Ce que m’ont appris, notamment, les « dîners en ville »…

 

Ma.2.8.2022.

La vie m’a finalement appris que l’on perd inutilement son temps à entrer dans un débat avec un interlocuteur borné de certitudes. Ses plus intimes sentiments et convictions, comme celles de nous tous, ayant été, pour la plupart, durablement acquis pendant sa petite enfance, l’argumentation raisonnée puisée aux meilleures sources de la pensée philosophique ou scientifique jamais ne convaincra en effet un esprit dogmatique, ou militant, qu’il est dans l’erreur ou victime de ses préjugés. Et si l’on peut défendre et croire en la perfectibilité de la personne humaine, elle me semble cependant essentiellement de « surface », rien ne pouvant modifier en effet le noyau affectif et sentimental originel qui conditionne notre rapport au monde et aux autres. Aussi, quand je suis invité à participer à une discussion, ou poussé à y entrer, avec ce genre d’individus, instruits ou pas, j’abandonne très vite la partie avant qu’elle ne tourne au vinaigre. J’égrène alors des « Soit… bon… peut-être… vous croyez… » afin de leur donner un semblant de raison ou de couper au plus court leurs catéchismes moral ou politique – tout en m’efforçant de rester, parce qu’on ne se refait pas, disais-je, le plus courtois possible. J’utilise aussi, dans ces circonstances, le langage facial et les gestes et mouvements de tête appris lors de trop nombreux et trop longs « dîners en ville », langage qui permet de feindre une molle participation aux bavardages ennuyeux, propos péremptoires et vachardes médisances qui en agrémentent cérémonieusement, en général, le déroulé. Finalement, la politesse et la courtoisie ont cette vertu de tenir à distance les fâcheux de toutes sortes. Et même les salauds ! Elles sont ce mince et fragile vernis de sociabilité – et d’hypocrisie sociale, certes ! – qui nous protège malgré tout du désir, parfois violent, d’en découdre.

   

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