Contre-Regards

par Michel SANTO

Un silence religieux. La gauche face à l’islamisme…

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Pourquoi le djihadisme semble-t-il être, désormais, la seule cause pour laquelle des milliers de jeunes soient prêts à défier la mort? La gauche, si fière jadis de sa tradition internationaliste (Prolétaires de tous les pays…) devrait s’interroger sur ce phénomène et se demander pourquoi ses valeurs qui entraînaient dans la joie et l’enthousiasme des millions de gens autrefois (en 36, en Espagne, par exemple ) ont pu ainsi disparaître corps et biens.

C’est une des nombreuses questions auxquelles tente de répondre avec intelligence et lucidité Jean Birnbaum dans son essai intitulé « Un silence religieux, la gauche face au djihadisme ».

Tout se passe en effet, comme si l’affaiblissement de la gauche internationaliste cédait de plus en plus la place à une espérance religieuse radicale. Une espérance chasse l’autre, il en est ainsi depuis toujours, cela semble être inscrit dans les gènes de notre condition humaine… Dieu, « cette formidable absence tellement présente » engendrant la foi, « cette certitude sans preuves », elle-même engendrant le fanatisme, quintessence de la foi… Ce qu’il y avait de religieux ( au sens étymologique : religare, relier ) et de messianique dans l’avènement par la révolution d’un monde meilleur a disparu. Sur ce point réside sans doute le premier problème. La gauche semble tellement avoir oublié ce que pouvait être une espérance radicale qu’elle ne peut même plus la voir dans les yeux des autres. Aux vaincus d’aujourd’hui ne restent que la mémoire et la célébration des victoires d’hier, aux grands soirs avortés et toujours remis ont succédé les petits matins moroses.

Dès lors, comme le clament, le président ou son ministre, il est plus simple d’éliminer la question religieuse et de qualifier les terroristes de barbares, énergumènes psychopathes, mais n’ayant rien à voir, surtout pas! avec l’Islam…

Ce « rien à voirisme », cette posologie, à nous prescrite de « pasdamalgame » à hautes doses ne peut se comprendre dans la mesure ou il faut avant tout éviter chez nous un affrontement en forme de guerre civile. Mais il apparaît, non seulement comme une mutilation intellectuelle, mais aussi comme un croc-en-jambe, un coup de poignard dans le dos à tous ces intellectuels musulmans qui essaient avec courage et au risque de leur vie pour certains (Bidar ou Daoud, par exemple) de repenser l’Islam .

Parmi ces intellectuels, aucun ne pense, en effet, que leur religion est réductrice à l’islamisme, aucun, non plus, ne songe à nier que l’islamisme en est la pathologie violente et le djihadisme l’aboutissement meurtrie. Mais aucun, ne se hasarderait à dire que ces attentats abjects n’ont rien à voir avec l’Islam, comme le clament de manière irréfléchie, une certaine gauche. Les assassins l’ont de toutes les façons possibles suffisamment revendiqué pour que, pourtant, aucun malentendu ne soit possible. Eh bien, oui, hélas, ses crimes ont tout à voir avec l’Islam. Un rapport de dévoiement, un rapport de perversion, certes, mais un rapport quand même. Autant il serait odieux, comme le font certains, de réduire l’Islam à ces abominations, autant il est absurde d’affirmer mordicus qu’elles n’ont rien à voir avec lui.

Éliminer ainsi le facteur religieux, c’est escamoter l’essentiel. À savoir l’articulation entre le politique et le spirituel. C’est ainsi que plus la perspective d’une émancipation sociale et économique pour tous s’éloigne, plus celle d’une sorte de renaissance spirituelle avec ses dérives devient inévitable.

Il existe cependant un clivage fondamental entre les révolutionnaires de jadis et nos djihadistes d’aujourd’hui. Les premiers voulaient accélérer le cours de l’histoire pour la rendre toujours plus humaine. Les seconds veulent en interrompre le cours pour la figer dans l’éternité de leur Dieu. Les uns aimaient et glorifiaient la vie, les autres célèbrent la mort.

Il faut entendre et redonner sa chance à l’Islam spirituel, celui de l’immense majorité des musulmans, pour qui, pratiquer leur religion relève d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur et non pas la soumission imbécile à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes. Mais c’est seulement en reconnaissant la dimension spirituelle de cette offensive mortifère, en aidant, en soutenant ceux qui, de l’intérieur, luttent contre ces dérives, et surtout en gardant les yeux ouverts sans essayer de nous cacher derrière les faux-semblants idéologiques et notre bonne conscience culpabilisatrice que nous pourrons le plus efficacement la combattre.

Ce livre de Jean Birnbaum est une contribution lucide et objective sur ce drame majeur de notre époque. Il incite à la réflexion, et je ne peux que le recommander pour approfondir la vôtre, tout simplement en le lisant à votre tour.


« Un silence religieux – La gauche face au djihadisme » de Jean Birnbaum (Seuil, 2016, 239 p., 17 €)


Cette note de lecture est la première, publiée ici, de Jacques Raynal. Désormais, les habitués (es) de ce blog pourront y lire régulièrement ses « coups de coeur » littéraires, notamment. Il va de soi que leur contenu n’engage que son auteur. Une courte bio de Jacques est présentée dans la rubrique « Contributeurs ».

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Commentaires (4)

    • raynal

      raynal

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      merci, Nathalie, je vais essayer d’être a la hauteur de vos analyses et commentaires mais cela ne va pas être simple…Amitiés a vous.

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  • Jean-Pierre PIBOULEAU

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    L’islamisme est une dégénéresce de l’islam mais il n’empeche qu’il y fait référence. Donc nommer le terrorisme comme islamiste est parfaitement justifié. Pourquoi se cacher derriere son petit doigt. L’intégrisme, partagé par toutes les religions, est devenu un refuge pour des citoyens aillant perdu tous leurs reperes idéologiques : plus de droite, plus de gauche, brouillage généralisé. Les religions doivent faire, si elles le peuvent, le ménage dans leurs referents. La tâche sera difficile. L’islam des lumieres je l’attends mais dans l’immédiat je suis plongé dans le noir. Mettre a jour le logiciel des religions ? Bon courage aux concernés. Plus que jamais les religions opium du peuple. Vieille formule mais de grande pertinence

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  • raynal

    raynal

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    C’est justement parce que c’est difficile pour ces hommes courageux qu’il faut si possible les aider et pour cela, effectivement, ne pas se voiler la face sous le pseudo prétexte d’antiracisme mal compris ou de vieilles culpabilités de colonisateur….L’Islam des lumières, il a existé…Ses poètes (Saadi, Omar Khayyâm ) demeurent parmi nous de même que ses penseurs (Averroès, Avicenne, Ibn Arabi…) L’époque Cordouane ou cohabitaient chrétiens, juifs et musulmans et qui a tant apporté au monde….Espérons que cet islam là renaitra, mais n’oublions pas qu’il a été….

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