Un dimanche au cinéma ! Histoires de mères : « Saint Omer », d’Alice Diop .

 
 
 
 
 
 
 
 
Ma.15.11.2022
 
Dimanche au cinéma.
 
Dimanche après midi, dans la salle art et essai du Théâtre + Cinéma Scène nationale Grand Narbonne, j’ai assisté, en « avant-première », à la projection de « Saint Omer », le premier film de fiction d’Alice Diop. Un film présenté aussi en première mondiale à la Mostra de Venise en septembre et qui en est « sorti » couronné de trois prix, dont le prestigieux Lion d’Argent, Grand prix du jury présidé par l’actrice américaine Julianne Moore. La presse internationale, qui le couvre de louanges avant même sa présentation dans les salles françaises, le 23 novembre, est au diapason de cette reconnaissance.
Dans son film, Alice Diop nous raconte l’histoire de Rama, une jeune romancière obsédée par le geste meurtrier de Laurence Coly jugée pour avoir abandonné sa fille métisse de quinze mois à la marée montante sur une plage du nord de la France, et qui décide d’assister à son procès à la Cour d’Assises de Saint-Omer. Une histoire dans laquelle celle vécue par Alice Diop occupe une grande part. Laurence Coly est en effet comme elle originaire du Sénégal, universitaire et jeune mère d’une fille métisse. La preuve en est jusque dans les images d’archives de la réalisatrice collées entre chaque scène qui montre l’enfance de Rama.
Tout au long du procès, on s’interroge avec Rama sur Laurence, son histoire, son parcours intellectuel et affectif, les raisons de son meurtre. Laurence est forte, intelligente et sa parole en surplomb de la salle d’audience secouent les sentiments des personnes présentes – et les nôtres. Mais c’est Rama qui, en dévoilant son intimité, celle de son enfance et de femme enceinte, nous permet de pénétrer dans celle de Laurence. Une Laurence miroir dans lequel Rama tourmentée, se regarde et se questionne : comment devient-on mère ? Et une mère libre de ses choix malgré une éducation faite de silence, de larmes, de violences et de douleurs. Des mères comme la sienne, qu’Alice Diop, dans un entretien réalisé par Hélène Frappat (AFCAE), présente ainsi, tout en exposant son projet : « de quelles mères on est fait, de quels bagages, de quels héritages… de quel néant de l’exil… C’est à la fois tenter de répondre à des questions auxquelles toutes les femmes se confrontent, tout en parlant spécifiquement d’un des aspects de l’histoire de l’immigration. Comment nous, femmes noires françaises, nous sommes devenus mères à partir de ces mères-là. »
Cette douleur existentielle imprègne tout le film et finit par éclater dans le dernier acte, lors de la plaidoirie de l’avocate de Laurence. Cette dernière ne plaide pas l’innocence de Laurence. Laurence sait l’horreur de son crime. Elle l’assume. Mais, dira son avocate, la condamner sans comprendre ce qu’elle est en tant que femme ; ce que fut son histoire et l’histoire et l’héritage de toutes les femmes, et ce que c’est que de devenir mère, ne serait pas rendre la justice.
J’ai longtemps hésité avant d’écrire ces quelques lignes. La crainte sans doute de ne pas trouver le ton ni les mots convenant à ce très beau film subtil, sincère et magnifiquement interprété. Mais peu m’importe. À présent il tourne dans mon cinéma intérieur. À le revoir en imagination, j’éprouve toujours les mêmes émotions. Dans quelques jours, « Saint Omer » sera donc présenté au grand public. Je ne doute pas de son accueil. Il devrait triompher.
 
 
 
 

Rama et la mère de Laurence

       

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