Les meutes, en tout temps et en tous lieux, m’effraient !

 

 

Il fut un temps où il était « interdit d’interdire » ; ce temps était celui de toutes les libérations : des corps et des esprits — accessoirement celui des « classes sociales » — ; en ce temps-là, toutes les morales devaient être abolies : celle du prolo et du bourge réunies ; tout était permis, et seuls comptaient désirs et volonté ; il fallait jouir sans entraves et faire trembler la société ; la nouvelle «police des moeurs» tenait ainsi la Justice d’État en otage ; et ses flics de la gauche littéraire et intellectuelle, dans la politique, la culture, les médias et les arts, régnaient ; de ce temps, il faut le reconnaître, nous viennent aussi de belles libertés ; d’autres immondes sont aujourd’hui nommés ; elles s’exposent pour ce qu’elles étaient — et sont toujours —, des délits trop longtemps tus et, de fait, tolérés ; leurs auteurs et leurs oeuvres ensemble confondus sont dès lors condamnés par de nombreuses meutes qui les chassent et jouissent du verdict prononcé jusqu’à ce qu’à genoux le pardon des offenses leur soit demandé — et refusé ; et d’autres qui jadis de Matzneff, par exemple, disaient l’aduler, à présent, lâchement l’abandonnent ; tandis qu’un dernier carré fidèle, au nom du « style », refuse, par principe, à la morale et à la justice de le juger ; le lyncher, alors qu’il n’a jamais caché ses préférences avec l’assentiment de ses pairs est, il est vrai, de la plus grande hypocrisie ; et plutôt qu’une curée, comme madame Bombardier en son temps, pour l’avoir publiquement dénoncé, fut la victime, c’est à un examen de conscience de toute une société, au procès en complicité de toute une intelligentsia qu’il convient aujourd’hui de procéder… Les meutes, elles, en tout temps et en tous lieux, m’effraient !

       

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Commentaires (1)

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    fayeton

    |

    ce dernier point est peut-être l’un des rares où nous pourrions nous entendre ;-)

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