Contre-Regards

par Michel SANTO

Barroso, Sarkozy, Montebourg, Roman… et du conflit d’intérêt, ou pas!

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Je n’ai aucune sympathie pour Monsieur Barroso et trouve, comme tout le monde ou presque, son recrutement, surtout en ce moment d’après Brexit,  par la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, inopportun, choquant et particulièrement préjudiciable à l’image, déjà passablement écornée, de l’Union Européenne. Moins de l’Union en soi, d’ailleurs, que de ses institutions et de sa politique, pour être plus précis. Cela dit froidement, sans me croire obligé, comme certains, à gauche, à droite et dans les médias, d’en rajouter à la manière outrancière d’un  Plenel, notamment, pour qui l’ex-président de la Commission « s’affiche en mercenaire de la finance. » Ou d’un Maurel, paraît-il « frondeur », qui s’indigne du « bras d’honneur » que ferait, en la circonstance, l’ancien président de la Commission  aux « Européens ».  Une pluie de critiques au vitriol, mais  pour dénoncer quoi, au fait? Que monsieur Barroso poursuive une carrière professionnelle en dehors de la politique? À ce compte là interdisons aussi à l’ancien Président Sarkozy de donner des conseils d’avocats rémunérés à des aréopages de patrons internationaux ou à l’ancien ministre de l’Industrie, monsieur Montebourg, de pantoufler dans le groupe privé Habitat. Qu’il passe des affaires politiques à celles de la finance? Virons donc Emmanuel Macron, tant qu’on nous y sommes, qui, lui, vient d’une banque d’affaires, pour y retourner sans doute un jour, ou exercer, c’est du moins ce qu’il espère pour bientôt, les plus hautes responsabilités politiques du pays. Qu’il n’exerce plus d’autres fonctions que  dans des associations à but non lucratif, avec un statut de bénévole? Ou qu’il se coupe du monde en entrant dans les « ordres »? Et pourquoi donc ne pas étendre ces principes à tous, du député ou du sénateur de base, jusqu’aux ministres en fonction ou qui le furent, et à vie. Et qui y pense sérieusement parmi tous ceux qui se taisent, ou trouvent normal, le transfert de Laurence Boone, qui passe de conseillère chargée de l’économie auprès de François Hollande pour rejoindre la finance et le groupe AXA,  dirigé par un certain Henri de Castries, énarque de la promotion Voltaire. La même qu’un certain… François Hollande. Pour ma part, au risque de choquer, je ne vois pas de différence de nature entre ce qui est constaté à l’occasion de cette « affaire » Barroso, symboliquement détestable, il est vrai, et ces pratiques de pantouflages croisés ou de recasages d’hommes politiques, spécialités bien française. Comme la toute récente nomination  encore du député PS du Nord Bernard Roman, un fidèle du président, âgé de 63 ans, qui vient de se voir bombarder à la tête de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). J’ajoute, enfin, pour que l’on ne se trompe pas sur le sens de ce billet, que, dans certains cas, cette circulation de « compétences » entre la monde de l’entreprise, industrielle ou financière, et celui de la politique, loin de  m’indigner me semble, au contraire, bénéfique au fonctionnement d’une démocratie moderne comme la nôtre. Tout est donc affaire de circonstances, de conflits d’intérêts, ou pas, et de talents… À chaque autorité publique d’en définir les règles, et aux médias de promouvoir cette exigence plutôt que de souffler dans les voiles d’un populisme anti-européen et anti-élites qui ne cesse dangereusement d’enfler…

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Commentaires (3)

  • Olivier

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    Bonsoir,
    Montebourg, que je n’apprécie pas du tout ça été recruté sans rémunération . source : le président d’habitat.
    Cela dit, Goldman Sachs a aidé à truquer les comptes de la Grèce et inciter ses autres clients à spéculer contre la Grèce alors qu’il en était toujours le conseil … Excusez du peu. Ensuite, dans certains cas, en France, on a des recours (comme pour perol même si cela n’a pas abouti et avait auparavant entrainé la démission des membres de la commission bancaire qui s’opposait à ce coup de force) . Au niveau européen, rien. Aucun recours et des accords internationaux signés ou négociés sans recours des peuples / parlements nationaux. Donc, ne mélangeons pas tout et on devrait pouvoir interdire Goldman Sachs de la zone euro, et bloquer ses actions dans l’UE. Vos comparaisons et les pouvoirs de nuisance des différents exemples me laissent penser que c’est plus pour alimenter un contre regard à l’unanimisme ambiant qu’une conviction forte. Cela dit, cela pose clairement l’impréparation de nos institutions à gérer ce genre de situation que rien n’interdit. À part des incantations et des danses de la pluie … À réformer donc pour ne pas être otages d’intérêts qui nous sont étrangers et de coteries dogmatiques. Et toc 🙂

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Reprenons! Le sujet principal de ce billet est: est-il possible et légitime pour un homme politique de premier plan de continuer une carrière dans l’industrie ou la finance ( y compris la haute ), sans être critiqué, contesté, vilipendé au motif d’un mélange des genres par nature corrupteur! Ma réponse, sur le plan des principes est oui. Et elle est oui dès lors que sont définis des règles, qu’il appartient aux politiques de définir et de faire appliquer, afin de prévenir tout conflit d’intérêt… Comme j’ai constaté un unanimisme des médias français fondés sur de fumeux arguments pour critiquer le cas Barroso, et empreints de cette idéologie de professeurs de collèges techniques qui voient encore dans l’entreprise et la finance ( avec un F et…) le mal absolu, j’ai voulu montrer qu’à pousser cette logique jusqu’à ses extrêmes limites, il fallait aussi condamner Sarkozy, Montebourg ( payé ou pas !) Macron, Boone, etc… Quant à la particularité du groupe qui a recruté Barroso: il aurait truquer les comptes de la Grèce, notamment, il convient de faire attention aux mots. Le vrai est qu’en tant que conseil il a fait son métier auprès d’un gouvernement grec, qui le lui avait demandé, de présenter des comptes publics de manière avantageuse. Ce qui fut fait, en effet! Sans tricher, mais en jouant sur tous les mécanismes financiers qui permettent ce genre d’exercice. Comme vient de le faire encore la France, tout récemment… Mais au final, nous sommes d’accord puisque vous reprenez ma conclusion. C’est le plus important, non? Cela dit, je dois avouer, pour être honnête, qu’il est très difficile de proposer des contre-regards sans tomber dans la facilité d’en faire sans autres convictions que le seul plaisir d’en faire… Bonne soirée Olivier!

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  • Pierre-Henri Thoreux

    |

    Je partage très largement votre sentiment Michel. Sans avoir comme vous, aucune sympathie pour M. Barroso dont la carrière politique me semble assez peu cohérente. Passer du Maoïsme au libéralisme m’interroge vraiment…
    Toutefois cet homme fut quand même premier ministre du Portugal et il fut nommé Président de la Commission Européenne par l’aréopage unanime des exécutifs des pays membres.
    Il y a beaucoup d’hypocrisie et de mauvaise foi à crier au scandale parce que libéré de ses fonctions politiques, il accepte aujourd’hui un poste de conseiller d’une banque d’envergure internationale, incarnant pour certains le mal absolu, au seul motif qu’elle est prospère. Qui sont donc ces petits juges de moralité ?
    Entendre M. Harlem Desir, autrefois condamné pour recel d’abus de biens sociaux, et enclin à maints errements idéologiques, demandant « solennellement » à M. Barroso de renoncer à ses nouvelles fonctions, c’est à se mordre la joue…

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