Contre-Regards

par Michel SANTO

Entre identité et appartenance !

518NE65K0ML-1._AA160_Entre identité et appartenance, ce texte de mon ami Gil Jouanard :

« L’un des principaux effets pervers générés par le phénomène du communautarisme, très en vogue par les temps qui courent, c’est de confondre en un amalgame confus identité et appartenance. L’identité, c’est, pour faire simple, « qui je suis » ; l’appartenance la noie dans les eaux troubles d’une ambiguïté. Cette ambiguïté repose sur l’idée que l’on peut avoir, par esprit simplificateur, paresse mentale ou absence totale ou relative d’autonomie de pensée, de « faire partie » d’un ensemble qui nous englobe et finalement nous « définit » (en nous éludant pourtant de façon insolente).
Prenons un cas pour nous faire mieux comprendre. Ce sera le mien car j’en maîtrise les coordonnées spatio-temporelles et n’en parle pas au hasard, mais en connaissance de cause et avec une objective subjectivité.
Je suis né à (et en) Avignon. Bon : je suis donc présumé comtadin ou si l’on préfère, de façon plus élargie, provençal. Mais ma mère était Lozérienne issue de Lozériens probablement depuis le Néolithique, voire même depuis l’Aurignacien. Quant à mon père, fringant Celto-ligure ardéchois, d’origine huguenote quoique farouchement athée, il vient d’un très ancien métissage entre Ligures récurrents et Celtes dominants. Il avait de fait la prestance des Salyens dont se méfièrent avec raison les Massaliotes et que surent amadouer les Romains pragmatiques.
Alors, quoique natif du Comtat Venaissin autrefois papal et tiraillé entre l’imaginaire d’Henri Bosco et le laconisme éphésien de René Char, suis-je plutôt Celto-ibéro-ligure, quasi bougnat, et finalement plus proche de Pascal, de Pourrat et de Vialatte (qui ne se ressemblent en rien eux-mêmes entre eux…) ?
Ce serait assurément compter sans le fait que mon enfance fut nomade et cosmopolite et que, peu avant d’entrer dans la trouble confusion de la préadolescence, soit à onze ans, je fus plongé dans un bain de lourde germanité semi-rurale et post-polémologique. Je m’y noyai à demi et n’en ressorti qu’imbibé à jamais de romantisme récurrent.
Si bien que, élevé par moi-même, à ma seule guise et au gré de mes intuitions, je fus non pas un Provençal ou un péri-auvergnat hercynien, mais un patchwork culturel schubertien, un contemplatif « objectal » chardinien et, ma foi, disons les choses, un inclassable radical, virevoltant de Marin Marais et François Couperin à Franz Schubert, dit Petit Champignon, et du maître absolu des natures still life au subtil paysagiste brumeux balto-saxon amateur de solitaires contemplatifs.
Et ma verve plumitive (ou désormais informatique) ne manque jamais une occasion d’attester les effets induits de cet étrange et irrationnel mélange. Je suis donc un patchwork : telle est mon identité : je n’appartiens à rien ni à personne, sauf à tous ceux qui, d’ici de là, m’ont forgé une âme complexe, contradictoire, mais aussi espiègle et gourmande. 
Je vous en souhaite de même et vous m’agréerez d’autant plus que vous serez des miens, des nôtres, c’est-à-dire de ceux qui ne sont de nulle part et n’appartiennent à rien d’artificiel (une nation, un peuple, une religion, ainsi de suite…) ni à cet autre artifice : une conviction inébranlable, une foi indélébile, citoyens de partout et de n’importe où, en quête d’un seul Graal (mais bien réel et aisément atteignable) : la beauté, la grâce, qui n’a rien à faire avec les dieux ou avec Le Dieu, mais avec ces deux prodiges : la vie et vous-même en personne, doté d’une identité unique et irremplaçable. »

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Commentaires (4)

    • Gil jouanard

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      Je ne sais s’étonne, à juste titre, du fait que je « sois sur Facebook ». Tout m’avait fait fuir les « réseaux sociaux », dont je n’ignore qu’ils sont un miroir aux narcissismes, un tremplin à l’auto célébration ou auto promotion, l’indigence en matière de pensée et d’expression. Mais j’y ai été coopté par tant d’amis qui me disaient de les y rejoindre que j’ai fini par céder. Je ne le regrette pas car, en usant comme d’une tribune, je puis y susciter des débats que la publication en revue ou dans des livres (média que je pratique immodérément depuis quarante ans !) ne permet pas car on ne peut y échanger comme on le fait dans ce contexte qui fonctionne à la façon d’une auberge espagnole. Si on a le goût d’y élever le débat, on y trouve toujours des interlocuteurs, bien plus qu’on n’en a dans les débats publics où les gens qui ont des choses à dire n’osent souvent pas le faire. Ici, sous une sorte de masque vénitien, ils osent davantage se lancer et c’est souvent fertile.

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      • Michel Santo

        Michel Santo

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        Mon cher Gil, ta présence ici comme sur Facebook fait notre plus grand bonheur, n’en doute pas !

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