Contre-Regards

par Michel SANTO

L’illusion de l’échange

nathalie.jpg
Dans
l’Échange, pièce créée en 1893-1894 et dont l’action se passe en Amérique, Paul Claudel (1868-1955) met en scène une actrice alcoolique, Lechy Elbernon, magnifiquement interprétée, mardi dernier, au Théâtre de Narbonne, par une Nathalie Richard véritablement habitée par ce personnage redoutable d’intelligence qui se joue et se réjouit de l’illusion du désir et de la liberté…

Extrait :

«  LECHY ELBERNON
Je suis actrice, vous savez. Je joue sur le théâtre. Le théâtre. Vous ne savez pas ce que c’est ?

MARTHE
Non.

LECHY ELBERNON
Il y a la scène et la salle. Tout étant clos, les gens viennent là le soir, et ils sont assis par rangées les uns derrière les autres, regardant.

MARTHE
Quoi ? Qu’est-ce qu’ils regardent, puisque tout est fermé ?

LECHY ELBERNON
Ils regardent le rideau de la scène. Et ce qu’il y a derrière quand il est levé. Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c’était vrai.

MARTHE
Mais puisque ce n’est pas vrai ! C’est comme les rêves que l’on fait quand on dort.

LECHY ELBERNON
C’est ainsi qu’ils viennent au théâtre la nuit.

……………

MARTHE
L’œil est fait pour voir et l’oreille
Pour entendre la vérité.

LECHY ELBERNON
Qu’est-ce que la vérité? Est-ce qu’elle n’a pas dix-sept enveloppes, comme les oignons ?
Qui voit les choses comme elles sont ? L’œil certes voit, l’oreille entend.
Mais l’esprit tout seul connaît. Et c’est pourquoi l’homme veut voir des yeux et connaître des oreilles.
Ce qu’il porte dans son esprit, – l’en ayant fait sortir.
Et c’est ainsi que je me montre sur la scène.

MARTHE
Est-ce que vous n’êtes point honteuse ?

LECHY ELBERNON
Je n’ai point honte ! mais je me montre, et je suis toute à tous.
Ils m’écoutent et ils pensent ce que je dis ; ils me regardent et j’entre dans leur âme comme dans une maison vide.
C’est moi qui joue les femmes :
La jeune fille, et l’épouse vertueuse qui a une veine bleue sur la tempe, et la courtisane trompée.
Et quand je crie, j’entends toute la salle gémir. »

Comme sur d’autres scènes de la vie…


 

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Articles récents

Narbonne ! Municipales2020 : Echos de campagne…

Narbonne ! Municipales2020 : Echos de campagne…

Narbonne. Hôtel de ville. « Deux grosses prises » pour madame Granier-Calvet, titrait l’Indépendant, l’autre jour. Lecture faite, ce n’était pas d’un concours de pêche aux thons dont il était rend[Lire la suite]
Narbonne ! Municipales2020 : Nul ! Nul ! et Nul…

Narbonne ! Municipales2020 : Nul ! Nul ! et Nul…

    Finalement, quand on y réfléchit bien, la politique se résume à une seule passion : le goût du pouvoir ; et l’assouvir suppose que, par celui (ou celle) qui l’éprouve, soient clairem[Lire la suite]
Scène de la vie narbonnaise (et d'ailleurs aussi) : Une terrasse place de l'Hôtel de Ville… et l'oubli !

Scène de la vie narbonnaise (et d'ailleurs aussi) : Une terrasse place de l'Hôtel de Ville… et l'oub

    Denis Carrière : café de la Paix. Capestang (34)    M. est un ami. Il me dit ne pas pouvoir rester assis à la terrasse d’un bistrot plus de 15 minutes ; et s’étonne toujours[Lire la suite]
Narbonne ! Municipales2020 : Le dernier  "tango" de Monsieur Daraud !

Narbonne ! Municipales2020 : Le dernier "tango" de Monsieur Daraud !

  Narbonne. Hôtel de ville.  Jean François Daraud est la tête de file du Rassemblement National aux élections municipales. Loin du profil moyen des candidats de ce parti, le personnage bro[Lire la suite]
Scènes de la vie narbonnaise (et d'ailleurs, sans doute) : Humour jaune à la lecture d'un article de presse …

Scènes de la vie narbonnaise (et d'ailleurs, sans doute) : Humour jaune à la lecture d'un article de

        Humour jaune ! Revue de presse locale – vite faite : un seul "canard" – ; et, stupéfaction à la lecture d'un article consacré à la visite du Haut Commissaire à l'[Lire la suite]
Narbonne ! Municipales2020 : "Toujours plus" de pandores municipaux en haut des affiches électorales …

Narbonne ! Municipales2020 : "Toujours plus" de pandores municipaux en haut des affiches électorales

  L’air du temps est à l’environnement et à la sécurité. Et ma petite ville qui, pourtant, jouit d’un cadre de vie privilégié sans violences urbaines avérées, n’y échappe pas. Conséquemment,[Lire la suite]
  
2006-2020 © Contre-Regards
Conçu par OnEric Studio