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par Michel SANTO

Chronique de Narbonne et d’ailleurs: La violence et le sacré …

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Je ne connais pas l’entraîneur des Centurions, notre équipe de Volley locale. Je dois l’avoir vu une ou deux fois, et son départ précipité me prive d’en savoir plus sur sa véritable personnalité. Il vient, en effet, de se faire sèchement limoger, sans que son Président , Jérémie Ribourel, ni le Manager du club n’aient à lui faire, si l’on en croit leurs propos, le moindre reproche. Ce seraient quelques joueurs qui, pour des raisons que je ne connais pas non plus, auraient demandé, et obtenu, sa tête. Il est cependant vrai que cette équipe ne brille pas par ses résultats de début  de championnat, et que le climat en son sein ne doit pas être des plus sereins, pour ne pas dire chargé de lourdes menaces orageuses. Il fallait donc classiquement, pour apaiser les tensions et détourner la “violence” collective inhérente à ce genre de situation, procéder au sacrifice d’un bouc émissaire. Ce qui fut prestement fait. Si je rapporte ce micro événement de la vie Narbonnaise, c’est moins pour le commenter et porter un jugement sur ses principaux acteurs que pour en montrer ses ressorts universels, et immémoriaux. Les mêmes qui, en d’autres domaines, et à plus grande échelle, notamment en politique, pousse des foules entières vivant dans le conflit permanent à exiger que leur soient données des victimes expiatoires, humaines ou symboliques. Un mécanisme bien mis en évidence par René Girard, dans son remarquable ouvrage : “La violence et le sacré”. La  réconciliation d’une communauté en crise, nous explique-t-il, s’effectue  toujours par le transfert et la convergence de sa “colère” vers une victime unanimement désignée pour la sauver de l’autodestruction. Dans le cas d’espèce qui m’intéresse aujourd’hui, ce qui me frappe est la grande élégance d’esprit avec laquelle ce Monsieur Claudio Gewehr, a accepté ce verdict et ses conséquences, pour lui et sa famille. Dans le petit entretien qu’il a accordé à Eric Marty, le journaliste sportif du Midi Libre, chaque mot est en effet  empreint de la plus grande empathie pour le groupe dont il vient pourtant d’être expulsé. Nul ressentiment,  nulle rancoeur ne s’y exprime. Bien au contraire y affleure, au fil de courtes phrases, une claire conscience de son rôle et, d’une certaine manière, de sa responsabilité dans ce rituel expiatoire. Coupable “symbolique” aux yeux de ceux qui le sacrifièrent, par son comportement exemplaire tout en dignité retenue, il leur a  offert  les conditions psychologiques et morales pour collectivement se retrouver. Une belle leçon! À eux désormais de prouver que le sacrifice de ce Monsieur, que j’aimerais un peu mieux connaître , ils le méritaient …

NB: de Miguel Torga, cette remarque : “l’universel c’est le local moins les murs” …

 

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