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Coupe du monde et droits humains ! Le Qatar serait pire que la Chine et la Russie ?

         



   

Je.17.11.2022

Dans la « Matinale du Monde », je lis tous les jours, depuis plusieurs semaines, des articles et des chroniques très critiques sur les conditions d’attribution et l’organisation de la Coupe du Monde de football au Qatar, voire des appels à son boycott. Et ce pour des raisons politiques : droits humains en général et ceux des femmes et des LGTBQ+ en particulier – il est vrai niés ou largement en dessous de nos standards occidentaux – ; écologiques : investissements colossaux et démesurés aux coûts climatiques élevés – même si l’émirat est moins responsable du passif environnemental de la compétition que le modèle de celle-ci – ; ou sanitaire et social : insuffisante prise en compte et en charge de la santé et du bien-être au travail sur les chantiers. Ce matin, lisant le dernier article en date sur mon écran, je me disais que je n’avais jamais lu de réactions aussi virulentes venant de toutes parts de l’échiquier politique et culturel quand de grands pays comme la Russie ou la Chine – comme chacun sait, extrêmement pointilleux sur les droits humains en général, la bonne santé climatique de notre planète et le bien-être au travail sur leurs chantiers – avaient été choisis pour organiser sur leur sol de tout aussi grands évènements sportifs (Coupe du Monde de Football, Jeux Olympiques…) Je me disais aussi que, devant ce traitement politique déséquilibré au détriment du seul Qatar, on pouvait comprendre la réaction de leurs autorités – et plus largement, celle des pays et des habitants de cette région du monde – qui ne peuvent pas ne pas voir dans le flot de critiques quotidiennes qui leur sont adressées par la voie des médias occidentaux, une discrimination arrogante aux relents douteux…

     

Un dimanche au cinéma ! Histoires de mères : « Saint Omer », d’Alice Diop .

 
 
 
 
 
 
 
 
Ma.15.11.2022
 
Dimanche au cinéma.
 
Dimanche après midi, dans la salle art et essai du Théâtre + Cinéma Scène nationale Grand Narbonne, j’ai assisté, en « avant-première », à la projection de « Saint Omer », le premier film de fiction d’Alice Diop. Un film présenté aussi en première mondiale à la Mostra de Venise en septembre et qui en est « sorti » couronné de trois prix, dont le prestigieux Lion d’Argent, Grand prix du jury présidé par l’actrice américaine Julianne Moore. La presse internationale, qui le couvre de louanges avant même sa présentation dans les salles françaises, le 23 novembre, est au diapason de cette reconnaissance.

« Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. » Vraiment ?

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ve.11.11.2022
 
J’ai lu sur la page Facebook d’un « ami » cette phrase de René Char : « Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. » Depuis, elle occupe, par moments – brefs fort heureusement –, mon esprit. J’ai du mal, en effet, avec cette idée d’une vie attachée à un souvenir auquel nous voudrions avec acharnement mettre fin. Et pourquoi donc ce « un » ? exclusif. Serait-il celui d’une époque – l’enfance, l’extrême vieillesse… – ; d’un pays ; d’une histoire ; d’une relation amoureuse, amicale ; d’une émotion ?… Une séquence de notre vie, cadrée, coupée dans le film du passé, qui serait stockée dans nos mémoires, comme un fichier dans un ordinateur ? Que cela soit hors de notre portée, chaque jour de notre vie le démontre aisément. Que je sois fait de ce que je fus, sans doute. Mais ce que j’en sais, ou me remémore, n’est un ensemble de représentations subjectives nécessairement colorées par ce que je vis au présent, mon caractère, mon histoire personnelle, mes connaissances, mes opinions, croyances… mes projections sur l’avenir. Un film fait de trous, de faux souvenirs, d’erreurs… Rien de définitivement assuré une bonne fois pour toutes dont je poursuivrais obstinément l’accomplissement. Ma mémoire et mes souvenirs changent avec le temps. Je ne suis pas – ne suis plus – que le seul souvenir d’un enfant, notamment !
Quelqu’un qui sait mon goût pour l’œuvre de Patrick Modiano, m’a fait remarquer que cette phrase de René Char est inscrite en exergue de son « Livret de famille » paru en 1977. Ce qui serait contradictoire à mon propos, me dit-il. Alors que j’y vois plutôt une confirmation. Pour l’écrivain, en effet, la mémoire est une contrée fragmentée, jamais tout à fait sûre, toujours à revisiter. C’est un territoire intérieur brumeux aux frontières floues. On y erre sans fin, on s’y perd parfois. Et les mots, les images, butent toujours sur un indéchiffrable noyau. Vivre, c’est réduire par tous les moyens l’ambiguïté propres à nos souvenirs. S’obstiner à les achever, c’est risquer la névrose. Le bégaiement à coup sûr.
Je relis – à voix haute, cette fois – cette phrase de René Char et ne peux me défaire d’un sentiment de lourdeur. Elle sonne mal ! Épaisse, elle grince aussi avec cet hiatus – « à achever » – en son cœur. D’autres pourtant la trouvent magnifique…
 
 
 
 

Moment de vie : Au-dessus du temps le ciel sonnait creux

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Di.6.11.2022
 
J’ai taillé le murier,
balayé ses feuilles
sèches
et noires.
Au toucher
elles craquaient
comme la neige gelée
sous le cuir.
Plus tard,
désœuvré,
j’écoutais la mer et les Albères
au loin voilée.
Le goût du sel venait au visage,
dans les yeux,
les narines.
L’air était peuplé de chimères,
de faux souvenirs.
Au-dessus du temps,
le ciel
immaculé
sonnait creux.
 
 
 
 
 

Moment de vie : Ce cinéma là reste un cinéma de vieux !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sa.5.11.2022
 
Moments de vie. Quel cinéma ?!
 
Dans ma petite ville, je ne fréquente qu’une seule salle de cinéma. Labellisée « Art et Essai », elle est gérée par le Théâtre Scène Nationale du Grand Narbonne. Je peux m’y rendre à pied sans quitter les berges de la Robine, ce qui soulage ma mauvaise conscience de vieux « boomeur » écoresponsable de tous les malheurs du monde, sa programmation « élitiste » s’accordant en outre avec un vague désir « petit bourgeois » de distinction intellectuelle et sociale, que je refuserais d’admettre selon mon ami resté à 60 ans passé indécrottablement trotskiste, mais culturel, s’empresse-t-il de préciser. La semaine dernière, j’y suis allé voir « la conspiration du Caire ». Un film plutôt bien fait et distrayant que j’ai cependant trouvé un peu long. Dans la salle, comme toujours, seuls les fauteuils des rangées les plus hautes étaient occupés. J’ai aussi remarqué que les femmes étaient de loin les plus nombreuses et que les rares hommes qui les accompagnaient avaient leurs têtes couvertes de cheveux blancs, ou partiellement nues – l’une d’elles, devant moi, gênante, l’était complètement. Elle brillait ! Pour les autres mâles, je me suis aussi demandé s’ils n’étaient pas déjà allongés, sous terre, ou vautré dans leur canapé, face à la télé, à s’échauffer devant un match de foot, ou partis avec des amis cueillir des champignons – c’est la saison des cèpes ! J’ai aussi pensé que nous constituions ainsi un public de fonctionnaires à la retraite, avec certainement une forte proportion d’enseignants. L’avenir du cinéma, avec lui, me semblant très incertain. Un constat général d’ailleurs confirmé par Jérôme Seydoux, lu ce soir-là dans un entretien donné au journal « le Monde » sur le thème de la « crise du cinéma ». Loin des vanités des différents acteurs de cette industrie qui, sans jamais se remettre en cause, sont toujours à la recherche de bouc-émissaires, le coprésident du groupe Pathé, lui, énonce tranquillement et froidement sa vérité :  » […] ce cinéma reste un cinéma pour vieux. Avec des sujets, des thèmes, une façon de filmer, de monter, je dirais gentiment… un peu à l’ancienne. C’est la raison pour laquelle les jeunes ne vont pas voir de cinéma français.[…] Après le Covid-19, les jeunes sont revenus en salle regarder des films américains. Les retraités sont revenus aussi. Ceux qui manquent, ce sont les 25-59 ans. »
Ce soir, je n’irai pas dans ma salle attitrée. Rien d’intéressant au programme, en effet. J’ai donc loué sur « Prime vidéo », pour 1€99, les « Illusions perdues ». Un film qui, lors de sa sortie, avait été projeté dans une salle du complexe CGR. Un complexe situé dans le misérable décor urbain d’une zone commerciale, à la périphérie de la ville. Et que je fuis à l’idée de m’y rendre en voiture et de devoir, dans une de ses salles, aspirer par le nez des effluves de pop-corn et des odeurs de vieilles moquettes souillées. J’ai aussi promis à ma petite fille, hier, une soirée ensemble devant notre écran de télévision. Elle choisira un film sur une plate-forme de vidéo, m’a-t-elle assurée… « Ça sera bien, papy ! »
 
 
 
 
 

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