Contre-Regards

par Michel SANTO

les intellectuels, la politique et la morale…

Capture d’écran 2015-05-22 à 09.22.43De ce texte, voici ce qu’en dit son éditeur François Bon: 

On est en 1921. La première guerre mondiale finie, le monde s’ébroue, et ça concerne aussi bien la politique ques les arts, et la façon de vivre ensemble. Dada et le surréalisme ont éclaté. Ceux qui ont survécu à l’horreur la portent dans leurs phrases. Dans ce contexte de chaos et d’éveil, dans cette fatalité de la violence et de la domination, quelle responsabilité pour les artistes, et notamment les écrivains et poètes ? Comment se révolter, et comment s’assurer que l’ancien ne conditionne pas le surgissement du neuf ? C’est un texte sombre et âpre, qui pose les problèmes et limites de l’engagement. Qui mesure à chaque pas le défi personnel de l’art à ce qu’il affronte au dehors. Où se situer dans les extrêmes, comment garder distance dans l’agir ?

Extrait:

Sans qu’il soit nécessaire que l’homme de pensée entre dans l’action par l’action, il doit au moins y entrer par la pensée. Les intellectuels doivent s’habituer à vaincre leur méfiance, leur peur de la vérité pratique, et mettre le réalisme là où il faut qu’il soit. Ce n’est que de la logique une idée juste porte des conséquences réalistes, sinon, ce n’est, socialement, qu’un mensonge. La détourner de ces conséquences ou distinguer mal celles-ci, estimer que la tâche s’arrête en deçà, c’est commettre une faute contre la pensée elle-même. La plupart des hommes, les intellectuels en tête, professent du mépris pour la « politique ». Il semble qu’il y a là, à leurs yeux, un ordre de choses d’une espèce particulière dont la vulgarité les offusque. Cette erreur, qui, dans les conditions où se poursuit aujourd’hui la lutte inégale du bien et du mal, devient une mauvaise action, n’est qu’un signe de myopie aristocratique, ou bien un prétexte trop explicable et peu excusable pour demeurer commodément réfugié dans les phrases et dans les nuages. Quant à généraliser à l’activité politique elle-même, les tares, les pièges, les petitesses, les défaillances de certaines politiques ou de certains politiciens, c’est un sophisme enfantin indigne de l’esprit. Si le monde vivant doit s’ordonner autrement ou s’il doit rester ce qu’il est, ce sera par des mesures politiques, et toutes les paroles ne changent rien à cette évidence. Faire de la politique, c’est passer du rêve aux choses, de l’abstrait au concret. La politique c’est le travail effectif de la pensée sociale, la politique, c’est la vie. Admettre une solution de continuité entre la théorie et la pratique, laisser à leurs seuls efforts, même avec une aimable neutralité, les réalisateurs, et dire « nous ne connaissons pas ces hommes-là », c’est abandonner la cause humaine.

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