𝐋’𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬.

« Nous nous entretenions souvent avec Hutte
de ces êtres dont les traces se perdent.

Ils surgissent un beau jour du néant
et y retournent après avoir brillé
de quelques paillettes.

Reines de beauté.
Gigolos.
Papillons.

La plupart d’entre eux,
même de leur vivant,
n’avaient pas plus de consistance
qu’une vapeur qui ne se condensera jamais.

Ainsi, Hutte me citait-il en exemple
un individu qu’il appelait
l’homme des plages.

Cet homme avait passé quarante ans de sa vie
sur des plages ou au bord de piscines,
à deviser aimablement
avec des estivants et de riches oisifs.

Dans les coins et à l’arrière-plan
de milliers de photos de vacances,
il figure en maillot de bain
au milieu de groupes joyeux
mais personne ne pourrait dire son nom
et pourquoi il se trouve là.

Et personne ne remarqua
qu’un jour il avait disparu
des photographies.

Hutte répétait qu’au fond,
nous sommes tous des hommes des plages
et que le sable — je cite ses propres termes —
ne garde que quelques secondes
l’empreinte de nos pas. »

Patrick Modiano.
Rue des boutiques obscures.