
À entendre les commentaires qui accompagnent chaque catastrophe, chaque guerre, chaque crime, on croirait nos contemporains stupéfaits par la nature du monde.
Pourtant, il n’a jamais été autre chose.
Des incendies dévorent forêts et maisons, une vie de travail réduite en cendres. En Savoie, un sapeur-pompier de vingt-deux ans est mort.
Kiev compte ses ruines. La guerre, par la durée, devient un bruit de fond. Au Moyen-Orient, même tragédie. Des hommes tombent pour une idée de la liberté.
Un séisme ensevelit des milliers de vies. Ailleurs, les désastres se confondent.
Pendant ce temps, le sport déroule son calendrier. Football, tennis, cyclisme. De quoi saturer les écrans, du matin à la nuit.
Nous cherchons de l’air dans des appartements surchauffés. Nous dormons mal. Au réveil, il faut repartir.
Ainsi va le monde. Le tragique n’y fait pas irruption. Il n’est pas l’accident. Il est la condition ordinaire. Ce qui change, ce n’est pas le monde. C’est notre surprise, chaque fois, de le découvrir.
Illustration : Le Triomphe de la Mort, Pieter Bruegel l’Ancien (1562).