Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du Comté de Narbonne.

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Vendredi 28 septembre de l’an 2012
Eh bien mon oncle ! Les ministres de François le Normal ont de la vertu une étrange pratique, et s’en exonèrent d’autant qu’ils l’exigent de tous. Ainsi le sieur Mentoujours, qui jadis haïssait les riches et les banquiers, sans vergogne les fréquente aujourd’hui. Le soir, en toute discrétion,  ou à midi, au moment du café. La maison Lézard, dirigée en France par le sieur Pigassou, un ami de Babius et Boss-Khan, également patron de la gazette « Les corruptibles », qui emploie Aude Puivar, sa dame, a sa préférence. Rien d’étonnant, cet arrogant et cynique parvenu s’étant jadis illustré par ces mots qui le définissent à jamais : « Je suis croyant, mais pas pratiquant. » Une philosophie partagée par la classe des gazetiers bien-pensants au sein de laquelle il jouit, de surcroît, d’une reconnaissance commerciale : il fait vendre. Tu me diras que pour ces croisés de la « vérité », seules comptent les intentions, bonnes, cela va de soi ! Vues sous cet angle, évidemment, toutes les impostures sont permises. Et justifiées pour ne point désespérer les bedeaux et les gogos qui les crurent. Les lendemains qui chantent ne sont pas miraculeusement arrivés, n’est ce pas, mon oncle !  Mais peut-être faut-il mentir aux hommes pour qu’ils vous croient !…? Comme le babusien Tortolone, ci-devant Président de la Cour qui impose de petites économies à son assemblée et embauche sa dame à son cabinet. Je n’ai pas embauché ma femme, j’ai épousé ma collaboratrice », assure-t-il sans trembler. Une variation ménagère et politicienne de la saillie donjuanesque : « L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. »  Quel génie, tout de même, ce Molière, mon oncle ! à croire qu’il était aussi à New York quand François de Gouda, dans les locaux de la Société des Nations, pour éviter son ancienne compagne et les coups de la nouvelle, a rebroussé chemin, piteusement, avec toute sa troupe. Demi-tour pitoyable justifié avec peine par d’improbables obligations diplomatiques. On entend d’ici Ségolène de Chabichou dans le rôle d’Elvire : « Me ferez-vous la grâce, François, de vouloir bien me reconnaître? et puis-je au moins espérer que vous daigniez tourner le visage de ce côté? »… « Ah! scélérat, c’est maintenant que je te connais tout entier; et pour mon malheur, je te connais lorsqu’il n’en est plus temps, et qu’une telle connaissance ne peut plus me servir qu’à me désespérer. » Quand Tartoly régnait, on moquait méchamment ses manières, si peu royales il est vrai ; il abaissait le trône, disait-on. Mais que penser d’un monarque pris entre deux femmes et terrorisé à l’idée de devoir saluer la première et subir le courroux de la seconde ? Hésitant et faible, notre Roi est ainsi descendu à hauteur d’homme. Un homme comme tous les hommes ; normal, au cœur et à l’esprit bien monotone dans sa lâcheté. La cour est un vaudeville, mon oncle ! et François de Gouda un Dom Juan revu et corrigé par Feydeau. Mieux vaut rire des hommes, que les agonir, me répètes-tu sans cesse. L’essentiel est peut-être ailleurs, en effet. C’était hier, un arc en ciel ouvrait un ciel d’orange sur les toits de la ville ; il colorait de ses teintes cuivrées des hirondelles en fête et la tour Aycelin brillait à n’y pas croire. Un silence parfait couvrait ce moment de grâce; comme une offrande des dieux, une porte ouverte aux âmes ; juste avant la tombée de la nuit…
Je t’embrasse, cher parent !

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