Chronique de Narbonne et d’ailleurs. 9 avril! Une journée interprofessionnelle de lutte sans raisons ni « précaires »…

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Le 9 avril, jour de mon anniversaire – et de Beaudelaire (hum!) – , soit dit en passant, la « lutte des classes », version pépère, s’est exprimée, place de l’Hôtel-de-Ville par des slogans du genre: « Non à la politique d’austérité menée par le gouvernement et à la scélérate loi promue par le ministre Macron« , à l’appel de la CGT, FO, la FSU et Sud Solidaire. 400 manifestants! En comptant les drapeaux, peut-être? Non, sérieusement! s’étaient mobilisés des fonctionnaires hospitaliers et territoriaux surtout; la pointe avancée d’une avant-garde exploitée par l’État et des présidents d’exécutifs locaux, soumise qu’elle est à des cadences infernales et vivant dans la crainte quotidienne de perdre ses emplois garantis à vie… Ce fut un flop! Qui peut entendre encore ce genre de rhétorique, en effet! Ils sont pourtant des millions à la vivre cruellement cette austérité que ne vivent point ceux qui la fustigent sous des logos syndicaux brandis à bout de bras; une austérité faite de petits boulots dans des conditions de vie et de travail épouvantables. Mais voilà, qui s’intéresse à ces soutiers de notre société? Qui leur donne la parole, leur rend leur dignité, sinon une femme-journaliste-écrivain comme Florence Aubenas :  « Le Quai de Ouistreham, L’Olivier, 276 pp., 19 €. » Ces  « invisibles », dont elle raconte le quotidien ne sont pas qu’à Ouistreham, mais bien là, tout autour de nous, dans ma petite ville de province comme partout ailleurs dans notre belle terre de France. Mais, encore mais, nos grandes organisations syndicales ne s’adressent pas à ces travailleurs-là: trop précaires, trop isolés, trop exploités, trop tout quoi! Difficile de faire « masse » avec, évidemment! Extrait: pages 123-124:

Un des pires moments, à la section des précaires, était la rédaction des tracts. Cela se passait toujours de la même façon. Les filles commençaient à s’y mettre, puis, au bout d’un moment, un permanent du syndicat venait et lançait : «Alors, c’est pas encore terminé ? On voudrait aller boire un coup.» Il revenait un peu plus tard : «Vous mettez trop de temps. Je vais le faire pour vous.» Aucun n’avait la patience d’écouter ce qu’elles avaient à dire, et il ne fallait pas les pousser beaucoup pour qu’ils lâchent ce que, au fond, ils avaient vraiment dans la tête : ils ne les trouvaient pas au niveau, elles manquaient définitivement de « conscience de la lutte». Ils finissaient par écrire ce qu’ils voulaient sur les tracts et, le lendemain, les filles refusaient de les distribuer. Elles se faisaient traiter de «chieuses». Au fond, les gars ne trouvaient pas très sérieuses ces «histoires de bonnes femmes».

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