Contre-Regards

par Michel SANTO

Dans un train, entre Narbonne et Sète, un inconnu lisant Pablo Neruda !


Il est monté dans la voiture du train qui, samedi dernier, me menait à Montpellier, puis s’est assis dans le fauteuil qui me faisait face, sans le moindre petit mot, ni sourire, de courtoisie. Rien ! Transparent, je n’existais pas… Ou alors comme une “chose” collée à son siège. Raide et froid, son sac à dos posé bien à plat sur ses genoux, pendant que sa main fouillait dans son bagage, j’observais son visage dur et tanné, aux formes parfaitement sculptées sous un large front dégarni. Ses yeux, sombres, semblaient fixer je ne sais quelle image enfouie sous son crâne. D’un bloc, sec et robuste, il me faisait l’effet d’habiter ce mince espace d’humanité en passager clandestin. Hermétiquement clos ! Puis vint ce geste de la main pour installer entre nous, comme une clôture, un livre de poèmes… de Pablo Neruda : “Vaguedivague” ! Pablo Neruda et sa poésie tournée vers le monde et l’amour ; et cet homme,  le lisant, lèvres serrées, dans son orgueilleuse solitude. Et ce souvenir aussi, examinant ce visage, de scènes lues je ne sais plus quand, ni où, du grand poète chilien racontant ses lectures publiques dans des salles ferventes de beauté et d’espoir qui, lentement, remontait à ma mémoire pendant que mon voyageur, impassible, tournait mécaniquement des pages de lumières… Il est descendu en gare de Sète, sous un beau ciel bleu, sans le moindre petit mot, ni sourire, de courtoisie. Rien ! Pour quel autre voyage, et avec qui ?… Transparent, je n’existais toujours pas…

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Commentaires (2)

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    BARRAL michel

    |

    C’est Santo ou Balzac qui vient de prendre la plume? En tout cas des similitudes dans l’art de la description…

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    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      C’est très gentil et trop flatteur Michel… c’est vrai que quand je n’ai rien sous la main, une lecture ou relecture de Balzac ou de Maupassant suffit à mon bonheur. Tenez, en ce moment, Bel Ami ! Un chef d’œuvre ; et des pages admirables sur lesquelles j’étais passé très vite, avant de m’y arrêter à présent pour en tirer le plus grand profit esthétique…À bientôt !

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