Deux années de sociologie. Puis l’université quittée pour un point chaud.
Y. y a travaillé quelque temps. Il y a trois mois, une rupture conventionnelle. Depuis, il perçoit des allocations chômage. Il voyage. Découvre la cuisine indonésienne. Envisage d’ouvrir un restaurant. Une franchise, peut-être.
Il en a parlé à son conseiller France Travail.
Y. est intelligent. Curieux. Il cherche sa voie. L’université n’a pas été la sienne.
Son histoire n’est pas une preuve. Elle pose pourtant une question que nous préférons souvent éviter : que promettons-nous aux jeunes qui entrent à l’université ?
Du savoir, assurément. Une formation de l’esprit. La capacité de comprendre le monde et de le discuter. Ce n’est pas rien.
Mais aussi, implicitement, un avenir professionnel. C’est là que commence le malentendu.
Toutes les formations ne conduisent pas aux mêmes débouchés. Tous les diplômes n’offrent pas les mêmes perspectives.
Il ne s’agit pas de condamner les sciences humaines. Une société qui renoncerait à l’histoire, à la philosophie ou à la sociologie serait une société appauvrie. Il s’agit de dire la vérité sur les parcours possibles et les emplois accessibles. L’information existe. Encore faut-il qu’elle soit donnée.
Pendant ce temps, les BTS, les BUT, l’alternance proposent d’autres chemins. Souvent plus directement liés à un métier. Ils n’ont pas toujours bénéficié du même prestige social. Pourtant, ils méritent mieux que le statut de solutions de repli.
Nous avons longtemps confondu la démocratisation des études avec la multiplication des diplômes. Ouvrir les portes était nécessaire. Faire croire que toutes conduisaient au même endroit ne l’était pas.
Aujourd’hui, une autre incertitude s’ajoute. L’intelligence artificielle transforme les tâches, les qualifications, les perspectives d’emploi. Elle oblige à reconsidérer des métiers que l’on croyait établis.
À cette inquiétude répond trop souvent un discours convenu sur la réussite, l’autonomie et l’avenir. Puis viennent les déceptions. Et les colères.
Les mouvements lycéens et étudiants ne se réduisent pas à cette question.
Mais la défiance envers les institutions se nourrit aussi de l’écart entre les promesses et la réalité. Les partis extrémistes le savent. Ils exploitent ce ressentiment. La France insoumise en a fait l’un de ses ressorts politiques.
La République s’indigne de cette colère. Elle oublie qu’elle a contribué à la fabriquer.