Chronique de Narbonne. Il était aussi une part de notre « patrimoine vivant »: Pierre Bouscarle nous a quitté…

Bousp


La dernière fois que je l’ai croisé, c’était sur la place Verdun. Il revenait des Halles, je sortais de chez Adeline, notre boulangère. Peut-être s’y rendait-il ! Souvent nous nous y retrouvions, en fin de matinée. Malgré son grand âge, 96 ans, sa haute et puissante stature en occupait tout l’espace, déjà très restreint. Et son « bonjour », grave et profond, donnait au lieu et au temps toute leur épaisseur. Cet homme, je ne le reverrai plus. Il nous a malheureusement quitté le 18 mai, moi qui le croyais invulnérable. On en croise si peu de ces êtres qui par leur seule présence vous donne le sentiment d’être au dessus de toute atteinte physique ou morale. Rien pourtant ne m’était connu de sa vie affective et personnelle, mais tout, à l’évidence,  me semblait donné quand je le rencontrais. Illusoire ou réelle, peu importe, demeure donc à mon esprit cette image d’un Monsieur au regard lumineux qui savait vous dire avec une toute petite pointe d’ironie que «tout allait bien!». Pierre Bouscarle parti, puisqu’il s’agit de lui, c’est aussi une part de notre «patrimoine vivant» qui s’en est allé. Il était, en effet, l’œil et la mémoire photographique de notre cité. Il suffisait de l’interroger, comme un jour je le fis sur la place des « Quatre fontaines », notamment, pour entendre, si je puis dire, une succession d’images racontant son histoire, ses « gens », ses transformations. Tout lui était connu de l’évolution du commerce et des quartiers de notre ville, comme de ses moments remarquables. Et son fonds d’archives, résultat du travail et de la passion de quatre générations successives consacrées à la « photo », est exceptionnel. Un véritable trésor qui mériterait une grande «exposition». Ce serait le plus bel hommage que notre cité pourrait  rendre à Pierre Bouscarle, ainsi qu’à ceux qui l’ont précédé. Ce matin, vers les onze heures, je me dirigerai, comme à l’accoutumée, vers ma boulangerie. La nôtre ! Je passerai devant l’ancien studio de ce «beau Monsieur», rue du Pont des Marchands. Et chez Adeline, j’en suis certain, j’y trouverai son image…

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Commentaires (2)

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    Hélène-Anaïs Bouscarle

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    Un merci immense et sincère pour ce bel hommage à mon grand-père.
    Papi, immortel et invincible. Merci bcp

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      Michel Santo

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      Bjr Hélène-Anaïs! Je lui devais bien ces qqs mot à votre beau Papi! Des mots qui ont été lus par environ 3000 personnes. Vous voyez à quel point il était un peu de nous tous…

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