Oublier,choisir et penser à Madrid!

L’évènement estival dans le domaine des arts photographiques est à Madrid. C’est à une française que nous le devons: Claude Bussac, née à Narbonne en 1963, directrice de La Fabrica, bras armé du festival et entreprise de gestion culturelle privée (3,30 Millions d’euros de budget cette année, un peu moins que les Rencontres d’Arles).

74 lieux d’expositions où on y trouve : « des icônes poignantes de Dorothea Lange à celles, glamour et arrogantes, d’Annie Leibovitz, juste en traversant la Calle de Alcala. Des photographies peintes avec une minutie narcissique par Gerhard Richter (Fundacion Telefonica) aux jeunes talents sud-américains un peu brumeux (Instituto Cervantes), juste en remontant la Gran Via. Sous l’avalanche de clichés, la marche à l’ombre permet de penser, de comparer, de se souvenir, d’oublier, de choisir. »

 

 

 

Manzanar, California, grand-père et petit fils, 3 juillet 1946, quand les Japonais d'Amérique sont emprisonnés après Pearl Harbor, reportage inédit de Dorothea Lange. (Dorothea Lange)

 

 Manzanar, California, grand-père et petit fils, 3 juillet 1946, quand les Japonais d’Amérique sont emprisonnés après Pearl Harbor, reportage inédit de Dorothea Lange. (Dorothea Lange)

Carolina Martínez

« Hola soy Carolina Martínez …A través de mis imágenes intento vertebrar un mundo de sentimientos y emociones; hablar sin palabras, hablar con imágenes. Todas mi trabajo es fruto de un momento, de un disparo espontáneo que intenta recoger toda la carga emocional y escondida de las situaciones que me encuentro. »

Ouvrir les yeux quand il est temps.

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J’ouvre, au hasard (qui sait ?), « L’homme de cour » de Baltasar Gracian (éditions Champ libre 1980) et je tombe sur ceci, page 139-140 : « Tous ceux qui voient n’ont pas les yeux ouverts ; ni tous ceux qui regardent ne voient pas. De réfléchir trop tard, ce n’est pas un remède, mais un sujet de chagrin. Quelques-uns commencent à voir quand il n’y a plus rien à voir. Ils ont défait leurs maisons et dissipés leurs biens avant que de se faire eux-mêmes. Il est difficile de donner de l’entendement à qui n’a pas la volonté d’en avoir, et encore plus de donner la volonté à qui n’a point d’entendement. Ceux qui les environnent jouent avec eux comme avec des aveugles, et toute la compagnie s’en divertit ; et d’autant qu’ils sont sourds pour ouïr, ils n’ouvrent jamais les yeux pour voir. Cependant, il se trouve des gens qui fomentent cette insensibilité, parce que leur bien être consiste à faire que les autres ne soient rien… » Ecrit par le grand jésuite en 1646, ça vaut bien l’édito du « Monde » de demain, non ?

Deux femmes: de T.B.Jelloun et de C.Bobin.

 

 

 

« Arrêtez la planète, je veux descendre ! Mais personne ne m’entend. C’est comme dans un cauchemar, où les cris n’arrivent pas à sortir du fond de la gorge. Mais, après la pluie, après la noirceur du monde, arrivent le printemps et la lumière d’un monde neuf et beau ! Je pense à cet espoir parce que je viens de voir une belle femme en train d’allaiter son bébé, assise sur un banc, au jardin du Luxembourg, indifférente au tumulte et au bruit du monde. » C’est la conclusion d’un article de Tahar Ben Jelloun publié dans « le Monde » : Peurs. Sa dernière phrase m’amenant à monter sur mon escabeau pour sortir du troisième rayonnage de ma bibliothèque « La part manquante » de Christian Bobin, où on peut lire ceci : « Elle est seule avec, dans le tour de ses bras, un enfant de quatre ans, un enfant qui ne dément pas sa solitude, qui ne la contrarie pas, un enfant roi dans le berceau de sa solitude. » ( page 9 ). Et un peu plus loin ( page 14 ) : « Si totalement brûlée d’amour qu’elle en est lumineuse, et que son visage suffit à éclairer le restant de votre journée, tout ce temps à tuer avant le train à prendre, avant le jour de votre mort. » . Sur la plus haute branche d’un arbre dont j’ignore le nom, écrivant ce texte devant ma fenêtre largement ouverte pour jouir de l’air frais du matin, un chardonneret, ignorant nos peurs et nos manques, chante à la vie…

Le maître et ses disciples.

 

Dans ce roman, Paul Bourget met en cause les responsabilités des maîtres à penser de l’époque sur leurs élèves . Sa clef: montrer que tout savoir abstrait, toute idée est mauvaise pour des hommes privés de liberté de penser. Une mise en cause percutante de la responsabilité des élites quant aux effets de leurs  » discours  » sur ceux qui leur accordent leur confiance. Un texte, comme tous les classiques, qui nous renseigne sur notre époque. A lire, ou à relire, donc, plutôt que d’écouter un Guillon, par exemple… 

C’était en 2009 au Bac philo!

Dissertant sur le progrès technique, nos jeunes gens écrivaient , en 2009, entre autres perles, ceci:

 » Ceux qui n’acceptent pas le progrès technique sont obligés de s’exclure de la société, de vivre dans la jungle, dans la forêt.

Cette individualisation aura des répercussions sur le quotidien de la société, l’absentéisme aux élections en est un exemple.

Ainsi les ménages travaillent de moins en moins, de plus l’invention de la télévision, de l’ordinateur n’arrange pas le tout.

Par exemple si l’homme n’arrive pas à s’orienter avec une boussole il en conclura qu’il devra pour le futur se munir d’un GPS afin de ne pas reproduire la même erreur, de plus son point de vue sur l’orientation sera positive.

Le développement technique a aussi amélioré le confort en ce qui concerne les commodités. Nous ne sommes plus obligés de s’en occuper et de déposer dans le jardin ou ailleurs comme dans le temps, puisque maintenant tout part dans des stations faites pour. « 

On redoute de les lire demain sur le même sujet… Car, à «  cette question “le développement technique transforme-t-il les hommes ?” la réponse à extraire n’est donc pas une évidence. « 

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