Mais pourquoi donc présenter ici les dix livres seulement que j’aurais adorés !

Lu.6.5.2024

Je croyais pouvoir échapper à cette injonction amicale de publier sur ma page Facebook la couverture des dix livres que j’aurais adorés (sic), mais Daniel en a décidé autrement. Par lui, en effet, selon cette vilaine expression venue du monde du spectacle américain, j’ai été « nominé » ; élu en quelque sorte à figurer publiquement dans cette assemblée virtuelle des « grands lecteurs auto promus » ; à y exhiber mes préférences esthétiques et mon profil littéraire ; étaler l’originalité et la profondeur de mes lectures présentes et passées ; révéler cet ensemble de textes et d’auteurs qui m’auraient, ai-je lu « construit ». À cette invitation, je n’y répondrais pas. Je n’y répondrais pas, en sachant que Daniel, qui me connaît un peu – façon de parler – ne m’en tiendra pas rigueur pour au moins deux raisons. La première est que je trouve l’idée fort banale et, ma foi, très impudique. Banale parce que dans la continuité de l’idiote et mondaine question : « Si vous n’aviez qu’un seul livre à emporter sur une île déserte, lequel choisiriez-vous ? » ; impudique car elle me semble révéler la vanité – dans les deux sens du terme – des réponses qu’elle ne peut pas manquer de susciter. Je n’y répondrai pas enfin parce que je suis incapable de trier et choisir dans les centaines d’ouvrages rangés – façon de parler – dans ma bibliothèque, les « dix livres que j’aurais adorés ». Adorés qui plus est ? ! Vraiment ! Mais comment peut-on en adorer un, dix ? J’en ai certes aimé beaucoup, quelques-uns m’ont surpris, d’autres ouverts l’esprit et de très rares changé ma perception du monde. À ces derniers surtout auxquels sans cesse je reviens, je dois moins de certitudes sur moi-même et la société des hommes ; plus de sensibilité aux choses les plus élémentaires de la vie, aussi. Dix, vingt, peut-être ! Pourquoi donc en faire le nombre et en dire les auteurs et les titres. En réalité, dans leur différence de genre, de style, d’époque, ils ne font qu’un seul livre ! Un livre qui n’a pas de « couverture », et que je ne peux donc, ici, exposer… Comme diraient mes petites-filles : « C’est un secret ! ». Oui ! De ceux qui n’existent qu’à condition de n’être jamais nommés…

Illustration : Bernard Pivot dont je viens d’apprendre la mort. Il avait 89 ans.

Mots-clefs : ,

Rétrolien depuis votre site.

Laisser un commentaire

Articles récents