Contre-Regards

par Michel SANTO

L’ai-je déjà dit ? J’apprends à voir. Oui, je commence.

   

     

« L’ai-je déjà dit ? J’apprends à voir. Oui, je commence. Cela va encore mal. Mais je veux employer mon temps. Je songe par exemple que jamais encore je n’avais pris conscience du nombre de visages qu’il y a. Il y a beaucoup de gens, mais encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Voici des gens qui portent un visage pendant des années. Il s’use naturellement, se salit, éclate, se ride, s’élargit comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples, économes ; ils n’en changent pas, ils ne le font même pas nettoyer. Il leur suffit, disent-ils, et qui leur prouvera le contraire ? Sans doute, puisqu’ils ont plusieurs visages, peut-on se demander ce qu’ils font des autres. Ils les conservent. Leurs enfants les porteront. Il arrive aussi que leurs chiens les mettent. Pourquoi pas ? Un visage est un visage. D’autres gens changent de visage avec une rapidité inquiétante. Ils essaient l’un après l’autre, et les usent. Il leur semble qu’ils doivent en avoir pour toujours, mais ils ont à peine atteint la quarantaine que voici déjà le dernier. Cette découverte comporte, bien entendu, son tragique. Ils ne sont pas habitués à ménager des visages ; le dernier est usé après huit jours, troué par endroits, mince comme du papier, et puis, peu à peu, apparaît alors la doublure, le non-visage, et ils sortent avec lui. »

Lecture : Les Conquérants — André Malraux.

       

Extraits de sa postface

Ce livre n’appartient que bien superficiellement à l’Histoire. S’il a surnagé, ce n’est pas pour avoir peint tels épisodes de la révolution chinoise, c’est pour avoir montré un type de héros en qui s’unissent l’aptitude à l’action, la culture et la lucidité. Ces valeurs étaient indirectement liées à celles de l’Europe d’alors. Et puisqu’on me demande : Que sont devenues, dans l’Europe d’aujourd’hui, celles de ces valeurs qui appartiennent à l’esprit ?, je préfère répondre par l’appel que j’adressai aux intellectuels, le 5 mars 1948, salle Pleyel, au nom de mes compagnons gaullistes.

Où est l’Occitanie ? Jean Cau.

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Cette page (84 et 85) de Jean Cau dans “La Grande prostituée (Traité de morale II)” publié à la Table Ronde en 1974. Jean Cau qui, dans cet ouvrage, annonce les “Exorcismes spirituels” de Philippe Muray.

 

Où est l’Occitanie ?

Je ne soupire pas, en ce moment, après l’Occitanie perdu et, lorsque je vois trois ou quatre mille jeunes bourgeois étudiants et quelques troubadours  cagneux  gravir les pentes de Montségur, célébrer l’ancêtre Cathare et remuer les cendres d’un passé  englouti, la comédie est trop ridicule pour que j’en sois l’un des acteurs.

Pages d’auteurs : Flaubert sur la Beauté, l’Art…

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Claude Lévêque : aphrodite, 2013

      Lettres à Louise Colet : Extraits sur la Beauté, l’Art

“Si le sentiment de l’insuffisance humaine, du néant de la vie venait à périr (ce qui serait la conséquence de leur hypothèse), nous serions plus bêtes que les oiseaux, qui au moins perchent sur les arbres. – L’âme dort, maintenant, ivre de paroles entendues. Mais elle aura un réveil frénétique où elle se livrera à des joies d’affranchi, car elle n’aura plus autour d’elle rien pour la gêner, ni gouvernement, ni religion, pas une formule quelconque. Les républicains de toute nuance me paraissent les pédagogues les plus sauvages du monde, eux qui rêvent des organisations, des législations, une société comme un couvent.

Une page de Simon Leys sur la tyrannie du mauvais goût, de l’ignorance et de la stupidité…dans “Le bonheur des petits poissons”.

     

À ce moment, je fus frappé d’une évidence qui ne m’a plus jamais quitté depuis : les vrais philistins ne sont pas des gens incapables de reconnaître la beauté – ils ne la reconnaissent que trop bien, ils la détectent instantanément, et avec un flair aussi infaillible que celui de l’esthète le plus subtil, mais c’est pour pouvoir fondre immédiatement dessus de façon à l’étouffer avant qu’elle ait pu prendre pied dans leur universel empire de la laideur.

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