Mais qui donc est responsable du « massacre de nos centres-villes » ?

Patrick Vignal, anciennement député Ps de l’Hérault et présentement toujours député, mais de La République en Marche (je ne connais rien de ses convictions doctrinales tout en lui reconnaissant néanmoins un grand sens politique – il fut en effet un des premiers macronistes affichés quand le Président de la République n’avait pas encore déclaré sa candidature à l’Élysée), clame dans tous les médias et le Midi Libre du jour en particulier « qu’il faut arrêter le massacre des centres-villes » ; que lesdits coeurs doivent être « labellisés Grande cause nationale » ; qu’il faut « faire revenir les gens » (dans les mêmes centres). Et tout un paquet d’autres bonnes idées (1) qui n’ont cependant qu’un seul défaut, si je puis dire, à savoir que leur mise en oeuvre n’est aucunement de la compétence de l’État, mais de celle des Communes et des Intercommunalités, de nous être complaisamment exposés. Bref ! de grandes envolées qui, de fait, dédouanent nos élus dits  de « proximité » (vous savez, ces gardiens vigilants de nos territoires !) de toutes responsabilités dans le « massacre de leurs centres-villes » (l’expression est de Patrick Vignal).

Sur le diagnostic, il n’est pas besoin en effet de lire le dernier rapport sur la question (470 pages !) pour constater, de visu, que les centres de nos villes (j’habite l’un d’entre eux) se meurent et que les paysages de leurs abords sont durablement défigurés (à moins d’apprécier les paysages type panneau publicitaire-boite en carton géante qu’offre la périphérie de la plupart des villes françaises. La mienne en offre un exemple particulièrement édifiant ; j’y constate aussi  l’envahissement progressif du centre historique par cette lèpre publicitaire – de petits panneaux installés aux passages piétons , arrêts de bus, et carrefours, notamment).

Et pourtant, densifier les coeurs des villes, les sécuriser, les éclairer, les embellir ; en assurer la propreté, entreprendre de grands travaux de rénovation de chaussées et de trottoirs laissés à l’abandon depuis des décennies ; utiliser toutes les possibilités offertes par la loi (elles sont nombreuses) pour inciter (fortement, obliger même) les propriétaires d’immeubles à rénover leurs façades ; « moderniser » immeubles et appartements ; chasser les marchands de sommeil (qui se gavent d’APL directement versés sur leur compte) ; préempter immeubles vétustes et fonds de commerce loués à des prix rédhibitoires (je passe régulièrement devant d’anciennes boutiques louées à des particuliers dans des conditions sanitaires scandaleuses ), etc. ; et pourtant donc, tout cela et tant d’autres initiatives qui auraient pu et devraient être prises par nos maires et présidents d’intercommunalités et qui ne le sont pas ou si peu… Qu’on ne me dise donc pas que le recours à l’État, ou à Région, soit devenu une absolue nécessité comme le prétend Patrick Vignal. C’est à nos maires de faire preuve d’un peu de courage et de « faire le boulot » !  Un « boulot » évidemment moins valorisant pour leur « image » que la création de « grosses infrastructures » culturelles ou sportives (pas de rubans à couper, pas de photos, pas de presse, ou si peu !)

Alors, quand je lis cet entretien accordé par Patrick Vignal au Midi Libre, où j’apprends qu’il aurait rencontré madame Delga, la présidente de la Région Occitanie,  et « qu’elle serait prête à réfléchir à une société d’économie mixte d’envergure régionale », pour s’en réjouir, je ne peux m’empêcher de penser que ce député, s’il a changé de casquette, est toutefois resté fidèle à d’anciennes méthodes : renvoyer à d’autres leurs responsabilités et/ou créer de nouveaux organismes (comme on crée des commissions !), pour en finir avec la question soulevée et y recaser quelques proches. À moins, autre hypothèse, que monsieur Vignal , à « grands coups de com », ne vise qu’à obtenir du gouvernement une mission ou une délégation d’intérêt national  sur ce sujet… Pendant ce temps les panneaux publicitaires fleurissent, des quartiers entiers se dégradent, des boutiques ferment et nos entrées de villes sont de plus en plus moches… À nous donc d’exiger de nos élus l’application de mesures véritablement de « proximité » (pour reprendre un terme qu’ils affectionnent et tout aussi laid que leurs envahissants supports publicitaires).

(1) Comme ii est bon de rappeler  que les autorisations d’implantations de grandes surfaces ont été (et le sont toujours) données par des commissions où siègent les élus qui sont des machines à dire « oui! » à plus de 90%…

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Commentaires (6)

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    VIALLE Jean-Pierre

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    Les autorisations d’implantations de grandes surfaces ont été (et le sont toujours) données par des commissions où siègent les élus …OUI, et ce sont eux aussi qui dans leurs POS (Plans d’Occupation des Sols) il y a quelques années, PLU (Plans Locaux d’Urbanisme) de nos jours, proposent d’urbaniser telle ou telle portion du territoire communal en zone commerciale, ou en zone d’habitation..Et il est bien connu que des Grandes surfaces apportent beaucoup plus de recettes fiscales que des commerces de centre-ville.

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    birocheau

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    Si les agents de la police municipale n’étaient pas sans arrêt à l’affut de mettre des contraventions aux Narbonnais, les gens iraient peut être plus facilement en centre ville. Pour rappel, M Mouly a prévu dans son budget de financement de salle multimodale de faire 1 millions d’€ de recettes de PV…il semblerait aussi que les stationnements bleus ( gratuits 40 min) disparaissent en partie…et je rappelle que l’heure offerte par la médiathèque ayant disparu grâce à M Mouly, le tarif à présent est de 2,9 € pour la première heure… Et pour ceux qui préfèrent circuler en vélo, la chose n’est pas plus aisée devant le manque cruel de pistes cyclables !! Redynamiser les centre villes ça passe parfois par des mesures de bon sens…

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    camus thierry

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    Encore une fois Monsieur Santo , je vous félicite pour votre article , précis et documenté . Étant commerçant (libraire) en centre ville , 8 rue de la Major , je me crois bien placé pour émettre un avis . Vous connaissez déjà le scandale du marché public de la mediatheque attribué à une librairie Lyonnaise , je n’y reviens pas . Madame Granier-Calvet (démissionnaire du conseil municipal) m’avait annoncé la réfection de la dite rue il y a quasiment 3 ans . Pour l’instant je n’ai pas vu l’ombre d’un engin de chantier . Nos élus de tout bord sont les fossoyeurs de notre centre ville . Nous allons droit dans le mur . Rendez-vous dans 2 ans 1/2 . Si vous pouvez me transmettre votre mail , je porterai à votre connaissance un article très intéressant paru dans Livres-Hebdo , l’hebdomadaire professionnel des libraires . Encore toutes mes félicitations pour votre article .

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    Alphonse MARTINEZ

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    C’est bien Michel de revisiter ce sujet ou plutôt ce problème récurrent .Qui se souvient du Mensuel d’information caustique  » Le Lavoir NARBONNAIS » ? En Décembre 1984 en première page on pouvait lire  » LA GRANDE DEBACLE DU COMMERCE NARBONNAIS. Dans une sorte de frénésies qui ressemble à une force centrifuge ,tout a été fait pour développer les extérieurs de la ville et rien pour les vieux quartiers ,qui quarante ans après sont dans un état tout aussi lamentable . Il fallait aérer lorsqu’il en était temps et être un peu visionnaire concernant la place que prenait ,déjà à l’époque, l’automobile. L’Hôpital et la caserne des pompiers auraient du faire place à des zones vertes et parkings . La Parerie est un raté , les HLM défrisent le quartier, toutes les habitations restantes de la rue auraient du être restaurée et les façades refaites avec harmonie, idem Place Voltaire , rue Voltaire , etc …Il y aurait tellement à faire pour faire revivre ce centre ville que nous avons bien connu , hélas nos élus ont toujours manqué de compétence dans l’urbanisme . Ce sont des élus qui auraient pu sortir d’un chapeau , le fait du hasard a voulu que ce soit des urnes .

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    Roques georges

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    Très bonne analyse, Michel. Un vrai pb. pour la vie de nos cités, à tous les étages et partout en France. On retrouve à nouveau nos élus locaux qui utilisent la proximité pour ce faire élire, mais peu dans l’intérêt réel de leur territoire. Je vais consacrer une de mes prochaines chronique à ce sujet.

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