Contre-Regards

par Michel SANTO

Toussaint, la Fête des Morts ! Le sens perdu du sacré…

Cimetière de Bages d’Aude @michelsanto

Hier, comme chaque année à Toussaint, nous sommes allés au cimetière de Peyriac-de-Mer nous recueillir quelques instants sur la tombe de la grand-mère paternelle de Simone. Un beau soleil réchauffait l’atmosphère humide du lieu.  Nous étions seuls, ou presque. Une voix forte cependant brisait l’apaisant silence de cet espace à part.

Dans l’Aude, le tragique et la douleur ont fait brutalement irruption…

     

Narbonne, le 16 octobre à 13 heures

Depuis hier soir, ne me quitte plus ce sentiment du dérisoire et de l’insignifiance  de la « vie » politique telle que la rapportent et la commentent nos faiseurs d’opinion. Cette vague mais persistante sensation de ne voir dans le miroir qu’ils nous tendent que de misérables gesticulations, leurs singeries à l’annonce publique de la composition du nouveau gouvernement, il y a quelques minutes à peine, m’en donnent l’affligeante démonstration.

Le Livre des séjours et des lieux de Mathias Rambaud.

   

     

«Avant de lier aux êtres, l’amour lie aux lieux. Tel horizon marin où se respire l’appel de la vie neuve, telle lumière qui distribue la terre en pleins et vides et permet que soit composé un paysage, tel vent qui se lève soudain, venu de nulle part, telle chambre, tel jardin aussi bien : voilà les vraies, car indéfectibles, ligatures. Ces lieux sont ceux que l’on a quittés, ceux dont on est privé, ceux qui se tiennent désormais dans le lointain et qui causent notre tristesse (aussi les grands nostalgiques sont-ils de grands sensuels par voie de dégradation, le corps présent valant comme ersatz du lieu perdu). »

Ces lignes sont les premières du premier livre de Mathias Rambaud ; un livre composé de textes brefs d’un homme hanté par la terre où il a grandi entre Corbières et Méditerranée (Narbonne, Gruissan, Bizanet, Leucate, ces noms composant sa géographie la plus intime) ; une terre de vents, de mer et de vignes, d’étangs et de garrigues ; une terre  – où qu’il vive ! – , qui « le requiert avec « une autorité singulière, inattendue » et  l’empêche  » de concevoir d’en vivre à jamais séparée. »

C’est de  Ljubljana – où habite désormais Mathias Rambaud – , que nous vient son récit. Son origine remonte à une dizaine d’années, nous dit-il. C’était à Duino, en compagnie de Zala – on pense à Rilke ! –, au pied d’un château jaune, face a la mer  que : « nageant dans la baie – seul, mais sentant la présence du rivage dans mon dos comme le bras tiède d’une femme plus forte que moi qui suis faible et qui me portait – , que me submergea une bouffée délirante de ce mal du pays dont je n’aurais jamais cru être frappé, mais qui dorénavant ne me quitterait plus à l’idée que, loin de ma terre natale, je restais cependant relié à son rivage par le corps immémorial et ductile, le grand corps conducteur de la mer. »

Lisant et relisant – dans la discontinuité – , cet admirable livre d’exil et d’amour, on est gagné par l’émotion que suscitent la profondeur et l’intense musicalité de ses longues phrases.  Que l’on ne s’y trompe pas cependant, ce que célèbre Mathias Rambaud dans ses pages s’étend au-delà des seules frontières de ce « pays » – qui est aussi le mien. Sa prose élégiaque, dense et limpide (Frédéric Beigbeder) dans laquelle il enclot un peu de ses « affinités secrètes » nous offre, en effet, plus profondément, l’occasion de méditer sur la littérature et son rapport au monde. Loin du bruit, de la foule et des vanités éditoriales, il magnifie, par la grâce de son style élégant, « l’absolu de cette singularité »  qu’est cette terre d’étang où, petit garçon rentrant de Rivesaltes dans un train, seul dans sa voiture, il lui semblait « rouler sur l’eau » ; et ce faisant nous arrache de cet universel politico-éthique (Richard Millet : L’enfer du roman) où « l’homme » est  contraint de séjourner, coupé de ses origines, de sa langue et de soi.

On voudrait tout citer pour montrer à quel point ces 110 pages sont une merveille. Merci Mathias Rambaud pour m’avoir permis de retrouver, dans le silence et le souvenir de cette lecture, la beauté et l’amour de ces lieux…

Extrait (dernières lignes) :

Narbonne / Âmes souffrantes

« Et un an plus tard, juste avant l’été et à l’issue d’une conversation éprouvante, ce qui de même manière donnerait subitement corps à cet état d’incertitude dans lequel nous nous trouvions depuis quelques temps, cette souffrance qui, à défaut d’explication, nous apparaissait comme le résultat d’un éloignement irrémédiable de toute source, à l’image du lieu où nous nous trouvions, non plus allongés dans notre jardin au bord de l’écluse mais assis sous les platanes de la promenade des Barques, un peu plus en aval du même canal, comme si nous avions tout simplement dérivé, emportés à notre corps défendant vers la mer immense où tout disparaîtrait, ce furent ces simples mots : « Alors, c’est fini ? »

Le Livre des séjours et des lieux, Mathias Rambaud, éditions Arléa, 110 pages, 15 euros.          

Ce soir là, « l’art », de manière inattendue, était involontairement dans la rue…

 

@photo : michelsanto.

   

Chaque soir, à la même heure, des boutiquiers pressés du centre ville entassent leurs « encombrants » – cartons, cintres, boîtes, papiers… – sur des trottoirs devenus en partie  impraticables, jusqu’à ce que les  servants des « camions poubelles » de l’entreprise assurant ce service de déblaiement rendent enfin aux piétons leur pouvoir  d’en user sans obstacles.

Ce désir de paraître vivre ailleurs que dans une ville de province…

 

À Recanati, l’immeuble Léopardi @ T.Jamard. Cliquer sur l’image pour rejoindre l’auteur de ce cliché sur son blog…

     

« Plus généralement, le désir d’être ce que nous ne sommes pas a pour conséquence de tout gâcher dans le monde : c’est cela qui rend insupportables  tant de gens qui par ailleurs ont tout pour ce faire aimer.

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