Contre-Regards

par Michel SANTO

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Comme si la chloroquine du professeur Raoult soignait la bêtise…

       

 

Trois notes :

Ciel bleu, pas de vent ce matin. Une ville calme, quasi silencieuse. L’heure est aux oiseaux : tous en chasse, ça crie, chante : un festin . Rien d’autre ne compte dans l’instant, sinon cette dernière gorgée de café, le regard perdu au dessus des toits. “Je n’ai jamais désiré plaire à la foule : car ce qui lui plaît, je l’ignore ; et ce que je sais lui est est incompréhensible.” Épicure (Dans “Lexique” de Jean Grenier, édité chez Fata Morgana p. 48)

On ne porte plus des “habits du dimanche”…

Famille d’ouvriers agricoles en habits du dimanche
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Dans le monde d’avant celui-ci – bien avant –, dans le monde de mon enfance, précisément, « sortir » de chez soi le dimanche était un évènement, pour ne pas dire une “fête”. Le matin ou l’après midi et quelles qu’en fussent les raisons, domestiques, privées ou sociales, nous « sortions », en effet ; mais nous ne sortions pas de n’importe quelle manière.

Les citoyens-consommateurs rêvés par Hulot et Jadot sont restés à la maison…

 

   

Nouvelles du monde d’après. L’appel lancé par la FNSEA au mois d’avril, pour prêter main-forte aux agriculteurs dans les champs : « desbraspourtonassiette » , avait soulevé un grand enthousiasme. Près de 300.000 candidatures avaient été enregistrées. La preuve, selon de nombreux commentateurs, qu’avec cette crise sanitaire, les mentalités et le monde étaient en train de changer. Nous sommes à la fin mai et 5.000 contrats seulement ont été signés. Les citoyens-consommateurs rêvés par Hulot et Jadot sont finalement restés à la maison et il sera nécessairement fait appel à la main d’oeuvre étrangère, comme dans le monde d’avant. Trop dur ! Et il fait si chaud…

5 heures ! Dehors tout est noir. La ville dort. […]

 

Claude Monet. Peupliers sous le vent.

   

5 heures ! Dehors tout est noir. La ville dort. Assis devant la grande fenêtre du salon, je bois ma première tasse de café. Très chaud et serré, comme d’habitude. J’aime ce moment où tout est silence. Rien ne se montre sur les vitres que la masse formée par trois grands arbres à l’odeur de lilas. Elle bouge à peine sous l’effet d’un léger vent du Nord. L’heure n’est pas encore venue pour lui de se lever. Il donnera alors sa pleine mesure. Le ciel sera très bleu et les martinets crieront. 6 Heures, il fait jour ! Tout est ouvert. Le vert des arbres, leur feuillage en mouvement rafraîchissent ma vue.J’entends un oiseau chanter ; pas longtemps : quatre ou cinq notes seulement. Mais il y a dans ce trille tout un monde de solitude. 7 heures sonnent. De ma terrasse, je vois le soleil effleurer la tour Aycelin. Le ciel est à présent très bleu et les martinets crient. Des éclats de voix se font entendre, comme venant d’un autre monde. Le vent enfin se lève qui au loin plie le haut d’un superbe peuplier