𝐋𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐭𝐫𝐨𝐩.

Manque de moyens pour la santé. Pour la justice. Pour l’école. Pour la culture. Pour la SNCF. Pour les communes, les départements, les régions. Pour les associations. Pas un dysfonctionnement sans son manque de moyens.

Manque de moyens pour la santé. Pour la justice. Pour l’école. Pour la culture. Pour la SNCF. Pour les communes, les départements, les régions. Pour les associations. Pas un dysfonctionnement sans son manque de moyens.

Perché sur un tabouret de la terrasse du Rive Gauche, sous les platanes de la promenade des Barques, Jacques me fait signe. Je le rejoins.

Dans le Livre de l’intranquillité, Fernando Pessoa écrit :
« Savoir, c’est tuer, en bonheur comme en tout. »
Cette pensée m’a souvent traversé l’esprit sans que je sache la formuler aussi clairement.
Aujourd’hui, pourtant, quelque chose en moi lui résiste.
Je sais qu’elle est morte.
Je sais que notre vie ensemble est derrière nous.
Les moments heureux et malheureux aussi.
Mais le savoir ne tue rien.
Car j’existe.

À table.
Sur le mur,
ses dernières lunettes,
monture fuchsia vif,
posées sur la tranche d’un petit tableau.

Chaque seconde apporte son lot de nouvelles. D’images. D’analyses. De commentaires. Puis de commentaires sur les commentaires.
Rien n’arrive seul.
Walter Benjamin observait déjà que les événements nous parvenaient saturés d’explications. Il écrivait cela à une époque où l’information voyageait encore à la vitesse du papier.
Aujourd’hui, le phénomène est devenu total.
Avant même qu’un fait ne nous atteigne, son mode d’emploi l’accompagne. On nous dit ce qu’il faut comprendre, penser, craindre ou espérer. Le mystère est évacué avant même d’avoir eu le temps d’apparaître.
Peut-être est-ce pour cela que les histoires remarquables se font rares.
Non parce qu’il ne se passe plus rien. Mais parce que tout est aussitôt recouvert.
J’aime les textes de Benjamin pour la raison inverse. Une rue. Une fenêtre. Un objet oublié. Un visage aperçu. Rien n’est expliqué jusqu’au bout. Quelque chose demeure.
Une part d’ombre.
C’est souvent elle qui nous accompagne le plus longtemps.
Illustration : Vilhelm Hammershøi
Dinamarca, 1914