Contre-Regards

par Michel SANTO

À la Maison du Banquet et des générations de Lagrasse pour des « Traversées d’un demi-siècle », autour de la revue « Les Temps Modernes »

CollageIt 2


Mon ami Jacques Raynal a participé  aux deux journées (4 et 5 juin) de la « Maison du Banquet et des générations » consacrées à la revue « Les Temps Modernes« , sur son numéro spécial consacré au phénomène de « l’établissement ». Il a rempli son petit carnet de notes, qu’il nous restitue ici sous la forme d’un premier article. Le deuxième paraîtra d’ici à la fin de cette semaine. 

À Lagrasse, un des plus beaux villages de France, comme nous le savons tous, s’élève une ancienne abbaye bénédictine réputée pour son charme, son élégance et son raffinement. C’est dans ce cadre bucolique et enchanteur, propice à la méditation et à la réflexion, qu’ont lieu régulièrement festivals littéraires et philosophiques, ateliers d’écriture, colloques, rencontres d’écrivains.Toutes activités autour du livre et de la pensée sous le label « Maison du Banquet et des générations ». L’ensemble est géré par « Le marque-page », association sans but lucratif dont le directeur et l’animateur ne sont autres que notre ami, le dynamique, érudit et charismatique Dominique Bondu.

Ce dernier  week-end, se déroulait donc deux journées consacrées à la revue « Les Temps Modernes » créée en 1945 par Sartre et Beauvoir et surtout sur son numéro spécial consacré au phénomène de l’établissement… (on appelle ainsi l’engagement en usine de jeunes intellectuels, dans les années 70, militants de la gauche prolétarienne, qui se firent embaucher au côté des ouvriers pour y développer, du moins c’était le but affiché, l’idéologie révolutionnaire de libération.)

On peut sourire aujourd’hui de cet engagement qui, par certains aspects, peut s’apparenter à celui des missionnaires catholiques d’autrefois allant évangéliser les peuplades primitives ou bien à celui des ethnologues allant à la rencontre des peuples premiers. Cette attitude quasi messianique au service d’une classe ouvrière mythifiée peut nous sembler  aujourd’hui d’une candeur extrême, obsolète et archaïque. Mais, par son ampleur (plus de 2000 jeunes furent ainsi volontaires ) et sa singularité, elle nous replonge dans le contexte sociologique et politique d’une époque récente encore pleine d’enseignements.

Se sont donc succédés  à la tribune, plusieurs intervenants, « établis » de cette époque et ex-membres de la gauche prolétarienne (mouvement maoïste des années 70 créé par Alain Geismar et Benny Lévy ).

Il était très intéressant pour eux, comme pour les auditeurs, de les écouter exprimer, avec le recul du temps, leur sentiment sur cette expérience un peu hors normes. Ce  qui en reste, dans leur vie d’aujourd’hui.

Eh bien, il semble que pour l’ensemble des intervenants, le constat unanime soit d’abord celui d’un formidable échec par rapport au but recherché: la quasi-impossibilité de nouer un réel contact politique avec la population ouvrière et a fortiori de créer une structure à même de la noyauter et de l’amener à ses thèses ; le lien et les entités déjà en place l’ayant été depuis longtemps par les communistes ( par CGT interposée), et ce avec un certain succès.

Ils évoquèrent également leur désarroi devant les taches répétitives, pénibles et sans intérêt qui leur étaient proposées, la fatigue intense face à cette  existence ou les réunions du soir succédaient aux journées éreintantes. Ainsi que leur désillusion au jour le jour et le constat de leur impuissance. De même les divergences idéologiques sapaient peu a peu et divisaient la gauche prolétarienne, qui devaient l’amener à s’auto dissoudre en novembre 73. Le coup de grâce ayant été l’attentat de Munich contre les sportifs israéliens  commis par l’organisation palestinienne « Septembre noir », une partie de la GP avait en effet cautionné cet acte meurtrier contre l’autre partie qui la condamnait.

De même, les ouvriers de Lip montrait à la même époque au monde salarié la possibilité d’un fonctionnement autogestionnaire en dehors de toute logique révolutionnaire violente, ce qui contredisait gravement les thèses de l’organisation. Le comble étant que les organisateurs de cette résistance emblématique furent le cédétiste Charles Piaget et Jean Raguenes, un prêtre dominicain. Ce qui était un peu dur à avaler pour des marxistes purs et durs!

Mots-clefs : , , , , , , , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Articles récents

Plan "Action Coeur de Ville " : Y'a plus personne à filmer !

Plan "Action Coeur de Ville " : Y'a plus personne à filmer !

Le croquis de la semaine de Denis Carrière : "Plan "Action Coeur de Ville " : À Narbonne, Malquier est prêt !"         Vous pouvez agrandir l'image en cliqua[Lire la suite]
Un plan "Action coeur de ville" pour les villes moyennes... et donc pour Narbonne !

Un plan "Action coeur de ville" pour les villes moyennes... et donc pour Narbonne !

        À Narbonne, comme dans une trentaine de villes moyennes (dont Béziers, Carcassonne, Perpignan etc.), plus d’un quart des jeunes ne sont pas insérés (contre 14[Lire la suite]
Si la terre était ronde, il n’y aurait pas de vacances. L’homme ne pourrait plus se reposer.… (A.Vialatte)

Si la terre était ronde, il n’y aurait pas de vacances. L’homme ne pourrait plus se reposer.… (A.Via

        "Il ne faut jamais mettre un homme, sans un entraîne­ment progressif, en face d’une situation qui l’oblige soudainement à réfléchir à plusieurs choses. Le san[Lire la suite]