Chronique de Narbonne. De quelques monuments laissés au bord de la route…

Henri de Toulouse Lautrec-le-jeune Routy-a-Celeyran

Henri de Toulouse Lautrec : le jeune Routy à Celeyran (1882 ; Musée Toulouse-Lautrec, Albi).

 

Le domaine de Céleyran, acheté par la Région 8 millions d’Euros en 2009, est donc à l’abandon. On est incrédule devant les photos produites dans l’Indépendant du 27 juillet (article et photos en cliquant sur: celeyran-lindependant-contreregards) comme autant de preuves à l’appui. On y voit la végétation, les dégradations insidieuses à l’œuvre. Seule l’incurie n’apparaît pas sur la photo, sans doute partie poursuivre son œuvre ailleurs. Mais c’est bien son portrait en bonne et due forme qui est fait ici. Car l’état d’abandon est de notoriété publique: des photographes d’Urbex en ont déjà fait un terrain d’exploration nocturne. Les glaneurs n’ont pas tardé eux aussi à repérer l’endroit. Boiseries, lustres, tentures, cheminées, sols ouvragés : tout a été volé. Un diagnostic patrimonial très complet avait pourtant été produit en 2010 par les services compétents de la Région (disponible en intégralité en cliquant sur: Diagnostic Domaine de Celeyran) Une analyse rigoureuse sur la valeur patrimoniale du lieu avait été rendue, concluant lucidement que «  la seule justification de la patrimonialisation de Celeyran, au-delà de sa valeur historique et scientifique serait sa reconversion. Un projet touristique organisant des prestations hôtelières pourrait être une voie possible qui offrirait l’avantage de pré- server le cadre naturel du site. » Mais rien n’a suivi. Sauver, faire rayonner un bâtiment historique en y intégrant une fonction hôtelière et d’accueil n’est pourtant pas un exercice inédit. Voyez Sorèze, avec ses 72 chambres aménagées dans l’abbaye-école classée au titre des MH. Ou encore le Palais des Evêques de Saint Lizier, revitalisé grâce à ces mêmes fonctions. Alors ? Acheter un domaine n’est pas tout. Sans projet à la clef, ne servant à rien, il devient une ruine.

Et bien plus rapidement qu’on ne le pense : voyez les cartes postales anciennes de l’édifice, puis le rapport de 2010, et enfin les photos d’aujourd’hui. En un demi-siècle le programme est passé de son apogée sociale à l’état de simple décor, pour lequel tout doit être repensé. De l’utile au futile.

Pour filer la métaphore monumentale, on va bientôt se trouver au pied du mur pour l’ église Notre Dame de Lamourguier, à Narbonne. Classée Monument Historique, on va bientôt y enlever les pierres antiques qui vont être exposées au MuRéNa. Mais à quoi va servir cette église, qui était jusqu’alors un musée ? Une salle de spectacle ? Un lieu d’exposition ? Je suppose que la Ville propriétaire des lieux a pris le problème à bras le corps et a déjà pensé le projet pour la nouvelle vie qui attend l’édifice et son quartier. Mais pour être franc, je n’en suis pas vraiment sûr.

Quant à la seule association patrimoniale de Narbonne, la vénérable Commission Archéologique, elle ne semble pas concernée par ce type de sujets qui touchent pourtant au cœur de la problématique patrimoniale, à savoir celle de son devenir.

Comme il est prévisible, piqués par le scandale qui menace, les politiques vont se réveiller et prendre de grandes décisions. La Région, la Ville, pourtant, ont leurs service de la culture, du tourisme, de l’environnement, que sais-je, autant de compétences qui, écoutées en leur temps pouvaient préparer aux décisions les plus justes et les plus utiles à tous.


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Commentaires (5)

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    Anna

    |

    Comme vous je suis désolée de l’indifférence que montrent la plupart de nos élus à l’égard du patrimoine dont ils ont la responsabilité. Mais comprenons-les ces malheureux, ils en ont tant des responsabilités ! Et les vieilles maisons ne manifestent pas quand elles se sentent abandonnées…

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      Jakin

      |

      Mais il est bien du rôle des politiques de bâtir et d’appliquer un programme patrimonial ! Et ce n’est pas une problématique secondaire, loin de là. Aucune ville, aucun territoire qui a joué à fond la carte du patrimoine ne s’est trouvée perdante au final. Beaucoup est à faire ici, et un peu de poil à gratter peut contribuer à faire avancer les choses !

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    joel raimondi

    |

    Pourquoi le patrimoine de la ville et du département n’est il pas mieux valorisé ? hormis les grands sites Cathare , les abbayes tels Fonfroide , Lagrasse etc ..mais quid du petit patrimoine qui ne manque pas dans la grande région ? A titre d’exemple, il n’est qu’a voir la politique patrimoniale et touristique engagée par la province voisine d’Aragon … Tout est recensé, répertorié et indiqué … et « utilisé » …

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      Jakin

      |

      La grande Région est une mosaïque de politiques culturelles contrastées. Pourtant l’enjeu culturel et patrimonial est majeur. Et les moyens sont là, les services compétents aussi. Mais il manque un projet, un programme patrimonial, ainsi qu’une coordination entre communes, agglo, département, grande Région, pour l’incarner. Cela est toutefois inéluctable, une politique patrimoniale n’est pas du coup par coup, mais suppose une vision globale des enjeux et des objectifs.

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        Ingrid

        |

        Oui.

        C’en est scandaleux.

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