« Les pires douleurs sont celles qui font mal à la mémoire » , Miguel Torga.

Gustave Courbet, Bruyas malade, 1854, huile sur toile, 46 x 38, Musée Fabre, Montpellier.

Ve.26.4.2024

Une amie m’a envoyé des photos de son séjour à Porto. Sur l’une d’elles, elle sourit, entourée d’autres gens tout aussi souriants assis sur le pont d’un bateau. Ils sont en croisière sur le Douro ! Si j’en parle, c’est parce qu’au moment de recopier ici le petit texte de Miguel Torga qui suit, je n’avais pas fait le rapprochement entre ces images reçues ce matin et le désir d’ouvrir en ce début d’après-midi son journal (journal il est vrai toujours posé à la même place sur le petit guéridon qui jouxte mon bureau), pour y relire certaines de mes nombreuses annotations. Cela dit, pour qui connaît un peu l’œuvre de Torga, cette association d’idée entre son expérience émotive et mentale, son regard clinique sur l’Histoire et la société des hommes, et l’émerveillement de paisibles touristes devant les superbes paysages admirés tout au long d’un voyage sur le cours du Douro, paraîtra à beaucoup qui me lisent saugrenu pour ne pas dire inconvenante. Mais qu’y puis-je ! Les chemins de la pensée suivent parfois d’étranges méandres.

« Coimbra, 14 octobre 1984

Les bêtises que nous disons dans la jeunesse, convaincus que nous sommes en train de proclamer des vérités éternelles ! J’ai dû aujourd’hui relire quelques pages de critique écrites il y a cinquante ans. Quel tas de sottises ! Quelle outrecuidance satisfaite ! Mais c’est inévitable. Quand on commence, il faut bien se trayer un chemin de quelque façon. Si, dès le début, on avait la notion exacte de certaines grandeurs, qui se hasarderait à faire le premier pas à leur côté ? Or, en les niant purement et simplement, tout devient plus facile. Sans confrontations embarrassantes, les vulgarités les plus malhabiles valent pour argent comptant. En tout cas, même si la verdeur juvénile explique la maladresse, il est toujours affligeant de constater qu’on a été dans les langues, à ce point primaire et sommaire. Il n’est même pas consolant de savoir qu’avec le cours du temps on a changé d’avis, corrigé les erreurs commises, qu’on s’est efforcé de rétablir la juste mesure. Le repentir n’a pas d’effet rétroactif. Si sincère soit-elle, la contrition ne parvient pas à effacer l’indélébile.

Les pires douleurs sont celles qui font mal à la mémoire.»

Dans le journal de Miguel Torga, à la page 158 (En chair vive. José Corti. 1997)

« Viagem» est un texte tiré de ce même journal et chanté magnifiquement par Misia.

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