Contre-Regards

par Michel SANTO

« Stop djihadisme »! : 12 000 « radicalisés » et un seul centre de « déradicalisation » prévu dans le budget 2016.

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D’après le Monde, plusieurs  centres de « déradicalisation » pourraient voir le jour dans les prochains mois, contre un seul prévu avant les attentats. On apprend aussi dans cet article (édition abonnés) donné ici dans son intégralité, qu’au total, ce sont environ 7 000 personnes qui seraient radicalisées, dont 1 200 font l’objet d’un réel suivi aux côtés de 630 familles. Autour, gravitent en plus quelque 5 000 individus supplémentaires, ciblés, eux, par les services de renseignements. 12 000 individus  au total donc dans les radars des pouvoirs publics. En face, le budget 2016 alloué à ces actions ne prévoit des moyens que pour un seul centre et « le Comité interministériel de prévention contre la délinquance (CIPD), dirigé par le préfet Pierre N’Gahane, qui a la charge du suivi opérationnel des questions de radicalisation, tourne avec environ 70 millions d’euros par an. Et tout est déjà ventilé sur différentes missions, dont six millions spécifiquement alloués aux préfectures pour la prévention. » Des sommes allouées  à cette lutte contre la radicalisation incontestablement trop faibles en regard du nombre des personnes concernées…

Article complet « Le gouvernement accélère sur la lutte contre la radicalisation » signé Elise Vincent:

Selon nos informations, « plusieurs » centres de « déradicalisation » pourraient voir le jour dans les prochains mois, contre un seul prévu avant les attentats.

Dix jours après les attentats de Paris qui ont causé la mort, le 13 novembre, de 130 personnes, le gouvernement a décidé d’accélérer sur le dossier sensible de la lutte contre la radicalisation. Principale nouveauté, selon nos informations : la décision d’ouvrir, dans les prochains mois, « plusieurs » centres d’accueil pour djihadistes de retour de Syrie ou personnes en voie de radicalisation. « Avec le choc des attentats, il risque d’y avoir encore plus de personnes judiciarisées qu’auparavant, et plus de placements en détention. Il a donc paru utile de développer quelque chose de plus modulaire », explique au Monde une source interministérielle. Des propos qui viennent prolonger des déclarations du premier ministre Manuel Valls devant l’Assemblée nationale, le 19 novembre. M. Valls avait alors évoqué la création d’une « nouvelle structure » pour « jeunes radicalisés », précisant que pourraient y être accueillis des « repentis ».

Le nombre de centres qui pourraient être créés n’est pas encore arrêté. Les sites non plus. Mais tout est allé très vite et les visites pour trouver des locaux ou des terrains ont déjà commencé. Un vrai changement de braquet de la part des services du premier ministre qui pilotent l’initiative, en lien avec le ministère de l’intérieur et de la justice. Jusqu’aux tueries du 13 novembre, l’idée n’était pas d’aller aussi loin. Un seul projet de centre était dans les tuyaux et devait voir le jour, en janvier 2016. La priorité était surtout d’améliorer au plus vite la coordination, encore balbutiante, de l’accompagnement des individus « radicalisés » et de leurs familles.

CENTRES FERMÉS OU SAS

Deux types de centres sont envisagés. Le premier pourrait être proche du fonctionnement d’un centre fermé. Il concernera uniquement des individus concernés par une procédure judiciaire. Soit, pour l’essentiel, ceux partis en Syrie – ou jusqu’en Turquie – et rentrés en France, mais actuellement laissés libres sous contrôle judiciaire pour des raisons diverses. Ceux qui y seront orientés seront sous le coup d’une injonction judiciaire, avec l’idée que le passage par ce centre soit une « alternative à l’incarcération » ou un « sas » en fin de peine. Des femmes notamment, pourraient y être orientées, alors que, jusqu’à présent, la plupart ne font l’objet d’aucunes poursuites judiciaires.

Le second type de centres aura une visée plus « préventive ». Y seront orientés, sur la base du « volontariat », ceux que l’on appelle les « velléitaires ». Soit plutôt des profils de gens n’ayant pas franchi la ligne rouge du départ. Un certain nombre d’associations, en France, effectuent déjà un travail avec ce type de public mais en dehors de tout « centre » formellement établi. Selon le nombre de centres ouverts in fine, certaines structures pourraient être réservées aux jeunes de moins de 25 ans. « On reste un pays de droit, donc il va falloir faire preuve de discernement », prévient la source interministérielle.

Reste à trouver le budget. Le plan de finance 2016 ne prévoit des moyens que pour un seul centre, comme envisagé initialement. Or actuellement, le Comité interministériel de prévention contre la délinquance (CIPD), dirigé par le préfet Pierre N’Gahane, qui a la charge du suivi opérationnel des questions de radicalisation, tourne avec environ 70 millions d’euros par an. Tout est déjà ventilé sur différentes missions, dont six millions spécifiquement alloués aux préfectures pour la prévention.

Sur le fond, la création des centres ne résoudra toutefois pas tout. La lutte contre la radicalisation est loin d’être une science exacte. La plupart des pays européens tâtonnent en la matière. La France n’est pas la moins bien placée, mais la mise en œuvre d’une vraie politique coordonnée remonte seulement au printemps 2014. Hasard du calendrier, une journée d’étude complète sur le sujet avait été organisée, au ministère de l’intérieur, le 12 novembre.

7 000 PERSONNES SIGNALÉES

L’une des difficultés : le nombre sans cesse évolutif de personnes signalées. Le CIPD doit gérer aujourd’hui environ 3 000 individus repérés grâce au numéro vert dédié au signalement des personnes radicalisées. Des individus souvent signalés par leur propre famille. Environ 4 000 autres personnes sont actuellement identifiées dans leur région d’origine, à travers le maillage des services de l’Etat, en particulier les préfectures. Au total, ce sont environ 7 000 personnes, dont 1 200 font l’objet d’un réel suivi aux côtés de 630 familles. Autour, gravitent en plus quelque 5 000 individus supplémentaires, ciblés, eux, par les services de renseignements.

Actuellement, toutes les préfectures sont dotées d’une « cellule de suivi » des dossiers qui leur arrivent. Mais la remontée d’informations n’est pas toujours simple. Les premiers témoins des signes de radicalisation sont souvent les enseignants, les éducateurs, ou le personnel des missions locales. Des professionnels qui découvrent malgré eux les contacts avec les services de renseignements. Beaucoup craignent de se retrouver pris dans un rôle « d’indic » et hésitent à signaler des comportements suspects. À l’inverse, les hommes du renseignement territorial sont souvent jaloux de leurs informations, ce qui ne facilite pas la mise en œuvre d’un accompagnement.

« LE SEUL PROBLÈME C’EST CELUI DU DIAGNOSTIC »

Le fond du problème tient à la définition de la « radicalisation ». « En fait on est assez bien avancé, résume Patrick Amoyel, psychanalyste de métier, et président de l’association Entr’autre, à Nice. Le seul problème c’est celui du diagnostic. » Son association travaille notamment avec des mineurs ou des personnes ayant fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire. En substance, nombre d’associatifs ou professionnels pénitentiaires, souvent aux premières loges, s’interrogent : à partir de quand est-on « radical » ? Comment définir ce qui relève de la radicalisation, de la provocation, ou de la crise adolescente ?

Les solutions concrètes offertes par l’Etat aux personnes considérées comme « radicalisées » ne sont pas évidentes non plus. Dans certains cas, le rapprochement vers l’emploi pourra être privilégié, dans d’autres, un accompagnement psychologique. Dans d’autres cas encore, certains acteurs estiment qu’il faudrait carrément être en mesure de dispenser des cours de géopolitique. Presque un travail de dentellière dans les faits, qu’il faudrait de surcroît réaliser le plus tôt possible. Quand il y a enrôlement dans une filière de recrutement, il est trop tard, estiment beaucoup de spécialistes.

Reste la question des personnes habilitées à « déradicaliser ». Faut-il s’appuyer sur des psychologues ? Faut-il faire intervenir des religieux, comme des imams, voir des associations salafistes ? Des sujets qui divisent la plupart des intervenants. Seul point d’accord : la « déradicalisation » est une politique des petits pas, avec beaucoup d’aller-retour, de périodes de stagnation, de dépression. Bref, un long chemin.

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Commentaires (2)

  • Martinez

    |

    VOUS Y CROYEZ ???

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    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Si je m’appuie sur les éléments et données figurant dans cet article, non . C’est la raison pour laquelle j’ai modifié le titre de mon contre-regard Alphonse!

      Reply

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