Contre-Regards

par Michel SANTO

Le plus dur est devant nous.

Avant de tenir chronique dans la Croix, Alain Vernholes le faisait dans le Monde. L’économie est son sujet. Ou plutôt les politiques publiques économiques. Sa dernière, datée du 8 février 2010, est titrée «Le plus difficile est pour demain». Sa conclusion est qu’il faudra 10 à 12 ans d’équilibre budgétaire pour retrouver le niveau d’endettement qui était le nôtre en 1997 (60% du PIB ) et, en conséquence aussi serrer les budgets de l’Etat, des collectivités locales et de la sécurité sociale. Donc réformer sans désordre, agir sans autoritarisme et assainir les comptes publics en évitant le risque de la stagnation économique. Trois « grands écarts » qu’une droite fatiguée pourrait refiler à une gauche pas très motivée afin de gérer la crise sociale que ne manquera pas de produire ces ajustements budgétaires au combien nécessaires!Mais qui en contrepartie de ce transfert démocratique de la gestion du pays à la gauche lui permettrait, à l’occasion d’élections intermédiaires, de reprendre, mairies, départements et régions… En attendant, observons à la manœuvre les gouvernements espagnols, grecs et portugais, socialistes et sous pression des marchés financiers. Un avant goût de ce qui pourrait, peut -être, nous échoir un jour…

Le Triangle d’Oc désormais légitimé.

Nous ne ferons pas de commentaires particuliers sur l’attribution par l’Europe d’une subvention de 5 millions d’euros aux deux agglomérations de Narbonne et de Béziers à la condition de mettre en œuvre un projet urbain intégré, d’élaborer une stratégie commune et de construire un dispositif de gouvernance et de pilotage à l’échelle du territoire concerné. Rappelons seulement que ce territoire, cette stratégie et ce dispositif de gouvernance expérimental et modeste existaient depuis 1999. Que, pendant la campagne des régionales qui a précédé l’accession de Georges Frêche au pouvoir, son futur vice président, Eric Andrieu, déclarait que ce territoire (le Triangle d’Oc) n’était pas «  pertinent ». Qu’en cours de mandat, il le redevenait sur le fondement d’analyses et de textes que j’avais en son temps produits, pour gagner un angle et devenir un « carré régional stratégique » ! Que cela prouve, encore une fois, qu’il y a des réalités que le « politique » ne peut ignorer au prétexte qu’elles auraient été diagnostiqué et prises en compte par le « parti d’en face », et qu’il n’y a rien d’offensant pour l’intelligence à l’admettre. Que les présidents de Région et de Communautés d’agglomérations passent au gré des alternances, mais que le fond des stratégies et des programmes établis avec leurs équipes techniques restent. Et que, de cet « écart » entre le « dit » et le « fait », résulte une opinion « citoyenne » qui ne fait plus confiance (près de 65% selon les derniers sondages) à la gauche comme à la droite pour résoudre les problèmes auxquels se trouve confronté notre pays. Cela dit, revenons à nos affaires régionales et réjouissons nous de cette reconnaissance tardive (et désormais bien établie dans les cerveaux politiques rouges et bleus) de ce Triangle d’Oc pour lequel j’ai, un temps, pas mal œuvré…

On crétinise bien les esprits!

La communication institutionnelle et politique (souvent la même) envahit nos écrans, pollue nos radios, engorge nos boîtes à lettres et s’insinue, sournoisement ou ostensiblement, sous la plume de journalistes de plus en plus pressés ou incompétents. Des journalistes qui, plutôt que de faire un vrai travail d’information se contentent de reprendre des dossiers de presse généreusement distribués par des « services com » tout entiers mobilisés sur l’image de leurs « patrons ». Il faut habiter en province, et en Languedoc-Roussillon en particulier, pour mesurer à quel point  cette crétinisation des esprits, est devenue un phénomène de masse, notamment avec la décentralisation. Un exemple parmi cent : le bilan touristique estival de cette année. Eh bien, le Comité Régional du Tourisme, annexe de la Région et piloté par un fidèle de George Frêche, nous « informe » qu’après : «  l’embellie constatée au mois d’août, le mois de septembre suit la même tendance avec de très bons résultats enregistrés pour le tourisme régional » Avec de plus : «  Une fin de saison estivale exceptionnelle marquée par le retour des clientèles étrangères en Languedoc-Roussillon … Les professionnels du secteur hébergements (41%) constatent une progression de leur activité…les hôtels (40%) observent des résultats nettement en hausse. » Et l’ensemble (!!!) de nos quotidiens régionaux (deux seulement, avec des rédactions de même tonneau) de reprendre en chœur l’idée générale de ce communiqué : l’exceptionnalité du tourisme en Languedoc Roussillon, pour y associer, ce faisant, dans le reste du «  cerveau disponible du lecteur », celle de George Frêche. Objectif atteint ! Alors qu’il suffisait pourtant de contrer ce genre d’instrumentalisation en allant voir un peu plus près sur le site de l’INSEE  qui, lui, titre  «  Une activité hôtelière déprimée », pour préciser ensuite : « En août 2009 par rapport à août 2008, en Languedoc-Roussillon, la tendance à la baisse de l’activité hôtelière se poursuit avec un recul des nuitées de -2,1 %, proche de la moyenne nationale (-2,5 %). Sur l’ensemble du territoire métropolitain, la fréquentation est en baisse dans 2 régions sur 3. » A la condition de le vouloir, évidemment ! Au risque de se transformer en filiales d’agences ou de services de communications missionnés pour la seule gloire d’élus plus soucieux de leur égo que de la « vérité » de leurs infos…

L’anesthésie intellectuelle de nos élites.

Le bavardage médiatique est décidément de tous les instants, dans tous les domaines et dans toute la presse. Y compris celle qui se prétend de référence. Ainsi, dans «  le Monde », où on apprend plus grand-chose, Jean-Baptiste de Montvalon, qui nous explique, pour s’en désoler : «  Alors que le lien potentiel entre crise et radicalisation est dans tous les esprits – crise de 1929 oblige -, M. Perrineau a constaté que, aujourd’hui, « la dynamique militante des extrêmes est très faible ou inexistante »» Et d’en conclure, c’est le titre de sa chronique, que : « Le malaise social met en cause les règles du jeu institutionnel. ». Une mise en cause, enfin, qui résulterait du fait que : «  Dans notre République monarchique, un homme, un seul, gouverne le pays en crise. Il est de tous les déplacements, de tous les arbitrages et de toutes les annonces, ou peu s’en faut. Le gouvernement agit sous ses ordres» CQFD

Bref, au lieu de pointer que la dynamique militante des extrêmes ou pas est très faible ou inexistante, contrairement à 29, parce que l’ensemble des pays touchés par la crise, directement ou indirectement, ont su répondre collectivement en usant des principes et des moyens habituellement utilisés par la social-démocratie. Que cette dernière se trouve désormais, partis et syndicats confondus, dans une position où il lui est quasiment impossible d’offrir une alternative fondée sur son fond de commerce habituel. Que les perspectives de croissance et les montants des déficits publics à vingt ans, lui interdisent de le conserver (son fond de commerce) en le bonifiant « d’un toujours plus » d’impôts, de dépenses publiques, de fonctionnaires… Qu’il lui reste a inventer de nouveaux outils pour dégager des marges de manœuvres budgétaires pour satisfaire son électorat et rester fidèle à ses valeurs. Qu’elle ne peut plus rester campée sur la défense des droits acquits…
Au lieu donc d’inventorier ce qui devrait changer dans le camp de l’opposition pour que vive une authentique démocratie, on nous serine sentencieusement ce qu’on reproche à la gauche en général de faire « ad nauséum » et qui se résume à une seule et simple formule : « c’est la faute à Sarko ». Et d’ajouter ainsi au malaise social constaté par l’auteur de cet article, un malaise intellectuel qui, du coup, contribue à l’anesthésie générale de nos élites.

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