans son intimité peuvent en témoigner…

Note: on lira aussi avec profit, dans un autre style, le portrait qu’en brosse Jacques Molénat, sous le titre « L’Impérator », dans son dernier ouvrage. Ici, en PDF

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Commentaires (2)

  • Didier

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    Ce grossier personnage était insupportable. Il est au fond d’un trou, quelque part dans le Tarn, et moi je vis une retraite heureuse

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  • Pierre Mazaury

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    Il est vrai que l’on est pas prêt de trouver un homme de sa trempe et aussi brillant !!!

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