Contre-Regards

par Michel SANTO

Archive pour 2 juin 2018

Polémique ! Loi Littoral : quel traitement pour les « dents creuses », dans l’Aude notamment ?

 

La plage des Coussoules à La Franqui (le blog de l’Aude Pays Cathare)

     

À lire certaines tribunes, articles ou déclarations, le littoral serait à nouveau livré aux appétits financiers des promoteurs immobiliers et menacé par de nouvelles vagues de « bétonnisation ». La cause ? l’article 9 du projet de loi Élan (Évolution du logement, aménagement et numérique), modifié par un amendement voté en Commission, qui permettrait l’urbanisation des « dents creuses ». Ce qui, sans explications précises, autorise en effet les interprétations les plus farfelues (les titres de nos quotidiens en rendant compte de façon alarmiste – afin de séduire leurs lecteurs qui, en général, d’ailleurs, se limitent à leurs seules lectures.) : « Loi Littoral : comment les «dents creuses» pourraient bétonner nos côtes », pour le Parisien ; « Loi littoral : cette réforme qui pourrait bétonner les bords de mer » selon Capital ; « Le gouvernement va-t-il ouvrir des brèches dans la loi littoral ? » pour la Croix etc. Qu’en est-il exactement ?

Pour bien comprendre les enjeux, commençons par rappeler ce que disent aujourd’hui la loi de 1986 et sa jurisprudence. D’abord qu’il est interdit  de construire sur une bande de cent mètres à partir du rivage en dehors des zones déjà urbanisées, et que « L’extension de l’urbanisation doit se réaliser soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l’environnement « . En conséquence, les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les zones déjà urbanisées, caractérisées par une densité significative des constructions, mais qu’aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d’autres constructions, dans les zones d’urbanisation diffuse éloignées des agglomérations. »

Quelles sont à présent les conséquences des amendements du gouvernement et des députés votés hier soir :
  • que le « comblement des dents creuses » (des parcelles vides situées entre deux bâtiments construits dans un même hameau) ne pourra s’appliquer ni dans la bande des cent mètres du littoral ni dans les espaces proches du rivage,
  • qu’il sera réservé aux « logements et aux services publics »
  • et que seront exclus les projets « de nature à porter atteinte à l’environnement ou aux paysages ».

J’ajoute que les critères élaborés par le Conseil d’État, au fil de sa jurisprudence, pour définir un « hameau » : plusieurs bâtiments suffisamment proches les uns des autres pour être regardés comme groupés, sont, de plus, très contraignant. C’est ainsi que la plus haute juridiction administrative a exclu dans son appréciation de cette notion des  constructions éparses distantes de 30m seulement…

On voit donc bien que cette modification législative est très loin d’ouvrir le littoral  à la spéculation et à la promotion immobilière, comme j’ai pu le lire, encore ce matin, notamment sur les réseaux sociaux. En réalité, il s’agit de résoudre des cas très particuliers. Le coeur, l’essentiel de la loi de 1986 n’est pas touché, et le risque invoqué  de son « détricotage » relève plus de la polémique politicienne que d’un jugement raisonné. De sorte que, sous réserve d’une étude plus appronfondie, ne connaissant pas de « dents creuses » sur le littoral par exemple, ces modifications législatives, ne devraient rien changer à l’état présent des aménagements permis…

   

Articles récents

No thumbnail available

La peur de l'enfer du réchauffement climatique peut elle sauver notre planète?

  Une étude du cabinet d’analyse BL Évolution présente les mesures concrètes à mettre en œuvre en France pour qu’elle s'aligne sur une trajectoire de réchauffement de 1,5°C, et donc diminuer de 63[Lire la suite]
Pourquoi le chantier d’Arena pourrait être arrêté !

Pourquoi le chantier d’Arena pourrait être arrêté !

Le rapporteur public a donc confirmé le caractère illégal du marché conception-réalisation concernant l’Arena de Narbonne. J’observe que, ce faisant, il reprend les éléments, classiques, de la jur[Lire la suite]
Le marché de la salle multimodale de Narbonne serait-il illégal ?

Le marché de la salle multimodale de Narbonne serait-il illégal ?

Le 8 décembre 2016, je publiais un  billet dans lequel je doutais de la légalité du marché conception-réalisation concernant l'Arena de Narbonne. Demain, Jeudi 14 Mars, le Rapporteur Public (ex-Co[Lire la suite]
Grand Narbonne ! Une Agglo fertile en pépinières d'entreprises et ?…

Grand Narbonne ! Une Agglo fertile en pépinières d'entreprises et ?…

Lors d’une récente conversation avec un conseiller communautaire, et non des moindres, je lui faisais observer que les services créés et financés par le Grand Narbonne pour soutenir et accompagner[Lire la suite]
Fin du suspens juridique pour l'Arena de Narbonne, jeudi prochain !

Fin du suspens juridique pour l'Arena de Narbonne, jeudi prochain !

  C'est le 14 mars prochain, en première instance et au Tribunal Administratif (T.A) de Montpellier, que va se jouer l'avenir de l'Arena de Narbonne. En bloc, puisque seront examinés le référe-sus[Lire la suite]
Quelles têtes d'affiche pour l'Arena de Narbonne !

Quelles têtes d'affiche pour l'Arena de Narbonne !

J’imagine la trombine des fans de l’Arena de Narbonne qui applaudissaient des mains et des pieds l’ouverture de cette salle multimodale. « Y’en a marre d’aller à Toulouse et Montpellier pour assis[Lire la suite]