𝐀̀ 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐨𝐮 𝐭𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐫𝐞̀𝐬.

Tous les ans, à la même date, à deux ou trois jours près, elle cale son antique vélo sur le même banc de pierre de la Place au Blé. Sous mes fenêtres.

Le vélo est violet passé. Les garde-boue piqués de rouille. Une vieille selle blanche qui a vu des saisons. Sur le porte-bagage, une cagette noire, trop petite pour ce qu’elle contient. Les bouquets débordent. Des jonquilles serrées les unes contre les autres. Jaune franc. Jaune qui tranche avec la pierre, avec le ciel encore pâle de février.

Elles viennent de son jardin, en bord de Robine. Elle me l’a dit un jour. Là-bas, la terre est humide, les fleurs tiennent droit. Elle les coupe tôt. Elle les attache avec une ficelle fine. Rien d’autre.

Je lui en réserve deux. Toujours deux.

Le temps d’aller chercher mon pain aux halles. La boulangère me parle du vent, du prix du blé, des touristes qui reviendront. Je pense aux fleurs qui m’attendent, posées dans leur cagette, contre le banc.

Je sais où elles donneront tout leur éclat. Sur la table de la cuisine. Lumière basse du matin. Mur blanc. Elles ouvrent l’espace. Elles lavent l’air.

Quelques jours plus tard, elles plient un peu la tête. Le jaune se fait plus doux. Puis elles s’effacent.

Mais chaque année, à deux ou trois jours près, le vélo revient. La cagette aussi. Et avec elle, la certitude simple que le printemps tient parfois dans deux bouquets de jonquilles.

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