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Ce professeur sait qu’il va bientôt mourir, mais il a appris quelque chose de merveilleux sur la vie

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Le témoignage de David Menasche a été publié sur le site de CNN et est en tête des partages sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis, selon Trendsboard. Personnellement, son histoire m'a profondément ému. Elle nous parle de la mort et de la vie d'un homme, de ce qu'il en retire, de ce qu'il a appris, au tout dernier moment.

Elle nous donne surtout une merveilleuse leçon d'optimisme sur la nature humaine. Et, finalement, sur le sens que l'on peut donner à sa vie.

David Menasche est professeur de littérature dans un lycée de Miami. En 2006, il apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable du cerveau. Il n'a alors que 34 ans. Il sait qu'il va mourir. Il ne sait pas quand. Enseigner aura été toute sa vie, sa grande joie. Il continue à enseigner, mais sans cacher sa maladie. Même pendant les pires moments de sa chimiothérapie. Il raconte avec humour :

"J'étais assez doué comme malade : j'étais capable de courir aux toilettes, vomir dans la cuvette, me laver les dents, tout ça en moins de trois minutes, et revenir à mon cours. Mes élèves faisaient comme s'ils n'avaient rien détecté".

Sa salle de cours est son sanctuaire. Il transmet la passion des livres. Mais sa plus belle leçon, ce sont ses élèves qui la lui donneront.

Il y a deux ans, après une attaque violente qui le laisse estropié et pratiquement aveugle, alors qu'il est en train de jouer au billard avec un ami, David Menasche réalise qu'il ne pourra plus jamais enseigner. Il entre dans sa dernière ligne droite.

"Le cancer avait fini par réussir à m'éjecter de ma salle de cours, mais je n'avais pas encore perdu. Je n'avais pas peur de mourir, j'avais peur de vivre sans raison".

Et de citer Nietzsche : une personne qui sait "pourquoi" elle vit, trouvera toujours un "comment".

Sa vie c'était ses élèves. Ils étaient son "pourquoi". Et comme il n'avait plus de salle de cours, il a décidé d'aller à eux. Et pour cela il s'est servi de Facebook.

En 2012, il poste donc son projet sur Facebook, et reçoit très vite des invitations d'élèves depuis plus de 50 villes aux Etats-Unis. A moitié privé de la vue et de l'usage de ses membres, il visitera chacun d'eux. Plus de 12.000km. Un dernier voyage durant lequel il prendra la plus grande leçon de sa vie.

Il pensait découvrir qu'il avait au moins réussi à distiller chez ses anciens élèves l'amour des livres. Mais ce qu'il a appris est beaucoup plus enthousiasmant et gratifiant.

"Ce que j'ai appris durant mon voyage c'est que mes élèves avaient grandi en essayant d'être gentils et en prenant soin des autres."

Ils sont venus le chercher à l'aéroport, lui ont lu des livres qu'il aimait et ne pouvait plus lire, ont coupé sa nourriture quand il ne pouvait plus tenir son couteau. Ils ont partagé avec lui leurs secrets, l'ont introduit auprès de leur famille, lui ont chanté ses chansons et ses poèmes préférés.

Surtout, David a appris que ce que ses étudiants avaient le plus retenu de ses années d'enseignement, ce n'étaient pas les cours, mais tous les autres moments partagés avec lui, ces moments d'humanité, quand ils évoquaient avec lui leurs blessures, leurs moments de faiblesses, leurs petites ou grandes victoires.

Mes étudiants m'ont appris que ce qui importe ce n'est pas tant ce que nous apprenons en cours que ce que nous apprenons dans notre coeur"

David se dit pragmatique. Il sait que le cancer gagnera cette dernière bataille. Celle de la vie.

Ce que je pense, c'est que David n'a pas perdu contre le cancer. Il a gagné quelque chose de plus fort que cette mort inéluctable qui l'arrachera à la vie en lui retirant lentement chaque parcelle de son corps encore valide. Il a appris qu'il y avait quelque chose de naturellement bon en l'homme. Il a été merveilleusement aimé, accueilli et aidé par ses élèves, il a vu de la bonté et de l'empathie grandir chez ces adolescents devenus adultes.

Sa dernière leçon face à la mort.

Il conclut :

Je sais que je vais mourir. Mais je mourrai comme le plus heureux des hommes.

Ce professeur sait qu'il va bientôt mourir, mais il a appris quelque chose de merveilleux sur la vie

J'ai bien sûr envie de dédier ce témoignage, qui est aussi un livre, à mon ami disparu brutalement avec qui j'ai fondé Trendsboard, le chercheur Jean Véronis. Lui qui a été une telle source d'inspiration pour ses élèves, je sais qu'il aurait été profondément touché par cette histoire. Il n'aura pas eu le temps de faire cette quête de sens et d'amour auprès de ses proches. La mort ne prévient pas toujours avant de frapper.

Et c'est justement ce que cette histoire doit nous apprendre.

Que la vie est courte et qu'il faut apprendre à profiter de chaque instant.

Que contrairement à ce que d'aucuns croient ou veulent nous faire croire, l'homme n'est pas naturellement égoïste et cruel. Il est naturellement bon et empathique. C'est la vie qui nous rend durs et parfois malheureux.

Alors parfois, quand la maladie vient nous enlever tout, ou menace de le faire, il ne reste que l'essentiel. Et ce retour à l'essentiel nous rend meilleurs.

(Vous pouvez acheter le livre de David Menasche sur Amazon).

Ce professeur sait qu'il va bientôt mourir, mais il a appris quelque chose de merveilleux sur la vie

Une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas.

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Ce texte a été écrit en…1904! Plus d’un siècle a passé et rien de sa force n’a été perdu…

« La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises de vie elles-mêmes ; elles sont des crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générale ; ou si l’on veut les crises de vie générale, les crises de vie sociale s’aggravent, se ramassent, culminent en crises de l’enseignement, qui semblent particulières ou partielles, mais qui en réalité sont totales, parce qu’elles représentent le tout de la vie sociale ; (…) quand une société ne peut pas enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner, au fond, c’est s’enseigner ; une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas ; qui ne s’estime pas ; et tel est le cas de la société moderne. »

Charles PÉGUY, Pour la rentrée , Oeuvres complètes, Tome I, La Pléiade, p. 1390

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