𝐕𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐯𝐨𝐢𝐫

Elle m'aurait dit encore : « Viens voir ce ciel, Michel ! » Je suis venu. Je cadre, je déclenche.

Elle m'aurait dit encore : « Viens voir ce ciel, Michel ! » Je suis venu. Je cadre, je déclenche.

Un étang plat, gris comme du métal. Deux collines basses, sombres, qui descendent l’une vers l’autre sans se toucher. Au-dessus, un ciel fermé, étage sur étage.

Ce matin, à Narbonne. Grand soleil.Une cérémonie. Dans l’alignement, les profils du 4e Régiment étranger.

Je n’étais pas là.Charlène était venue de Solliès-Pontpour le week-end.

J’occupe sa place devant la fenêtre.Le lilas de Perse est toujours là. Je pense au saule d’argent d’Anna Akhmatova. Certains arbres gardent encorece que les maisons ont perdu.
Au début, il y eut le corps.Les réveils au milieu de la nuit.La fatigue.Les pensées qui tournaient en rond.Le manque.Comme un vide que rien ne pouvait combler.

Une petite fille lit. Tête baissée. Elle tourne une page. Puis une autre.

Elle est venue vers moi. Petite. Brune.

Niko a cinquante-trois ans. Il ne vit pas dans la rue. — La rue est à moi. Il le dit en vous regardant droit dans les yeux. Des yeux bleus brûlés par l’alcool. Comme son visage. Ravagé. Et pourtant, dans…

9 h 30 ce matin. Je m’arrête un instant. Le temps de m’imprégner de la beauté du lieu.

Nous l’avons vue grandir. Elle a déjà trois ans. Vive.

Sur le pavé des Cours, la lumière frappe fort. Trop fort. Les corps plient.