« Place Colette » est sorti en 2015. Comment ce livre de Nathalie Rheims serait-il aujourd’hui reçu ?…

 

     

Deux, trois jours peut-être avant la sortie du livre de Camille Kouchner : « Familia grande », et que n’éclate « l’affaire Olivier Duhamel » dont l’autrice dénonce, notamment, les agressions sexuelles que ce dernier aurait fait subir à son jeune frère, je tombais, tout à fait par hasard, dans une boîte à livres de ma petite ville où j’ai l’habitude d’y déposer régulièrement certains des miens (livres), sur un « roman » de Nathalie Rheims : « Place Colette. »

Il est minuit… Le silence pèse sur la ville…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
C’est une fin de jour sombre et froide.
Le matin, une petite pluie fine et délicate
lustrait trottoirs et chaussées.
      Quelqu’un revenait du marché…
Sur les toits, le cuivre des vieilles tuiles virait au brun foncé.
 
      L’air était glacé.
 
La porte en acier du parking s’est refermée derrière moi.
Son bruit d’un coup semblait couvrir toute la ville.
Nous rentrions de chez les enfants
où nous avons tiré les Rois !
La fève ne fut pas pour Mila.
      L’ambiance était chaude, paisible et gaie.
 
Cela faisait longtemps…
 
Par la baie, j’aperçois des étoiles. Comme voilées !
La tour de Saint Paul semble à portée de mains.
Une lumière jaune pâle en montre le sommet,
qu’entoure une dentelle de pierre.
 
Il est minuit.
 
C’est une fin de jour sombre et froide.
Le silence pèse sur la ville.
      Il est déjà aujourd’hui…

« Si Hector Malissart muait l’humanité en féminité, sa fille Clématite la vouait au brun, au noir au sépia… »

 

Dans « La Chine m’inquiète » Jean-Louis Curtis (1917-1995) tient la main d’auteurs aussi divers que Proust, Céline, Valéry, Giraudoux, Chardonne, Breton, Bernanos, Beauvoir ou même le Général de Gaulle. ll s’est plu à imaginer ce qu’ils auraient pu écrire des événements de Mai 68. Une manière pour lui de se couler dans un style, pour le torpiller ou l’exalter drôlement. On jubile à la lecture de ces « pastiches révolutionnaires » ; et J’ai particulièrement goûté son Giraudoux, qui colle encore à notre actualité – quel brio !

Extrait :

Cette année a bien commencé. Je passe sur les premiers jours, que j’ai déjà oubliés…

     

4 janvier.

Cette année a bien commencé. Je passe sur les premiers jours, que j’ai déjà oubliés ; pas tout à fait cependant : il a fait froid, le vent était violent – il soufflait par rafales. Un temps à rester chez soi, au chaud ; à n’en sortir que pour acheter ce qu’on appelle désormais des « biens essentiels » : pain, café et de quoi manger. Les autres, accessoires, mais nécessaires : musique, film, séries, livres sont à ma portée : dans mes bibliothèques – la grande, en bois, et la virtuelle, sur le cloud d’Amazon – et sur « Netflix ou en rediffusion sur Arte notamment. Je n’ai donc pas de raisons, disons objectives, d’aller les chercher ailleurs : librairies, salles de cinéma, médiathèques. Quant à celles, subjectives, qui, me serine-t-on, devraient me conduire à y rechercher la présence d’autrui, voire celle de la foule, je n’en discuterai pas ici le sérieux…

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