Deux anges passent!


Paris Match s’intéresse aux personnalités préférées des français qui eux ne s’intéressent, en ce moment, qu’à leurs dernières grillades- apéritifs-pétanque. Dans ce climat un brin hédoniste malgré la rentrée programmée au bureau ou à l’usine, pour les uns, aux pôles emploi pour les autres, rien donc d’étonnant à ce que nos compatriotes, sondés à l’heure de l’apéro aient plébiscité des profils assez semblables aux leurs.Et que J.Chirac, en vacance d’emploi et tout heureux de s’adonner aux plaisirs de la bonne chère, soit, selon un sondage IFOP pour «Paris-Match», celui d’entre toutes les personnalité politiques qui ait forcément leur sympathie. Les soucis du quotidien, les petits arrangements et les petites affaires du temps du Chirac-Président semblant plutôt baigner dans un vague sentiment de « fraternité estivale »  que n’arrivent même pas à briser les exhortations à la guerre sociale de l’opposition. Faux dire qu’elle est à la « ramasse » et que le seul d’à peu près  audible dans ce concert de couacs
 est justement celui qu’on n’entend pas. DSK , qui colle à la roue de Chirac, serait en effet le candidat de gauche préféré des français en 2012. Décidemment ce pays est fait de paradoxesl. Quand on y exerce le pouvoir, la guillotine est toujours prête à couper des têtes. Et quand on ne l’exerce plus, les têtes, pourvus que leurs bouches soient muettes, sont très souvent couronnées. Ou de lauriers tressés…  

De l’art et du cochon.

Ce  » Mechanical Ping  » de Paul McCarthy fait partie de la soixantaine d’oeuvres du fond de François Pinault présenté à Dinard (en plein pays d’élevage porcin!).Et Harry Bellet, l’envoyé spécial du « Monde »  ( 21 août 2009 ), nous dit que cette exposition « offre un autre avantage:c’est le portrait le plus juste qu’il nous ait été donné de voir d’un collectionneur et d’une personnalité complexe… » ( admirez au passage l’élégance du style ). Je ne sais pas si notre homme d’affaires  a goûté cette observation, mais à défaut d’être représentative de son originalité, cette truie en silicone inerte sur une machinerie complexe m’a irrésistiblement fait penser à d’autres personnages que ceux visés par notre artiste et présentés dans les parcs d’attractions Disneyland , notamment.Des personnages eux aussi animés par des « moteurs », des « machines », une « énergie » habilement dissimulés sous les voiles de valeurs,vertus ou  professions de foi. Autant d’illusions et de simulacres que la fausse truie de McCarty nous révèle par sa mise en scène aussi violente que provocatrice.Et qui, cette dernière fin de semaine encore, auront fait l’essentiel de l’actualité présentée sur nos écrans de télé … 

Dany et sa bicyclette verte.

Dany le ( ex ) Rouge est le véritable patron des Verts.Il se repose chez nous à Lauret, dans l’Hérault, où il a reçu un journaliste de Libération.Pour lui dire intelligemment ce genre de banalité : «La transformation écologique passe par celle de nos modes de vie. Il va falloir consommer moins, rouler moins vite. Mais il faut que ce soit un changement librement consenti.» Ce que je fais, comme beaucoup d’autres, sans avoir attendu Dany, depuis belle lurette et sans y être contraint! Moins par souci écologique que par, disons…  » esprit de mesure « . Un style de vie qui n’a pas besoin, en effet, d’un  » nouveau modèle de société  » et que l’état de nos ressources environnementales et énergétiques finira bien, ça a déjà commencé, par imposer à tous nos gouvernants, de droite ou de gauche.De quoi faire pédaler encore longtemps, et sans efforts ( les vents étant porteurs ), Dany. Mais  pour aller où et avec qui? Lui même semble ne pas très bien le savoir. Son image, sa marque, suffit à  » construire un nouvel imaginaire « , comme le dit son ami Cochet ( Le Monde du 22 août ).C’est peut-être cela qui le rend si sympathique aux yeux de beaucoup d’électeurs de gauche ( pas seulement! ) de la classe moyenne fatigués d’entendre des discours programmatiques à la façon des 101 propositions de F.Mitterrand.Et qui le rend si dangereux pour la gauche classique divisée et en pleine crise existentielle.Dans cette conjoncture,les prochaines élections régionales placent des Verts coachés par Cohn-Bendit en situation idéale pour, effectivement,  comme 1500 sympathisants l’ont clamé à Nîmes le jeudi 20 août :  » casser la baraque à gauche « .

Risquer le coup de corne.

File:NRF n°588 COUV Le siècle de la NRF110.jpgLa féria de Béziers s’achève. Le prétexte pour reproduire ici un extrait  du mano à mano entre Michel Leiris et Vincent Delecroix publié dans le superbe numéro 588 de la NRF ( pages 274-277 ).
Michel Leiris, en janvier 1939 :  » Sans fioritures inutiles-juste ce qu’il faut pour montrer qu’on est maître de son art et qu’on n’hésite pas à prendre quelques risques de surcroît-, sans gestes de bravache,sans manèges de théâtre,Rafaelillo torée seulement avec toute son application, toute sa passion et son courage, n’admettant d’autre signature à l’ensemble de son travail q’une éraflure à son costume pour avoir approché la bête de trop près ou sa main droite baignée de sang pour avoir enfoncé l’épée avec une franchise totale. »
Vincent Delecroix,en février 2009:  » Vous n’aimez pas la tauromachie? Transposez, mettez un écrivain, vous même, si vous écrivez, en place du petit Rafael, et relisez l’article. S’exposer est l’acte- qui n’a rien à voir avec l’exhibition, qui n’interdit pas et même réclame l’étincelante parure, qui impose aussi de choisir ses figures- commun à l’écriture et à la tauromachie; c’est le terme absent mais central de ces quelques lignes…Ma signature, qu’elle est-elle, que sera-t-elle? Si je ne risque pas le coup de corne,à quoi bon? « 
Qu’ajouter à cela…

Marcel Gauchet et les « gauches »…

 
   
Extrait du très intéressant entretien de Marcel Gauchet avec Elisabeth Lévy. Le Point, n°1924, 30 juillet 2009
Elisabeth Lévy: Reste que beaucoup de gens ne savent plus très bien ce que signifient les mots «gauche» et «droite», d’où un sentiment de désorientation très répandu, notamment à gauche.

Marcel Gauchet: Toutes les gauches européennes sont confrontées à un impératif de redéfinition doctrinale dans une configuration globalement défavorable aux partis de gauche. Nous vivons un déplacement radical des repères intellectuels. La droite est devenue à la fois le parti du mouvement et celui de la réalité politique. D’une part, elle n’est plus conservatrice dans le sens où elle n’est plus préposée à la défense de l’autel, du trône, du sabre et du goupillon. Elle est revenue de la réforme à tout-va. Et elle est prête à intégrer des éléments de protection sociale dans son logiciel. Résultat, la gauche a perdu le monopole du changement. D’autre part, et c’est une nouveauté fondamentale par rapport à l’époque où la droite était largement catholique en France ou chrétienne ailleurs, elle est devenue le parti matérialiste, le parti de l’économie. Résultat, la gauche, qui revendiquait autrefois son matérialisme face à l’idéalisme mensonger de la droite, a perdu son instrument favori de démystification et se voit accusée à son tour d’idéalisme naïf. Enfin, la mondialisation offre paradoxalement à la droite une rente de situation politique. Car, face aux désordres dont elle s’accompagne, face aux flux migratoires qu’elle engendre, la droite incarne le réalisme et la fermeté, tandis que la gauche s’est laissé enfermer dans le seul registre de la générosité et de l’angélisme. »

E.L: Au sommet de la pile de livres sur votre bureau se trouvent « L’insurrection qui vient », attribuée à Julien Coupat, et « L’hypothèse communiste », d’Alain Badiou. Vous préparez-vous pour la révolution ? Que pensez-vous du succès des « intellectuels radicaux » ?

M.G: Je vais faire de la peine à Badiou, mais je suis bien obligé de constater que son succès prouve la persistance de l’identité française. Il montre que ce pays continue à vivre sur les acquis de son histoire. Qu’est-ce que Badiou ? Le communisme sans Lénine et Marx. Son propos réactive la promesse de l’égalité radicale qui a constitué la pointe extrême de la Révolution française et qui est restée depuis lors dans les gènes politiques du pays. Le cas de la bande à Coupat est encore plus amusant. Le mélange d’ultraradicalité subversive et de mépris aristocratique cultivé par le « comité invisible » relève d’un dandysme très français. Où, ailleurs qu’ici, réclame-t-on l’émancipation du genre humain tout en lui crachant dessus ? C’est l’un de ses charmes, la France est ce pays où les reliques d’un Guy Debord, grand maître du genre, peuvent être consacrées « trésor national ». J’en tire un conseil à la jeunesse : pour réussir, soyez toujours plus radical que le voisin, c’est un créneau d’avenir.


L’intégralité de cet entretien en cliquant sur le lien suivant: Marcel Gauchet

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