Contre-Regards

par Michel SANTO

Que cherchent-ils?

Il est six heures et je rentre d’une très courte promenade dans les rues du centre ville. Il fait déjà nuit. Le vent du Nord s’est levé. Nerveux et froid, il gifle par rafale les quelques passants vaguement aperçus. On ne s’attarde pas devant les vitrines,indifférents aux clins d’œil lumineux des girandoles,perdus dans de sombres pensées. Et on évite les  marchands de colifichets coincés dans leurs banales petites baraques en bois; où ils s’ennuient. Noël approche, et s’installe insidieusement une pesante ambiance de décor de carton pâte, rompue de temps à autre par les voix de rares touristes espagnols croisés sur le chemin de leur errance. Vêtus du même uniforme: "polaires", tennis et casquette. Le portable collé aux oreilles et le " numérique " à l’œil. Que cherchent-ils ?

 

 

 

Les objets ne sont pas neutres.

On ne prête pas suffisamment attention aux choses et appareils de toute espèce qui constituent notre environnement domestique et social.

Cette indifférence au monde inanimé est le produit d’une de nos caractéristiques anthropologique : l’habitude. Il suffit pourtant que l’un d’entre eux se rappelle à nous dans de malencontreuses circonstances pour qu’en jaillissent ses aspects les plus funestes.

Comme ce matin, où un monstre mécanique piloté par une jeune mère de famille fanatiquement pressée a failli me briser les chevilles. J’espérais, de cette conductrice d’une machine issue du croisement d’un kart et d’une tondeuse à gazon, un petit geste de compassion. Je n’eus droit qu’à un sourire pincé et méprisant. De ceux qu’elle doit réserver à qui fait obstacle à sa seule liberté et, par extension, à celle de son enfant. Sinistre bambin,au demeurant, affublé de lunettes au design  de tankiste et qui, à l’unisson de sa génitrice, n’aspirait visiblement qu’a achever son travail de démolition.

Depuis, j’avoue regarder autrement ces « poussettes » modernes, qui me semblent idéalement symboliser tous les travers de  notre société. Notamment celui de « l’enfant-roi ».Cet enfant à qui tout est permis.Ce petit individu autonome,  tourné face au monde et non plus face à la génération précédente comme dans les berceaux sur ressorts d’antan.

Plus rien ne doit s’interposer, en effet, entre nos « petits anges » (tu parles !) et l’univers. Il leur revient désormais de construire eux-mêmes leur vie et leurs savoirs.Les adultes, et papa et maman (oh! les vilaines appelations!) n’ont plus rien à transmettre sinon des ressources. Quant au reste des vivants ils représentent une contrainte insupportable au « désir d’avenir », pour utiliser une formule à la mode.

J’indiquais, dans un billet précédent, que les mots n’étaient pas neutres. Les objets, non plus ! Et notre « poussette » actuelle , hautement sophistiquée,en véhiculant, si j’ose dire, une certaine conception de l’enfance construit aussi l’imaginaire de nos petits chérubins.Un imaginaire à certains égards barbare.Est ce un progrès? Technique,probablement. Moral,j’en doute! 

 

 

 

 

 

Réponse à une de mes connaissances.

Une de mes connaissances, journaliste de son état, me fait observer, je le cite : « que je reste assez distant de l’arène politique locale ». Ce qui, d’une certaine façon, est vrai. Mon propos n’est pas, en effet, de chroniquer sur les faits et les dires quotidiens du microcosme politico journalistique narbonnais. Cela ne m’intéresse vraiment pas. Et parce que je veux pouvoir exprimer ma pensée sur ce qui me paraît poser un problème de principe, au plan moral comme au plan politique, par exemple, je me refuse à toute allégeance.Trouver la bonne distance, n’est donc pas simple. J’en ai conscience. Comme j’ai  conscience aussi de mes limites. Par quel miracle échapperais-je, en effet, aux préjugés, sottises et petites hypocrisies que je m’efforce de débusquer chez les autres ? Nul ne peut prétendre à l’objectivité, en l’espèce. Mais, à la différence de ceux qui font de la politique un métier depuis leur adolescence ou de ceux qui la commentent au quotidien avec les œillères de leurs « désirs », je le sais et m’efforce de les vaincre. La liberté de conscience n’est jamais garantie. Elle se construit par un travail sur soi exigeant et se dévoile, entre autres procédés esthétiques, par l’écriture. En cela, l’esthétique est une éthique.

 

 

 

 

 

Billet du jour.

Le «  billettiste », surtout d’humeur, procède nécessairement par raccourcis et approximations. C’est une des lois du genre. Polémiste et satiriste, la recherche de la vérité n’est pas son souci premier. Encore que les plus talentueux d’entre eux y parviennent. Et ce par la seule vertu de leur style, qui, malgré l’épaisseur du «  trait » ou de l’image, réussit pourtant à nous la faire toucher des yeux, si j’ose dire. Mais l’exercice est difficile. Car à  trop s’éloigner de la réalité, le risque est alors de tomber dans l’outrance. Qui nous en dit plus sur l’auteur que sur l’objet ou la personne visée. Celui que je place au dessus de tout dans cet art est…  Sempé. Un médisant par bonté.

 

 

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